Histoire de bizangos » par Fanny Bernard

Je me suis laissé happé en une lecture d’un seul souffle dans cette nouvelle au style alerte, écrite par une amoureuse d’Haïti dont la passion est contagieuse. Fanny Bernard nous fait voir, sentir éprouver par tous les sens, tous les pores de la peau la lumière et les parfums, le tourbillonnement et les bruissements de voix, la présence charnelle et envoutante d’Haïti. À travers le regard, les sensations, les sentiments et les rêves de René, le nouveau proviseur du lycée Français de Port au Prince, le lecteur sens, éprouve et découvre Haïti, sous toutes ses facettes avec la présence vaguement inquiétante des bizangos ces papillons haïtiens à forte charge légendaire et symbolique, avec le charmes des voix, des langues et des corps, avec le mystère de présences féminines un peu énigmatiques mais vigoureusement sculptées dans la matière des mots par la plume de Fanny Bernard. Un récit bref en nombre de mots mais tellement chargé d’émotions et de passions qu’il fait durer infiniment le plaisir de la lecture. J’ai particulièrement apprécié la belle ouverture de la fin qu’il ne faut pas dévoiler. Au terme de cette lecture on ne peut que tomber amoureux d’Haïti la terre de Toussaint Louverture, île à l’histoire chaotique, soumise aux vents les plus contraires. Mais une île au charme si puissant, pourvoyeuse de tant de mots et de beautés et de tant de talents littéraires, de tant de beautés et de tendresses humaines… …que René, le vieux proviseur proche de la retraite m’a semblé au terme de cette histoire être redevenu un adolescent redécouvrant la vie…

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Sous le pseudonyme de LouBSimone, Fanny Bernard a écrit un article sur Haïti sur blog « Heureux qui comme Ulysse » cliquez ici

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Le Mauvais temps (Mové tan) par Ludvik Jean-Denis

Le Mauvais temps (Mové tan) de Ludvik Jean-Denis

Ce recueil de nouvelles est dédié par Ludvik Jean-Denis

« À mon papillon,

mon petit bout de paradis,

qui m’a inspiré tant d’histoires. »

Tout le monde aura reconnu dans ce papillon l’île de La Guadeloupe…

Ces nouvelles sont des regards attendris et nostalgiques, enracinés et fiers, amoureux et humoristiques portés sur ce grand papillon des Antilles.

Ce livre est à conseiller à toutes celles et ceux qui sont amoureux de La Guadeloupe, à toutes celles et ceux qui souhaitent faire connaissance de ce territoire des Antilles à travers les regards d’un amoureux de ce petit bout de paradis.

Cette île dont on fait connaissance est celle des Guadeloupéens. On entre pour ainsi dire dans leur psychologie, dans leur intimité. Pour de trop nombreuses personnes, La Guadeloupe est connue comme une destination touristique dont le privilège n’est pas offert à toutes et à tous. Mais si cette île est souvent trop inconnue et méconnue c’est parce-qu’on ne prend pas assez le temps de l’écouter dans sa réalité même.

Ludvik Jean-Denis propose dans ce recueil huit nouvelles qui sont comme des croquis brossés, comme des fenêtres ouvertes pour écouter les murmures de l’île. « Frère de coeur », « Un dimanche à la messe », « Solina », « Kenbwa »… Je vous laisse découvrir les autres titres en achetant le livre.

Ces nouvelles nous font entrer dans le quotidien de l’île. Elles ont pour sujet les Guadeloupéens et La Guadeloupe, les personnages, les paysages, les atmosphères, la psychologie de chacun est présenté en traits rapides, rapidement tracés, avec habileté, avec humanité…. Avec cette fragilité empreinte de maladresse (ou de mâle adresse), signe que l’auteur est humain, pleinement humain, entier. Ludvik Jean-Denis est jeune, Antillais, empli de fougue et d’amour pour son objet d’enthousiasme : écrire La Guadeloupe.

La prose de ses nouvelles est vivante, enracinée sur la terre dont il est question, ancrée dans la mer des Caraïbes. Elle évoque le goût du rhum antillais, celui qui ne s’oublie jamais si on l’a goûté une fois sous les tropiques, elle évoque l’accent antillais celui qui ne s’oublie jamais si on l’a écouté une fois avec la reconnaissance de celui qui a eu à vivre une fois dans sa vie l’immense générosité Antillaise.

