Thomas Sonnet (1577-1627)

«C’est icy de Courval le vif et vray pourtraict :
Son nez, son front, ses yeux et sa levre pourprine.
Icy lui voidz le corps figuré par ce trait
Et son esprit paroist en l’art de médecine.»

Si vous avez lu mon dernier livre: Sansonnet sait du bouleau (BoD Novembre 2019) vous aurez certainement remarqué que j’y fais référence (pages 13 et 116) à un certain Thomas Sonnet (1577-1627)…

Ce personnage a réellement existé. Je ne l’ai pas inventé, il a même connu une certaine gloire. Une petite promenade dans les riches collections Gallica BnF permet d’en apprendre un peu plus sur ce singulier personnage à la forte personnalité… Le poète Gustave Levavasseur (1819-1896) l’évoquait, en plein milieu du XIXe siècle, en ces termes:

«Connaissez-vous Thomas Sonnet ?
C’était un médecin de Vire.
Il tournait fort bien un sonnet.
Connaissez-vous Thomas Sonnet ?
Aux malades il ordonnait
De ne jamais boire du pire.
Connaissez-vous Thomas Sonnet ?
C’était un médecin de Vire.» (extrait de Au Pays Virois : bulletin mensuel d’histoire locale, Septembre 1920 disponible ici dans les collections Gallica BnF).

Thomas Sonnet, Sieur de Courval est né en 1577 à Vire en Normandie, il est mort en 1627 à Paris.  Il était auteur de satires et médecin, il fut célèbre pour la férocité de sa plume qui l’a contraint à quitter sa Normandie pour Paris… Il s’est d’abord fait connaître par sa Satyre Ménipée ou Discours sur les poignantes traverses ou incommodités du mariage, où les humeurs de femmes sont vivement représentées, 1608 (Disponible ici dans les collections Gallica BnF) 

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Cette oeuvre a connu un certain succès puisqu’elle a été rééditée à plusieurs reprises. Elle a également causé quelques ennuis à son auteur. À la suite de cette publication, Thomas Sonnet a quitté Vire et la Normandie pour s’installer à Paris, s’y marier et y embrasser la profession de médecin. Avait-il dû s’exiler à cause de sa satire sur les femmes? Sa plume aiguisée ne devait guère plaire aux bons bourgeois et surtout aux dames de Vire… Même s’il essaie de se rattraper dans des vers qu’il adresse visiblement à celle qui avait ses faveurs:

«Ma chère âme, mon tout, je me viens excuser
Si j’ay osé blasmer tout le sexe des femmes;
Non, non, mon coeur, ce n’est qu’aux impudiques dames
Que mes cyniques vers se doivent adresser ;
J’ay toujours respecté les chastes demoiselles,
Poussé de ton amour et de la vérité :
Je n’ay donc par ces vers nullement mérité
D’encourir ta disgrâce et des autres pucelles.
Plutost, mon coeur, lu dois m’aimer plus ardemment
D’avoir choisi pour but une telle matière
Qui fait la chasteté briller par son contraire,
Comme en l’obscurité brille le diamant.» (in Satyre ménippée… Edition de Lyon de 1623 page 106)

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Selon M. de Robillard de Beaurepaire, sa biographie ne présenterait aucune aspérité, aucun épisode intéressant: «Sonnet n’a jamais exercé de fonctions publiques ; il n’a pris part à aucun événement notable ; et, sans les ouvrages qu’il nous a laissés, son nom serait aujourd’hui enseveli dans l’oubli le plus profond.» (Les Satires de Sonnet de Courval par M. de Robillard de Beaurepaire in Mémoires de l’Académie royale des sciences, arts et belles-lettres de Caen 1865 disponible ici dans les collections Gallica BnF). «Cette vie sédentaire et sans horizon, qui au premier abord peut paraître défavorable au développement de l’esprit, a fourni en définitive à Sonnet ses meilleures et ses plus saines inspirations. Satirique par instinct et par tempérament, il n’a jamais été mêlé qu’à une société de petite ville ; mais il l’a vue fonctionner sous ses yeux, il a pu l’observer de près et étudier sur le vif les travers, les vices et les scandales qu’il devait plus tard décrire.» (M. de Robillard de Beaurepaire). Le même auteur le qualifie de « Pamphlétaire irrespectueux et grossier, il a toutefois compris le besoin d’une transformation générale; il a compati à la misère des basses classes et a combattu la rapacité des traitants, le ridicule des gentilshommes d’aventure et le luxe insolent des abbés commendataires. Après avoir décrit les raffinements du luxe et la bigarrure des costumes, après avoir pénétré avec une curiosité sensuelle dans les plus mauvais lieux… il a retrouvé tout à coup une honnêteté d’aspirations inattendues; il a rêvé d’un royaume sans division, une organisation équitable des impôts, la suppression de la vénalité des charges, la justice respectée comme un sacerdoce, et la religion recouvrant l’auréole de sainteté, le prestige des anciens jours. » (M. de Robillard de Beaurepaire)

