« Le rire des choses » de Jean-Pascal Ansermoz

Le rire des chosesIvre à la dérive Olivier rentre chez lui. Sa journée a été désastreuse. Il vient d’être licencié de l’agence de voyages parisienne où il travaillait. Fin brutale d’une vie d’insouciance confortable. Il rentre chez lui, ouvre sa boîte aux lettres et trouve un courrier étrange : un journal de voyage, rédigé par son frère Christian qui avait disparu depuis deux ans, après avoir quitté la France pour la Mauritanie. Olivier reçoit ce message comme un appel et décide de se rendre en Afrique pour retrouver son frère. Le secourir. A partir de ce nœud Jean-Pascal Ansermoz construit un petit roman écrit dans un style sobre et efficace. La narration ous fait suivre les impressions de voyage d’Olivier et la lecture du journal de Christian. Deux trajectoires et deux points de vue s’entrecroisent donc à quelques mois d’intervalles, dans le désert de Mauritanie, dans la région de Tidjikdja.

Ce roman peut paraître au premier abord sans prétentions. Il se révèle au fur-et-à-mesure que l’on avance dans la lecture imprégné de la plus belle des ambitions : penser autrui… « Penser autrui, cette irréductible inquiétude pour l’autre » (pour reprendre une célèbre formule d’Emmanuel Levinas). En parcourant le désert Mauritanien Olivier part à la recherche de son frère Christian. On croit souvent connaître son frère mais bien souvent on ne le connaît pas. Cette quête est l’occasion de rencontres inattendues, merveilleusement humaines. Rencontre de l’Afrique et du désert. J’ai souvent songé, en lisant ce roman à des phrases du célèbre voyageur Théodore Monod, Le chercheur d’absolu (p. 65) : « J’ai eu la chance de rencontrer le désert, ce filtre, ce révélateur. Il m’a façonné, appris l’existence. Il est beau, il ne ment pas, il est propre… » Olivier traverse ce désert. Il cherche et découvre un monde énigmatique lieu d’une quête qui lui apportera bien des surprises. Les rencontres qu’il y fera ne seront pas forcément celles qu’il attendait. Dès le début du roman, avant le départ de l’avion, un mystérieux marabout avertit Olivier qu’il part pour un monde qui lui est irréductiblement étranger, un monde où tout est nouveau et à déchiffrer pour un Parisien vivant dans le confort d’un monde rassurant : « Tu sais je suis né dans le sable […] Il y en a partout. Chez nous, le sable est devant nous. Ici c’est différent. Ici les gens portent le désert en eux… » Jean-Pascal Ansermoz entraine son lecteur dans une intrigue aux multiples rebondissements d’un regard souriant et attentif il nous invite à être à l’écoute d’Africains dont le « rêve est plus fragile qu’une aile de papillon » Le récit se déroule avec la lenteur du désert : « il faut du temps. Du temps pour grandir, du temps pour se souvenir. Du temps pour aimer à nouveau… » Olivier aura à subir la traversée d’événements dramatiques. Ansermoz a placé l’intrigue de son roman en août 2005 à l’époque du coup d’Etat d’Ely Ould Mohammed Vall contre Maaouiya Oud Sid Ahmed Taya. Cette histoire est à peine évoquée, juste suggérée comme la toile de fond que traverseront les personnages du roman pour dévoiler petit à petit au lecteur le mystère qui les entoure. Qui est cette Joséphine pour laquelle Olivier se découvre soudain une fascinante attirance ? Olivier retrouvera-t-il son frère? Que lui apportera ce voyage? Autour du noeud formé par ces questions Jean-Pascal Ansermoz a réussi à construire un roman sobre, humain, généreux, palpitant dramatique et mouvementé, amoureux et mystérieux. Un livre écrit par un amoureux de l’Afrique et que je vous invite à découvrir.

Titre : « Le rire des choses »

Auteur : Jean-Pascal Ansermoz

Nombre de pages : 200

Editeur : BoD (Books on Demand)

Année de parution 2014

ISBN 978-2-32203-180-1

Quatrième de couverture

« Chaque vie porte une énergie et l’énergie jamais ne disparaît. Elle devient image, odeur, souvenir. L’équilibre persiste, même au-delà de la mort. Un fil ténu qui reste accroché à la porte qui s’est refermée »… Christian et Olivier sont deux frères que tout oppose. Quand le premier, médecin réputé et reconnu, disparaît lors d’une mission humanitaire en Afrique, le second se plonge corps et âme dans son travail à Paris. Deux ans plus tard un colis en provenance de la Mauritanie fait soudain resurgir leur passé. Olivier décide alors de partir sur les traces de son frère pour enfin faire face à ses peurs et obtenir des réponses à ses interrogations. Dans son nouveau roman Jean-Pascal Ansermoz nous emmène dans une Afrique hostile et magnifique, un continent qui est mémoire et berceau de fraternité mais où la vie n’est jamais bien loin de la mort, les souvenirs jamais loin de la folie… »

