11 Septembre 1819 Les Bolivars et les Morillo

En flânant dans les collections de Gallica BnF on découvrira qu’il y a deux cents ans pour éviter la répression politique on plaisantait sur les chapeaux… Dans Le Constitutionnel du 11 Septembre 1819 on pouvait découvrir cet énigmatique entrefilet:

De quoi parlaient Les Bolivars et les Morillos . Quelle était cette pièce aujourd’hui oubliée? Était-elle de simple divertissement? On y trouvait par exemple cette chanson qui exaltait la prospérité de Paris…

"Aussi, mon cher, à mon avis, 
C'est un Pactole que Paris, 
On s'enrichit vingt fois pour une, 
On dirait, le fait est réel, 
Qu'on apprend à faire fortune
Par l'enseignement mutuel.
Les fournitures
Ont des succès
Et les cabinets
De la lecture:
Si l'on s'instruit bien rien qu'en lisant,
Tout Paris doit être savant
Nos artistes deviennent riches, 
Et tous les journaux font fureur,
Depuis les Petites Affiches
Jusqu'à l'énorme Moniteur..."

Les Bolivars et les Morillos était une œuvre de « théâtre musical » alternant chansons fabriquées pour être à la mode et répliques à succès sur des thèmes en vogue dans l’actualité. Ce spectacle eut un succès suffisamment important pour faire l’objet de gravures de presse largement diffusées…

Il était évidemment question de chapeaux dans cette pièce… En témoigne ce dialogue:

Chacun peut se coiffer selon son goût

On pouvait y savourer aussi, grâce aux talents conjugués des deux auteurs: Armand d’Artois et Gabriel de Lurieu, ce morceau de bravoure consacré à la « lithographie » qui était alors une invention nouvelle :

« Vive la lithographie !
C’est une rage partout. 

Grands, petits, laide, jolie,
Le crayon retrace tout

Les boulevards tout du long
A présent sont un salon
Où, sans même avoir posé,
Chacun. se trouve exposé.

On tapisse les murailles
De soldats et de hauts faits,
On ne voit que des batailles
Depuis qu’on a fait la paix.

Sur les assiettes, les plats,
On dessine des combats ;
Jusqu’au fond des compotiers,
On va placer des guerriers.

Sur nos indiennes nouvelles
On voit prendre des remparts,
Et sur les fichus des belles
On voit charger des hussards… »

(Extrait de Henri d’Alméras, « La vie Parisienne sous la Restauration » disponible ici sur Gallica BnF).

Pour se faire une idée de ce spectacle, et de la façon dont il fut officiellement reçu à l’époque. On peut lire cette critique parue dans Le Camp-Volant Journal des spectacles de tous les pays du 16 Septembre 1819 reproduite ci-dessous (cliquez ici pour la lire sur Gallica BnF)

Ce spectacle de « Vaudeville-Revue » fit l’objet de nombreuses tournées en province, ses auteurs Armand d’Artois et Gabriel de Lurieu acquirent une notoriété en leur temps. Leur Vaudeville-Revue fut un spectacle à la mode car ses airs allaient devenir des «tubes» (chantés partout quoiqu’aujourd’hui oubliés) et il évoquait dans son scénario des chapeaux à multiples significations  ainsi que l’explique cent-seize ans plus tard le journal Paris-Midi du 2 Mars 1936. 

Victor Hugo, dans les Misérables (Chapitre XII Le Désoeuvrement de M. Bamatabois) donne la véritable clef de ce vaudeville et de ces chapeaux qui avaient pris une signification politique:

Oeuvres_complètes_de_Victor_Hugo_[...]Hugo_Victor_bpt6k6439205j_217

En Septembre 1819, il est donc fort probable que le succès de ce spectacle ait eu des raisons qu’il convenait de «masquer» sous des chapeaux qui signifiaient beaucoup plus que que ce que la presse pouvait publier…

Les Bolivars et les Morillos (publié en 1819) est accessible sur Google Livre (cliquez ici)

bolivarsetmorillos2

Si Paris-Midi évoquait en 1936 ce vieux spectacle à succès c’est que la Comédie Française venait de créer « Bolivar » (une pièce en 3 actes et dix tableaux de Jules Supervielle et Darius Milhaud) (article à lire ici). Les circonstances et l’époque avaient changés mais les temps n’en étaient pas moins dramatique, on était en pleine guerre civile espagnole. Le nom de Bolivar était encore porteur de symboles…

Paris Midi 2 Mars 1936 à propos du Bolivar de Supervielle et Milhaud

On trouve dans les collections de Gallica BnF le tapuscrit du livret que Jules Supervielle a écrit pour ce « Bolivar » de 1936 évoqué par Paris-Midi (cliquez ici)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s