Sonnet Sieur de Courval doit ses premiers succès littéraires dès 1608  à la diffusion de sa Satyre Ménipée «Cette diatribe bizarre est pourtant loin d’être un chef-d’oeuvre; elle n’est pas même, à beaucoup près, la production la plus remarquable de notre poète. Mais, avec ses tendances sceptiques, elle répondait parfaitement au courant d’idées du moment, et aujourd’hui même le nom de Sonnet, malgré ses essais dans des voies plus sérieuses, y est resté irrévocablement attaché , et en a conservé comme une notoriété équivoque et suspecte.» (M. de Robillard de Beaurepaire). Dans la rédaction de sa « Satyre Ménipée » il est assez vraisemblable que Thomas Sonnet, Sieur de Courval ait été fortement influencé par les Stances du Mariages de Philippe Desportes (1546-1606): 

«De toutes les fureurs dont nous sommes pressés,
De tout ce que les cieux ardemment courroucés
Peuvent darder sur nous de tonnerre et d’orage,
D’angoisseuses langueurs, de meurtre ensanglanté,
De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté,
Rien n’approche en rigueur la loi de mariage…» (à découvrir ici sur Gallica BnF).

Selon M. de Robillard de Beaurepaire, il est plus que probable que Thomas Sonnet, Sieur de Courval «n’ait fait qu’étendre et paraphraser les strophes» de Philippe Desportes…

Ce serait toutefois une injustice faite à Thomas Sonnet que de prétendre qu’il s’est contenté de paraphraser Desportes… C’est à la singularité de sa plume que l’on doit ce sonnet au très noble et vertueux gentilhomme Gilles de Gouvets, Sieur de Mesnil-Robert et de Clinchamp, gentilhomme normand réputé pour sa bibliothèque paraît-il considérable  :

« Heureux Mesnil-Robert, heureuse influence
»Et l’astre fortuné qui dominoit aux cieux
Lorsque tu vis le jour ! Mars te fit généreux,
»Et Mercure t’offrit sa plus douce éloquence.

»Pallas te fit présent de cette grand’prudence
»Qui en tes actions te rend si vertueux ;
»Minerve te donna le désir curieux
»D’avoir de tous les arts parfaicte intelligence.

»Ô favorable aspect ! O bening ascendant,
»Qui, lorsque tu naissois, alloit comme influant
»Mesmes perfection à ta noble famille !

»Tu vois ton docte fils, ce généreux Clinchamp,
»Lequel à tes valeurs heureux va succédant,
»Faisant renaistre en lui ta doctrine fertile. » 

(extrait des Oeuvres poétiques de Courval-Sonnet publiées par Prosper Blanchemain, disponibles ici sur Gallica BnF).

On attribue également à Thomas Sonnet les « Satyres contre les abus et désordres de la France » « plus est adjoutés Les exercices de ce temps d’une très belle & gentille invention » publié en 1627 à Rouen chez Guillaume de la Haye, tenant boutique en l’Estre nostre Dame, (disponible ici sur Gallica BnF). «Les Exercices de ce temps comprennent douze satires d’étendue inégale, intitulées : Le Bal, La Mortification, La Foire de village, Le Pèlerinage, La Pourmenade, Le Cousinage, Lucine, L’Affligé, Le Débauché, L’Ignorant, Le Gentilhomme, et Le Poète. Cette réunion de poésies libres rappelle à s’y méprendre le ton général du Parnasse, du Cabinet et de l’Espadon satirique. On pourrait, en outre, y signaler des passages nombreux et importants,qui paraissent calqués sur certaines satires de Régnier, ou même du poète rouennais Auvray…» (M. de Robillard de Beaurepaire). 