Dans ces nouvelles, le sourire et l’humour, les petites passions humaines et le sublime de la nature, les sauts vertigineux dans le vide et les miracles de rencontres inattendues s’entrecroisent pour le plus grand bonheur du voyageur des mots qu’est le lecteur. Les chutes surprennent ou font sourire. Le genre de la nouvelle n’est pas facile à manier, les nouvelles de Ludvik Jean-Denis relèvent le défi. Elles sont fraîches et vives comme l’ouvrage d’un jeune écrivain qui un jour en pleine maturité nous offrira un maître ouvrage où jailliront toutes les promesses de feu d’artifices qui pétillent déjà dans ces histoires courtes.

Présentation de l’éditeur

« Depuis quelques temps, Zouti rentrait bredouille de ses virées en mer. Les fonds marins n’avaient pas le moindre poisson à lui offrir. Cette situation n’était plus tenable car il avait une grande famille à nourrir.
Jour après jour, il retournait au large de la Pointe des Châteaux, braver l’océan Atlantique houleux et capricieux comme à son habitude, avec sa petite barque.
Zouti était confiant et savait que ça mordrait tôt ou tard. Il croyait en sa bonne étoile et à son défunt père marin qui veillait sur lui. »
37 pages
Editeur: BoD
Parution: 2 mai 2018
Edition: e-book

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« La délivrance de l’accordéon » par Loli Artésia

Sur la couverture il est écrit « poésie ». Je ne sais pas bien ce que c’est que la poésie (ce mot aux contours flous, brumeux, printanier ou automnal, superbe ou gredin). Ce que je sais en revanche c’est l’enthousiasme suscité en moi par la lecture du titre. Sur la couverture, au dessus de « poésie » on lit « La délivrance de l’accordéon ».

À la lumière de ces cinq mots, immédiatement les images défilent, comme au cinématographe. Elles surgissent comme des promesses d’un univers à nul autre pareil, dessins animés tourbillonnants, films muets assourdissants, drames réalistes, aventures picaresques, mélodies envoûtantes…

Comment y résister ?

Dès la parution de ce petit livre de Loli Artésia, je me suis rué dans mon magasin à livres.

« La délivrance de l’accordéon ! »

Il me fallait immédiatement. Je l’ai acheté. Je l’ai ouvert et refermé, comme un accordéon. Je l’ai ouvert et refermé, non sans avoir déroulé d’une traite à l’allure d’un fox-trot, en un souffle, tous les textes inclus sous ce titre fabuleux. Depuis, il est allongé à la place d’honneur sur ma table de nuit, félin, silencieux ou bavard.

Il paresse.

Mais je ne le laisse pas se reposer. Je l’ouvre avec délice, quand ça me chante.

J’aime savourer l’un ou l’autre des poèmes de Loli Artésia.

Je ne sais pas ce que c’est qu’un « poème » mais il faut bien avouer que ce mot va comme un gant aux arpèges de mots de Loli Artésia. Certains vous réchauffent de leurs rayons éblouissants comme un tableau de Botticelli. D’autres vous enchantent comme de vieux souvenirs d’enfance, certains vous agrippent, vous griffent, vous boxent ou vous caressent. Les uns d’un œil superbe vous entraînent malicieusement dans une farandole espiègle. D’autres sont tristes ou nostalgiques, blafards, comme une rencontre au crépuscule entre Arthur Rimbaud et Léon Spillaert.

Les vers y circulent en tout sens, lumineux ou souterrains, invitant à redécouvrir le monde sous une lumière inimitable. J’adore ce livre. Injustement. Je le lis et le relis, le feuillette et le contemple. J’y cours en un sprint époustouflant. J’y rêve en un rêve éveillé. C’est un coup de coeur. J’adore ce livre. Il me passionne. Si c’est cela la poésie j’en suis amoureux. Elle est modeste et simple, imprévisible, abrupte et sans concession, surprenante et souvent vertigineuse :

« Hop ! Se décroche

« La nacelle

« Finie la balancelle

« Et le violoncelle

« Sonne faux

« Dégringolade… »

Mon opinion sur les poèmes de Loli Artésia est aussi injuste qu’une dégringolade amoureuse.