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Le Rabot de Louis de Thierry Brayer

Titre: Le Rabot de Louis, Auteur: Thierry Brayer

Le Rabot de LouisEditeur BoDFrance

452 pages – 15×21 – 20 €
Roman – Saga familiale en 1 seul tome

Parution: Janvier 2016
ISBN – 9782322019502

Résumé de l’éditeur

«Le Rabot de Louis est l’histoire d’une famille française d’antihéros confrontés à eux-mêmes et à leur quotidien, et trop présents dans la petite histoire, celle des faits divers : ainsi, on parlera de Saint-Laurent-du-Pont et du Cinq/Sept, de Fréjus et du barrage de Malpasset, du CES Édouard Pailleron et d’un feu de poubelle, des attentats terroristes de Paris, des événements de Charonne, d’un poilu de Verdun, d’un fusillé de la Commune, d’un pilote tué aux 24 heures du Mans et de trains qui déraillent ; on parlera aussi de Sanson le bourreau, de Toulouse-Lautrec, de Murat, de Nadar, du père Noël. On cherchera une lettre qui tarde et un billet de loterie perdant. On écoutera mille chansons et on lira des magazines pour mieux voyager. On habitera Rouilly-sur-Mer (Normandie), Gagny, Paris et New York, mais trop tard. Comme on va en faire, des choses !

Avec cette famille de plus de soixante éléments sur neuf générations, on ressentira courage, peine, amour, haine. Il y aura de la vie mais des regrets, aussi. Et surtout, on accompagnera Camille, Adolphe, Suzanne, Cécile, Lisa, Lazare, André, Loulou, Jocelyn, Nicolas… et Louis : d’ailleurs, qui était-il, avec son rabot ?» (source: http://thierrybrayer.fr/le-rabot-de-louis/)

Mon avis de lecture

Le Rabot de Louis de Thierry Brayer est un roman facétieux et ambitieux, généreux et précieux ; un livre dont j’ai apprécié la solide charpente et l’humour distancié. L’auteur manie le plaisir d’écrire avec brio. On rit, on s’amuse, on s’émeut aussi, on est happé par la lecture. L’oeil court sur la phrase pour se réjouir de la suivante, se ferme après une mort trop tôt surgie, se rouvre sur une naissance pleine d’espérance. A partir de la saga familiale des Rabaud de 1768 à 2001 Thierry Brayer s’amuse avec la grande Histoire pour brosser le récit très romanesque de cette saga peu banale d’une famille banale. Il jongle avec ses moissons chez les brocanteurs, avec ses souvenirs musicaux (qui bien souvent rejoignent ceux du lecteur), avec les dates qui ont marqué les mémoires. Les paroles de chansons, les évocations de spectacles, les objets du quotidiens, les événements politiques et sportifs sont évoqués à l’occasion des épisodes de la saga des Rabaud. Des vies où il ne se passe rien, des vies de gens ordinaires, des vies où pourtant rien ne signifie pas rien : « C’est ainsi que Lucienne offre la vie à Adolphe le 16 juin 1874, alors qu’en France il ne se passe rien ce jour-là… » Quel est ce rien qui passe tout le long du livre ? N’est-ce pas le héros principal du livre ?

Oui peut-être…. Parce-que ce rien dont parle Thierry Brayer, c’est le passage du temps sur la vie, c’est la révolte des sentiments vertigineux en face de la banalité du quotidien, c’est le rêve qui se transmet de générations en générations malgré les drames qui parsèment les siècles qui passent. Les personnages naissent, vivent et meurent, rêvent, se réjouissent et dégringolent… Certains sont brossés d’une plume rapide, alerte, on pense à Stendhal. Défilent alors sous nos yeux les destins de femmes séduisantes, ou étonnantes, l’une est danseuse, l’autre est passionnée d’automobile, l’une d’entre elles devient parisienne. Les hommes sont aussi divers : du casanier pilier de bistrot au séduisant voyageur qui court le monde pour fuir un amour perdu. Sans cesse le récit est relancé par des surprises inattendues qui captent l’esprit du lecteur pour ne plus le lâcher. J’ai commencé ce livre en attendant l’autobus, j’ai continué à le lire dans l’autobus, puis chez moi et je ne l’ai presque plus lâché durant mes instants de loisirs. Ce fut un vrai plaisir. Par moment les désirs et les ambitions de l’une ou de l’un d’entre eux procurent l’occasion d’un développement plus long, on a beau être issu d’une famille d’artisan, on n’en naît pas moins artiste (le mot arts ne s’est pas pour rien longtemps appliqué à ses deux catégories de la population), dans la lecture de ces plus longues discussions intérieures, parfois émouvantes, j’ai à nouveau pensé à Stendhal. Mais dans le regard distancié que Brayer porte sur ses personnages il y a aussi quelque chose du Bohumil Hrabal du Soldat Chveik :