Sonnet n’était pas seulement poète, il était aussi médecin. C’est la raison pour laquelle il a publié « Les tromperies des charlatans découvertes par le Sieur de Courval » un opuscule de 16 pages publié en 1619, disponible ici sur Gallica BnF)  Il en appelle, dans deux tercets conclusifs à une police bien réglée contre les charlatans et notamment dans le domaine médical :

«Car si aux autres arts, le moindre erreur commis 
Ne doit estre d’aucun tolleré ni permis,
Beaucoup moins le doit-il, en l’art de Médecine

Dont la moindre faute apporte une ruine,
Qu’on ne peut nullement remettre ou réparer,
Et faire que la vie on puisse restaurer. »

En conclusion de ces tromperies, il met en garde contre ces charlatans aux « parolles succrées & affecté jargon, recouvert de belle apparence, tout ainsi que la fausse Monnoye, dont la monstre est fort belle, & l’usage de nulle valeur. » Était-ce un aveu de sa part du peu de valeur qu’il donnait à ses propres écrits? À chacun d’en juger mais il est certain que Thomas Sonnet, Sieur de Courval est à ranger parmi ces auteurs dont les ouvrages dorment plus volontiers dans l’ombre des rayonnages obscurs des bibliothèques que sous les projecteurs médiatiques. Il est sans doute également une illustration du fait que l’humour d’une époque ne peut plus être compris dans les siècles qui suivent car l’échelle des valeurs change et le respect porté à autrui progresse. De ce point de vue son regard peut encore nous apporter pour aujourd’hui…  Fait-il pour autant partie des écrivains oubliés parce-que simples et modestes? Fait-il partie de ceux que le Cardinal de Bernis  évoque dans une célèbre allégorie?

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(in Oeuvres complettes de M. le Cardinal de Bernis, Avignon, 1811, disponible sur Gallica BnF).

Une seule chose est à peu près certaine: si Thomas Sonnet Sieur de Courval peut encore figurer aujourd’hui dans une « Histoire du Sonnet », en tant que genre littéraire, c’est d’abord dans une optique purement décalée et humoristique…

Pour en savoir plus….

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Notice de quatre pages consacrée à Thomas Sonnet dans « Poètes Normands » publié sous la direction de Louis-Henri Baratte (disponible ici sur Gallica BnF)

Edition complète des oeuvres de Sonnet-Courval par Prosper Blanchemain (tome 1 comprenant une notice sur la vie de Thomas Sonnet) Google-Books

Satyre contre les charlatans et pseudomédecins empyriques . En laquelle sont amplement descouvertes les ruses & tromperies de tous thériacleurs, alchimistes, chimistes, paracelsistes, distillateurs, extracteurs de quintescences, fondeurs d’or potable, maistres de l’élixir, etc… Comportant un portrait gravé de Thomas Sonnet. Imprimé A Paris, chez Jean Millot en 1610 (disponible sur Gallica BnF)

Notice de la BnF sur Thomas Sonnet Sieur de Courval (1577-1627).

[Quadricentenaire] 28 Décembre 1619 Naissance d’Antoine Furetière

Antoine Furetière est né, il y a exactement quatre-cents ans le 28 Décembre 1619 de la veuve d’un apothicaire, remariée avec le clerc d’un conseiller.

Tallemant-des-Réaux relate une anecdote qui serait à la source de la vocation future d’Antoine Furetière… Ce dernier alors qu’il était un jeune enfant, demandait de l’argent à son père pour s’acheter un livre… Au lieu céder à son désir, son père lui aurait demandé s’il avait déjà appris et s’il connaissait par cœur le dernier livre qu’il lui avait offert. Or ce livre était un dictionnaire… On peut en déduire que ce « clerc de conseiller » n’était donc pas un grand lettré, mais on peut aussi y voir une des raisons du destin de lexicographe auquel s’est voué (jusqu’à risquer la disgrâce) Antoine Furetière…

Il fit preuve très tôt d’une vive curiosité intellectuelle en étudiant le droit et les langues orientales puis il acheta une charge de procureur fiscal qu’il revendit pour devenir ecclésiastique. On connaît mal sa biographie car, souligne Francis Wey in Antoine Furetière, sa vie, ses œuvres, ses démêlés avec l’Académie Française in « Revue contemporaine » de Juin 1852 (disponible sur Gallica BnF): « La vie de ce malheureux écrivain n’a été publiée que par ses adversaires, et lorsqu’il était hors d’état de se défendre ; de sorte qu’il est difficile de réédifier cette biographie à l’aide de documents contradictoires. Bayle est à peu près muet lui-même sur ce qui concerne ce sujet obscur. Quoiqu’il en soit, Furetière fut pourvu de l’abbaye de Chalivoy, au diocèse de Bourges. Dès lors il se consacra presque exclusivement aux lettres»