J’adore.

Je pourrais m’abandonner à une avalanche infinie de superlatifs…

En dégringolade…

Mais je sais que nous sommes sur internet. Si j’en ajoute vous ne me lirez pas. Alors laissez-moi juste vous supplier en douze mots de prose : « achetez tout de suite La délivrance de l’accordéon de Loli Artésia ! »

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Une princesse pas comme les autres…

Invitation à la lecture de Chroniques d’une princesse machiavélique de Lily B.Francis

Nicolas Machiavel, en rédigeant « Le Prince », Victor Hugo, en créant ces personnages devenus universels : Phoebus et Esmeralda dans « Notre-Dame de Paris », se doutaient-ils qu’un jour Lily B.Francis allait écrire « Chroniques d’une Princesse Machiavélique » ? une saga romanesque dans laquelle Esmeralda et Phoebus joueraient un rôle important ?

Nul besoin d’avoir lu « Le Prince » de Machiavel ou « Notre-Dame de Paris » de Hugo pour lire la saga de Lily B.Francis. « Chroniques d’une princesse machiavélique » se décline en plusieurs volumes, telle une véritable saga dont la protagoniste principale est Agnès « la princesse machiavélique ». Je n’ai lu que le premier volume (je ne suis pas sûr de lire les suivants mais sait-on jamais…). J’ai pris grand plaisir à cette lecture. Il y a beaucoup de personnages dans cette histoire, Agnès et son groupe de copines, Esmeralda et sa troupe de Colombiens (des Colombiens particuliers ils gens du voyage originaires d’Europe centrale). Ce roman se lit facilement, à la manière dont on sirote une orangeade lors d’une soirée d’été sur la terrasse calme d’un petit village méditerranéen. À cette lecture on retrouve ces plaisirs de nos lectures d’enfant (« Club des cinq » ou « Clan des sept ») les intrigues ficelées par Lily B.Francis y ont ce mouvement entraînant qui happe le regard du lecteur et le tient en haleine jusqu’au bout du livre. On y retrouve l’intensité des amours adolescentes : découvertes des premiers émois amoureux, des premières déceptions, des premiers exploits amoureux, des barrières que l’on croyait infranchissables que l’on franchit d’un seul coup entraîné par la force des sentiments. Agnès aime Phoebus qui aime Esmeralda. À partir de ce triangle amoureux Lily B.Francis nous invite à vivre durant 430 pages les tactiques virtuoses d’Agnès pour arriver à ses fins. Agnès n’est pas une princesse comme les autres. Les personnages vivent dans un milieu de bourgeoisie aisée, à l’abri du besoin matériel mais non pas à l’abri d ‘imprévisibles ouragans amoureux, ce ne sont pas des aristocrates mais dans cette histoire il reste quelque chose de l’amour courtois des troubadours…

Visiblement Lily B.Francis a pris plaisir à écrire ce texte. C’est ce qui nous le rend sympathique. Ce roman a reçu 36 critiques sur la plateforme Amazon.com (cliquez ici « clic » pour les lire). Ce roman a même ses fans inconditionnels (voir cette critique de Sofia du blog « BooksCritics » cliquez ici « clic »). Si vous cherchez un livre facile à lire pour vous faire rêver à des ailleurs ensoleillés, si aimez vous passionner pour les histoires d’amour improbables, alors ce livre est pour vous.

Quatrième de couverture

« Agnès n’en revient pas !
Le voile du déni vient de se lever et elle réalise qu’elle est toujours amoureuse de son meilleur ami, le magnifique Phoebus Rolland.
Ce serait le début d’une superbe histoire d’amour s’il næ’était pas en couple depuis 7 ans !
Tant pis, Agnès tente le tout pour le tout.
C’est fun, c’est frais, c’est fou, sauf qu’elle oublie complètement que si elle sème le vent, elle récoltera la tempête ! »

Lily B. Francis signera ce livre (et d’autres volumes de la saga) au Salon Livre Paris le Samedi 18 mars 2018 lors de l’événement « Des Princesses et des livres » qui vous permettra aussi de découvrir mon petit album jeunesse « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi. » (cliquez ici « clic »).