« — Ça n’sert à rien les livres. C’est les outils qui sont importants, t’entends gamin ? » la phrase est répétée à plusieurs reprises, p. 16, p. 20. Elle apparaît symbolisant étrangement le «patrimoine» de la famille Rabaud, mais aussi comme un clin d’oeil de l’auteur au lecteur. C’est une sorte de comique par antiphrase, un rappel que la lecture est toujours un temps pris à d’autres temps, un plaisir gagné sur l’urgence du temps qui file…

Le livre est d’ailleurs construit en soixante-et-un « Temps ». Le temps est ici à comprendre comme signifiant « épisode », « chapitre » ou bien « mouvement musical » peu importe (à chaque lecteur, à chaque lecture de choisir le sens qu’il veut y mettre) : ce récit dans son foisonnement peut prendre les couleurs du feuilleton populaire, d’un roman familial ou d’une symphonie de musiques concrètes qui mélangerait les bruissements de la grande et de la petite Histoire autant pour divertir que pour instruire… Chacun de ces soixante-et-un mouvements est précédé d’une citation d’auteurs mise en exergue, ayant toujours pour thème le temps qui passe. La succession de cette soixantaine de citations chapeautant les chapitres pourrait presque déjà être par elle-même un « catalogue de curiosités » une sorte de « philosophie portative » offerte au lecteur pour lui permettre d’affronter avec le sourire le torrent du temps qui passe. Ces citations, traits d’esprit font rire, sourire, réfléchir et sont à leur tour une invitation à lire ces « auteurs classiques ». L’un d’entre eux est très privilégié, Frédéric Dard, il apparaît pour trois citations, un hommage appuyé à un auteur qui était prolixe en «citations à citer» puisqu’il écrivait vite, il a beaucoup écrit. D’autres sont distingués pour leur talent de stylistes, la qualité de leurs apophtegmes. Ils ont le privilège d’apparaître pour deux citations : Victor Hugo, Jules Renard, Simone de Beauvoir, Gustave Flaubert, Albert EinsteinGuillaume Apollinaire… L’un d’entre eux, Eugène Ionesco est cité à deux reprises (au chapitre 33 et au chapitre 10) pour la même phrase dont l’humour absurde est du coup souligné par la double lecture éclairée par la progression du récit : « Vouloir être de son temps, c’est déjà dépassé… » Il y a dans ces mots quelque chose qui résume fort bien l’esprit du livre offrant un tableau quasi-cinématographique d’inconnus courant après la vie qui chaque jour se rabote et un jour se rompt. Les autres auteurs mis en exergue sont cités une fois, mais je me sens tenu d’énumérer les noms de ces auteurs mis en exergue ici, car c’est une autre manière de dire mon enthousiasme pour ce livre que d’égrener cette liste : Jean de La Bruyère, Simone de Beauvoir, Bouddha, Paul Eluard, Alphonse de Lamartine, Mère Teresa, Eugène Ionesco, Montesquieu, Albert Camus, Robert Sabatier, Antoine de Saint-Exupery, Albert Einstein, Hector Berlioz, Jean Anouilh, Miguel de Cervantès, Honoré de Balzac, Titus, Gustave Courbet, Jules Renard, Frédéric Dard, Karl Valentin, Boris Vian, Socrate, Alain-Fournier, Stendhal, George Sand, Georges Brassens, Alphonse Allais, Gilbert Cesbron, Roger La Ferté, Paul Morand, John Locke, Léo Ferré, Guillaume Apollinaire, Euripide, Georges Bernanos, Anonyme, Vassilis Alexakis, Jean-Pierre Jeunet, Hervé Bazin, Arthur Schopenhauer, Alfred de Musset, Henry-David Thoreau, Pierre Corneille, Chauvot de Beauchêne, Henri Jeanson, Marcel Aymé, Etienne Chatillez,  Jacques Prévert... Telle est la liste des auteurs placés en exergue au-dessus de chapitres dont le style, l’allure, l’humour, l’humeur et la belle facture sont bien sûr de Thierry Brayer, un auteur qui a produit un formidable travail avec ce livre,un auteur que je vous conseille vivement de lire (ainsi que tous ceux de la liste qui précède d’ailleurs).

Un livre dont la lecture m’a enthousiasmé et que je vous conseille vivement.

Présentation du roman sur le site de Thierry Brayer cliquez ici.

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