Tallemant-des-Réaux le dépeint comme un être modeste : « Il ne louait jamais les autres ; mais aussi ne paraissait pas entêté de ses ouvrages. Ses manières n’étaient ni douces, ni arrogantes. » et Francis Wey qui cite ce portrait en conclut : « Ce n’est point là le portrait d’un homme d’intrigues ni un courtisan ; mais plutôt un philosophe bourru, se résignant à se suffire. »

Comme de nombreux lettrés de son époque, il a commencé à écrire à partir du latin. On peut trouver sous sa plume une Aeneide travestie, d’après Virgile publiée en 1649 (disponible ici sur Gallica BnF).

Furetière a d’abord été poète (son premier recueil de poésie a été publié en 1655). Francis Wey décrit dans les termes suivant son activité de poète « Ainsi que la plupart des auteurs de son temps, Furetière eut la prétention de joûter à toutes les armes ; en d’autres termes, de se signaler dans tous les genres de poésie […] Satire, épigrammes, stances, madrigaux, épitaphes, chansons, énigmes, épitres, sonnets, élégies, Furetière a subi toutes les épreuves, et il a honnêtement réussi dans divers exercices. »

On sait par ses vers qu’il avait été amoureux d’une femme qui avait épousé quelqu’un d’autre :

« Si vous m’aimez encor ce m’est assez de gloire,

« De pouvoir quelquefois vivre en votre mémoire :

« Si dans quelque moment de votre heureux loisir

« Vous prononcez mon nom en jetant un soupir ;

« Et je suis heureux, si dans votre retraite

« Quelque reste d’amour me plaint et me regrette. »

Ses poésies ont eu un certain succès puisqu’elles ont fait l’objet de quatre éditions, mais elles ont été ensuite bien oubliées. On peut trouver une édition de ces Poésies diverses du Sieur Furetière imprimées en 1659 (disponible sur Gallica BnF).

Il a ensuite publié « La Nouvelle allégorique » (disponible sur Gallica BnF),

Furetière décrit dans cet ouvrage une amusante bataille de rhétorique autour de la «Forteresse Académie»: « La Sérenissime Princesse R H E T O RIQ V E regnoit pacifiquemnt depuis plusieurs siecles ,& son gouvernement étoit sï doux qu’on luy obeissoit sans contrainte… »

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Académie « Conseil Souverain de la Sérénissime Princesse Rhétorique » (extrait de la Nouvelle Allégorique par Antoine Furetière (document Gallica BnF).

Un poème satirique : «Le Voyage de Mercure »

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(disponible sur Gallica BnF) .

Antoine Furetière a également publié un recueil de « Fables morales » (disponible sur Gallica BnF) dans lequel, précise Francis Wey, il se livre à un éloge de Jean de La Fontaine : « Certes, il n’y a personne qui ait fait, aux Fables des anciens, tant d’honneur que monsieur de La Fontaine, par la nouvelle et excellente traduction qu’il en a faite : dont le style naïf et marotique est tout à fait inimitable, et joute de grandes beautés aux originaux. La France lui doit encore cette obligation, d’avoir non-seulement choisi les meilleures fables d’OEsope et de Phèdre, mais encore d’avoir recueilli celles qui étaient éparses.» (Les épisodes ultérieurs de la vie de Furetière et notamment sa querelle avec l’Académie à la suite de son projet de dictionnaire feront qu’il finira par se fâcher avec Jean de La Fontaine).

Dans ses fables Furetière prend notamment la défense des pauvres infortunés contre les riches et les puissants :

Les Mouches et le Cheval. 

Cent mouches s’étoient attachées 

Sur un bidet infortuné, 

Qui maigre, sec et décharné 

N’avait point de côtes cachées. 

Il s’en plaignait fort dolemment, 

Et leur disoit : — Mesdemoiselles, 

Pourquoi m’ètes-vous si cruelles, 

De me sucer incessamment? 