À découvrir: le blog Chroniques d’une princesse machiavélique cliquez ici « clic ».

Too much class… par Catherine Laboubée

 « Il y a peut-être une fée qui distribue, comme ça des étoiles. Il y a des étoiles qui ont dû tomber à Boston, à Los Angeles, à Rouen… » Cette phrase Dominique Laboubée l’a paraît-il prononcée lors d’un soirée « Rock à Rouen » des Enfants du Rock…

Dominique Laboubée était le chanteur et guitariste du groupe « Les Dogs » « Dogs » ou « The Dogs » (les trois dénominations ont existé durant l’histoire de ce groupe). « Dogs » est un des groupes emblématique de la scène mondiale et Rouennaise des dernières décennies du vingtième siècle et des premières années du vingt-et-unième. Tous ceux qui ont connu cette époque et qui écoutaient du Rock s’en souviennent. Ceux qui n’écoutaient pas de Rock connaissaient néanmoins le groupe « Dogs ». Je me souviens en avoir entendu parler pour la première fois dans les années quatre-vingt par des cousins parisiens qui m’avaient expliqué que j’avais bien de la chance d’habiter à Rouen la capitale du Rock depuis que les « Dogs » avaient commencé à exister. Je n’étais pas un spécialiste du Rock, j’écoutais plutôt de la musique baroque (Didon et Énée de Purcell…) mais je faisais confiance à mes cousins.

« Dogs » dans les années quatre-vingt évoquaient donc pour le jeune homme que j’étais, un symbole qui faisait de Rouen, une sorte de nouvel Etat Américain… C’était exotique et mystérieux… Le nom « Dogs » a toujours eu pour moi cette part de mystère d’inconnu à découvrir, d’étrangeté familière car ce groupe était Rouennais, avec un chanteur Rouennais que l’on pouvait même croiser dans la rue. Ceci étant précisé pour dire dans quel état d’esprit je me suis plongé dans le livre de Catherine Laboubée « Too much class… » Est-il besoin d’ajouter que j’ai dévoré ce livre comme un roman palpitant ? Ce bouquin foisonnant est palpitant de vie. On y découvre l’histoire des « Dogs », on y apprend énormément sur ce Rock français si particulier qui ne s’exprimait qu’en Anglais, une musique de rebelles, d’expérimentateurs, d’explorateurs, de « bidouilleurs de sons » avec les moyens du bord, à l’époque ces moyens du bord étaient les guitares électriques.

Le groupe des « Dogs » c’est d’abord une bande de copains, autour de Dominique Laboubée qui décident de faire de la musique. Il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois, le groupe de la fin n’était pas tout à fait celui du début mais les fidélités amicales autour de cette passion commune ont toujours été là. Catherine Laboubée raconte cette histoire avec sa précision d’historienne mais aussi avec toute la richesse de ses sentiments de grande sœur. Catherine Laboubée n’est pas seulement l’historienne, auteur du livre, elle est aussi la grande sœur de Dominique Laboubée. C’est ce qui donne à cet ouvrage cet aspect de chef d’oeuvre. C’est un magnifique objet, rempli de photos, de dessins, d’encadrés où s’emmêlent témoignages, bandes-dessinées, couverture de livres, vieilles affiches, photos de concerts et quelques touches de souvenirs familiaux… Cela forme un objet « Too much class » qui peut se lire comme un roman, se consulter comme un bel album d’images, se savourer comme un bel objet rétro, se feuilleter comme un vieux bouquin pour y retrouver des saveurs d’électrophone… Le titre du livre fait référence au titre du groupe Too Much Class For The Neighbourhood (vidéo ci-dessous)

Je recommande ce livre à tous les passionnés de musique, à tous les passionnés de vie, à tous ceux qui s’interrogent sur la manière dont il faut chevaucher les fougueuses passions échevelées qui font parfois naître ces petits instants de poésie sans lesquels la vie ne vaudrait pas d’être vécue.