Loin de vivre aux dépens d’une méchante rosse, 

Vous auriez mieux dîné si vous aviez mordu 

Ces chevaux potelés qui parent un carrosse, 

Et qui souvent meurent de gras-fondu. 

— Ah! répond une fine mouche, 

Ces harnois de toutes façons, 

Ces grands crins, ces caparaçons, 

Ne permettent pas qu’on les touche. 

Pour vivre donc en sûreté,

Il faut, lorsque la faim nous presse, 

Nous ruer sur la pauvreté, 

Et lui sucer le peu qu’elle a de graisse. 

Ainsi par les sergens est le peuple mangé, 

Tandis qu’en sa maison ils trouvent de quoi prendre: 

Mais le riche en est déchargé 

Parce qu’il sait bien s’en défendre. »

Il a enfin publié en 1666 un « Roman bourgeois » (disponible sur Gallica BnF) dont Francis Wey écrit :

« Pour résumer, le Roman bourgeois n’est, à proprement parler, ni une histoire suivie, ni un récit d’étranges aventures, ni la peinture d’une passion. […] Mais ce livre est un fort curieux monument des usages, des coutumes, des habitudes, du langage et du genre de vie des bourgeois de Paris au milieu du XVIIe siècle. Pour l’écrivain, pour l’auteur comique et le philologue, c’est un document des plus rares et des plus complets. »

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En 1662 Antoine Furetière est élu à l’Académie Française et il se passionne pour le travail de lexicographe à un tel point qu’il décide de publier son propre dictionnaire. Il publie en 1684 un premier fragment du dictionnaire qui allait causer le début d’un long conflit (porté devant les tribunaux) entre l’Académie Française et lui. Le titre de ce dictionnaire est à lui seul le programme d’un formidable labeur à venir :

« ESSAIS D’UN DICTIONNAIRE UNIVERSEL, CONTENANT GÉNÉRALEMENT TOUS LES MOTS FRANÇOIS, TANT VIEUX QUE MODERNES, et les termes de toutes les sciences et des arts, SÇAVOIR :

« La philosophie, logique et physique;

» La médecine ou anatomie, pathologie, thérapeutique, chirurgie,
» pharmacopée, chimie, botanique, ou l’histoire naturelle des plan-
» tes, et celle des animaux, minéraux, métaux et pierreries, et les
» noms des drogues artificielles;

» La jurisprudence civile et canonique, féodale et municipale, et
» surtout celle des ordonnances;

» Les mathématiques, la géométrie, l’arithmétique et l’algèbre;

» La trigonométrie, géodésie, ou l’arpentage, et les sections coniques;

» L’astronomie, l’astrologie, la gnomonique, la géographie;

» La musique, tant en théorie qu’en pratique, les instruments à vent et à cordes;

» L’optique, catoptrique, dioptrique et perspective ;
» L’architecture civile et militaire, la pyrotechnie, tactique et statique ;

» Les arts, la rhétorique, la poésie, la grammaire, la peinture, la sculpture, etc.

» La marine, le manège, l’art de faire des armes, le blason, la vénerie, fauconnerie, pesche, l’agriculture ou maison rustique, et la plupart des arts méchaniques ;

» Plusieurs termes de relations d’Orient :et d’Occident, la qualité
» des poids, mesures et monnoyes;

» Les étimologies des mots, l’invention des choses, et l’origine de
» plusieurs proverbes, et leurs relations avec ceux des autres langues;

» Et enfin, les noms des auteurs qui ont traité des matières qui re-
» gardent les mots, expliqués avec quelques histoires, curiosités naturelles, et sentences morales qui seront rapportées pour donner des
» exemples de phrases et de constructions.

» Le tout extrait des plus excellents auteurs anciens et modernes.

» RECUEILLI ET COMPILÉ

» Par Messire ANTOINE FURETIÈRE, abbé de Chalivoy, de l’Académie françoise. »

L’Académie Française mise en face de ce projet décide (par la voix de ses treize plus virulents défenseurs) d’interdire à Furetière de publier son dictionnaire en prétextant que cette compagnie était la seule à avoir le privilège de publier un tel dictionnaire.

« A quoi l’abbé [Furetière] répond qu’il lui a été impossible de faire prévaloir ses doctrines, et d’amener ses confrères à adopter le plan conçu par lui. Ces messieurs, restreignant la liste des mots aux termes usités dans les poemes, les tragédies et la haute éloquence, avaient systématiquement écarté les mots trop vieux et les mots trop jeunes, les termes relatifs aux arts, aux sciences, aux divers métiers ; en outre, ils n’admettaient ni citations d’auteurs, ni étymologies. Vainement, avait-il essayé de glisser quelques mots essentiels ou de présenter certaines acceptions peu connues des vocables admis : sa voix avait été couverte par de bruyantes imprécations, il avait eu une foule de querelles et avait été accablé d’injures pour les moindres corrections proposées. » (Francis Wey).

La confection de ce dictionnaire dut occasionner à Antoine Furetière un travail considérable et inlassable. Un signe qui ne trompe pas invite à le penser. À l’occasion de la définition du mot «Monstrueux» il évoque précisément ce travail de fabrication d’un dictionnaire:

«MONSTRUEUX, se dit figurément en Morale. C’est un travail monstrueux de vouloir entreprendre d’achever un Dictionnaire. Cet homme a une vivacité d’esprit, une memoire monstrueuse, prodigieuse.»

La tentative d’Antoine Furetière eut toutefois un certain succès car elle avait permis de passer outre à la lenteur que l’Académie mettait à constituer son dictionnaire. Antoine Furetière en agissant ainsi répondait aux critiques que les contemporains adressaient au dictionnaire de l’Académie à l’instar de Gilles Ménage qui écrivait :

« Or, nos chers maîtres du langage,

» Vous savez qu’on ne fixe point 

» Les langues en un même point 

……………………………………….

» Nous joignons à cette raison

» Que toujours vostre critique 

» Décriant quelque mot antique 

» Et des meilleurs et des plus beaux, 

» Sans qu’elle en fasse de nouveaux, 

» On seroit, ô malheur insigne! 

» Réduit à se parler par signes »

Antoine Furetière raconte qu’ « après avoir, pendant trois vacations, fait la définition du mot oreille, on en employa deux autres à la corriger, et l’on trouva à la fin que l’oreille est l’organe de l’ouïe. Cette définition coûte deux cents francs au roi. Richelet et Monet l’avaient fournie à meilleur marché dans les mêmes termes. Quelque temps auparavant, on avait discuté cinq semaines pour savoir si la lettre A était une voyelle ou un substantif; si bien que l’une des lumières de l’Académie, Patru, scandalisé d’une telle perte de temps, s’absenta dès lors des séances. »

Face aux lentes délibérations de l’Académie Française, Furetière s’est donc efforcé de faire sentir cette vérité, qu’un seul homme érudit est plus apte à faire un dictionnaire qu’une compagnie se rangeant à l’avis d’une majorité de gens dénués d’érudition » (Francis Wey).

Le 22 Janvier 1685, les treize académiciens les plus hostiles à Antoine Furetière prononcèrent son exclusion de l’académie. À la suite de cette exclusion, les esprits se divisèrent en satires virulentes, et nombreux furent les partisans de Furetière. En témoigne par exemple cette satire s’adressant à Racine :

« L’Académie ayant frustré Ménage
» De l’espoir d’ètre de son corps
» Parce que son savoir lui donnait de l’ombrage,
» A fait ensuite ses efforts
» Pour en chasser l’auteur d’un beau Dictionnaire :
» Racine, prenez garde à vous !
» Vous haranguez si bien, au jugement de tous,
» Qu’on ne vous y verra plus guère…
»

Antoine Furetière se défendit par la diffusion de trois « factum » d’une argumentation virulente et féroce contre l’académie. Il alla sans doute trop loin dans son attaque et commis une faute. On les trouve édité en deux tomes dans les collections Gallica BnF)

Antoine Furetière Factum Tome I (document Gallica BnF)

Antoine Furetière Factum Tome 2 (document Gallica BnF) 

« Cette faute emporta sa peine : bien que l’abbé eût raison, bien qu’on l’eût calomnié, Louis XIV, doué d’un excellent esprit, le laissa mourir (1688) sans lui rendre justice, car Furetière avait amené les choses à un tel point, qu’il avait placé ce prince dans le dilemme fâcheux de sacrifier complètement, ou l’Académie dont il était le protecteur, ou Furetière. Le roi se contenta de ne point permettre que le banni fut remplacé de son vivant; mais il ne condescendit point, en rendant à Furetière son privilège, à autoriser de son nom les diatribes de cet écrivain. C’est ainsi qu’il fut puni à son tour. » (Francis Wey).