Dominique Laboubée était un poète et il appréciait Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert. Ne serait-ce que pour ces raisons, il fallait que je publie aujourd’hui cette invitation à la lecture.

Si vous êtes dans les environs de Rouen ce dimanche 16 Septembre vous pourrez retrouver Catherine Laboubée et son livre « Too Much Class » au 7e Salon des écrivains normands. Vous pourrez ainsi acheter son livre et vous le faire dédicacer). Cliquez ici

(vous pourrez aussi m’y rencontrer, j’y serai avec La Princesse Elodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi,

Sansonnets un cygne à l’envers et quelques autres bouquins cliquez ici…)

Catherine Laboubée, « Too much class… Dogs l’histoire », Editions La Belle Saison 2013. 317 pages (nombreuses illustrations). Prix 35€

Site internet de Catherine Laboubée cliquez ici.

Pour en savoir plus sur le groupe Dogs consultez le site internet qui lui rend hommage cliquez ici

«Des hommes qui lisent» par Edouard Philippe

« Des hommes qui lisent » d’Edouard Philippe est un livre au style généreux comme on aimerait en voir plus souvent. S’il fallait le classer dans un genre, on pourrait mettre dans la case « Autoportrait en costume de lecteur ».

Dans cette catégorie sont déjà parus des ouvrages inoubliables, certains très remarquables comme « Une histoire de la lecture » ou « La bibliothèque la nuit » d’Alberto Manguel. Deux livres que j’invite vivement à lire car ils ont été écrits pour donner envie d’ouvrir une infinité d’autres livres. J’aime les auteurs qui donnent envie de lire d’autres auteurs : c’est pour cela (pour donner envie de lire Jules Verne, Jean de La Fontaine ou Boris Vian) que j’ai écrit « Ramsès au pays des points-virgules » et c’est la raison pour laquelle j’y avais inventé le personnage de l’oncle Sigismond, le bouquiniste qui veut donner à sa nièce l’envie de lire une foule de bouquins…

Ceci étant dit pour préciser pourquoi j’aime tant les « autoportraits en costume de lecteurs ».

Mais je n’avais jamais rencontré jusqu’à présent d’ « autoportrait en costume de lecteur » écrit par un premier ministre.

J’ai lu « Des hommes qui lisent » avec enthousiasme, presque d’une traite, avec cette fébrilité joyeuse que l’on éprouve en découvrant la bibliothèque d’un ami. Edouard Philippe est un homme politique. Depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, même, son nom est la une de tous les médias, il est notre nouveau premier ministre… À l’époque où il écrivait ce livre il était maire du Havre, un maire ouvert sur la culture, désireux de développer la lecture par une politique publique intelligente et novatrice comme savent souvent en mener les élus des collectivités territoriales quand ils prennent le temps d’y penser ou d’écouter celles et ceux qui y pensent : nous avons beaucoup de chance en France d’avoir des libraires et des bibliothécaires souvent passionnés par leur travail. En écrivant ce livre, il avait d’abord pensé écrire un livre sur les politiques publiques de la lecture. En cours de rédaction, cet ouvrage s’est transformé en un objet infiniment plus généreux et humain : un autoportrait en costume de lecteur mais aussi un hommage émouvant et magnifique à son père : Patrick Philippe, un enseignant, professeur de français puis principal de collège, passionné de littérature et particulièrement du poète florentin Dante Aligheri. C’est à propos de ce poète qu’Edouard Philippe raconte une scène d’initiation à la lecture particulièrement marquante émouvante et amusante. Un instant de vie qui est comme la première note d’un accord dont les résonances dureront longtemps, bien longtemps après elle. Alors qu’il venait d’apprendre les premiers rudiments de la lecture au cours préparatoire, son papa pour vérifier qu’il savait bien lire, lui met un livre entre les main : « La Divine Comédie » de Dante. Il lui demande de déchiffrer les premières lignes :

« Au milieu du chemin de notre vie,

Je me retrouvai par une forêt obscure… »

Quelques dizaine d’années plus tard, Edouard Philippe raconte à son tour, au milieu du chemin de sa vie son parcours dans la forêt des livres, un parcours qui l’a construit comme homme, homme de culture et de convictions, devenu homme d’action, décideur politique…

Ce récit de voyage dans un monde de livres est un récit généreux car il est un partage, une invitation à lire, à voyager, à penser mais aussi à agir et à écrire. Ce livre est un questionnement : comment peut-on transmettre le plaisir de lire ? Qu’est-ce que cette lecture par laquelle chacun d’entre nous se construit ? Comment se prépare cette ascension dans des montagnes de livres ? Edouard Philippe ne prétend pas que ce voyage dans les mots soit facile, il a la modestie d’avouer qu’avant de devenir lui-même auteur, il a dû franchir des obstacles. Il n’était, paraît-il pas un champion d’orthographe lorsqu’il était enfant. Mais il raconte comment, lorsqu’il était étudiant à Science-Po son professeur d’histoire, africain d’origine Zaïroise (c’est ainsi que l’on appelait alors la République démocratique du Congo) : Elikia M’Bokolo a su le convaincre qu’être soucieux de son orthographe était une politesse adressée au lecteur. Il raconte aussi comment ce même Elikia M’Bokolo lui avait conseillé la lecture passionnante de « L’idée coloniale en France de 1871 à 1962 » de Raoul Girardet. Une lecture qui avait su lui ouvrir l’esprit au fait que l’on est obligé d’envisager le monde et son histoire dans ses complexités qui ne peuvent se résoudre à des simplifications binaires. Aujourd’hui, Raoul Girardet peut remercier Elikia M’Bokolo et Edouard Philippe, après avoir lu « Des hommes qui lisent » j’ai une immense envie de me plonger à mon tour dans « L’idée coloniale en France de 1871 à 1961 ». Ce n’est qu’un titre parmi les nombreux autres livres encore cités par Edouard Philippe pour inviter à les explorer (et cela va de Raymond Aron à Alexandre Dumas en passant par Robert Littell l’auteur de « Requiem pour une révolution »)  … N’allez toutefois pas vous imaginer que ce texte ne soit qu’un catalogue bibliographique. Il est infiniment plus que cela : un récit biographique, vivant, rythmé haletant même où l’on découvre que la boxe a des aspects littéraire insoupçonnés. Ce livre se lit comme un roman. Signe que poétique et politique sont parfois plus voisins qu’on ne le pense…

Car la conclusion enthousiasmante de ce livre c’est qu’au milieu du chemin d’une vie où l’on a déjà eu le bonheur de lire de nombreux auteurs, il reste encore de nombreux ouvrages à ouvrir qui deviennent une fois refermés de nouvelles clefs pour en ouvrir d’autres…

Un premier ministre qui partage ses lectures fait preuve de la plus belle générosité car la littérature est une richesse inépuisable, une monnaie d’échange bien supérieure à toutes les autres qui défie les règles de fonctionnement les plus obtuses de la rigueur financière…

Je vous invite vivement à ouvrir « Des hommes qui lisent » et plus vivement encore à multiplier tous les plaisirs de lecture, il n’y pas que les premiers ministre qui écrivent… Edouard Philippe invite d’ailleurs à lire un obscur fonctionnaire des eaux et forêts dénommé Jean de La Fontaine, célèbre auteur de « fables choisies mises en vers » qui sont aussi de délicieux petits pamphlets politiques contre les prétentions des hommes de pouvoir, une invitation à toujours se sentir libre et à ne pas confondre Jupiter et une vieille planche (une simple langue de bois).

« Les Grenouilles, se lassant


De l’état Démocratique,


Par leurs clameurs firent tant


Que Jupin les soumit au pouvoir Monarchique.


Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique :


Ce Roi fit toutefois un tel bruit en tombant


Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,


S’alla cacher sous les eaux,


Dans les joncs, dans les roseaux,


Dans les trous du marécage,


Sans oser de longtemps regarder au visage


Celui qu’elles croyaient être un géant nouveau ;


Or c’était un Soliveau, » (pour lire la fable intégrale cliquez là

Pour en savoir plus, écoutez l’interview d’Edouard Philippe sur France-Culture cliquez ici 

«Des hommes qui lisent» est disponible chez tous les libraires indépendants, fiche du livre sur leslibraires.fr