La postérité donna toutefois raison à Antoine Furetière et son Dictionnaire fut un succès de librairie lors de son édition de 1690.

Antoine Furetière Dictionnaire Universel  (édition 1690)Tome 1 (document Gallica BnF) 

Antoine Furetière Dictionnaire Universel (édition 1690) Tome 2 (document Gallica BnF) 

 

Antoine Furetière eut également un autre succès posthume important avec un ouvrage publié anonymement mais qu’on lui attribue généralement. Il s’agit des «Essais de lettres familières sur toutes sortes de sujets, avec un discours sur l’art épistolaire et quelques remarques nouvelles sur la langue françoise, oeuvre posthume de Monsieur l’abé***, de l’Académie françoise» (disponible sur Gallica BnF).

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Document Gallica BnF

Cet article a été rédigé en grande partie grâce à l’article de Francis Wey, Antoine Furetière, sa vie, ses œuvres, ses démêlés avec l’Académie Française in « Revue contemporaine » de Juin 1852 (disponible sur Gallica BnF).

Liens à consulter pour en savoir plus:

Notice sur Antoine Furetière sur Data.BnF.fr (cliquez ici)

Vous trouverez sur le site internet de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) une bibliographie très complète consacrée à Antoine Furetière (cliquez ici).

Notice présentant Antoine Furetière sur le site de l’Académie Française (cliquez ici).

Site internet « Furetière.eu » consacré entièrement au Dictionnaire Universel de Furetière (édition de 1690), très pratique pour son moteur de recherche (cliquez ici).

Développement consacrés à Furetière dans  Histoire de la littérature française illustrée. Tome 1 / publiée sous la direction de MM. Joseph Bédier,… et Paul Hazard, (document Gallica BnF cliquez ici).

Si vous avez pris plaisir à la lecture de ces lignes, peut-être serez-vous également intéressés par mes livres (cliquez ici) ou par les ateliers d’écriture que j’anime (cliquez là).

Le défi de Bouilhet à Flaubert…

En parcourant la presse dans les collections Gallica BnF…

Faits divers littéraires

Madame Bovary et Madame de Montarcy...

Le 19 novembre 1851, Gustave Flaubert commençait à écrire Madame Bovary. Un roman qui allait nécessiter six ans de travail avant sa publication qui n’intervendrait qu’en 1857 (après une première publication, par petits morceaux, sous forme de feuilleton, dans la Revue de Paris du 1er Octobre au 15 décembre 1856). Il avait été « invité » à le faire par son ami Louis Bouilhet qui le mettait au défi d’écrire un roman qui soit une « oeuvre d’art » à partir d’un « fait divers ».

Louis Bouilhet allait attendre un peu moins longtemps que son ami Gustave Flaubert pour accéder à la gloire littéraire par sa poésie (il avait publié Meloenis, conte romain en 1851) mais aussi sur le terrain du fait divers, au théâtre, en relevant à sa manière le défi qu’il avait lancé à Flaubert… C’est une bonne raison pour revenir aujourd’hui sur ce poète un peu oublié qui fut conservateur de la Bibliothèque Municipale de Rouen, une trace en reste à l’angle sud est du Bâtiment qui abrite cette vénérable institution. Il était né à Cany-Barville (sous-préfecture de Seine-inférieure) le 27 mai 1821 et il est mort à Rouen le 18 juillet 1869 après avoir connu quelques instants de gloire sous les projecteurs parisiens…

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Statue de Louis Bouilhet (1821-1869) à l’angle de Bibliothèque Patrimoniale de Rouen

Louis Bouilhet allait obtenir la consécration auprès du public parisien  grâce à sa pièce Madame de Montarcy créée le 6 novembre 1856 au « Théâtre Impérial de l’Odéon ».

fullsizeoutput_165Illustration « Madame de Montarcy » 1856. Document Gallica BnF

Avec son drame en vers Madame de Montarcy Louis Bouilhet avait reçu les honneurs d’un véritable succès auprès de la critique et du public. Sa pièce avait été programmée durant soixante-dix représentations lors de la saison 1856-1857 sur la scène du Théâtre de l’Odéon, « le deuxième théâtre français » (précisait la page de garde de la deuxième édition de la pièce). Dès les premières scènes Bouilhet charmait le spectateur avec le rythme entraînant de ses alexandrins:

MAULÉVRIER
"Toujours gai! toujours fou! les passions sur toi
Glissent légèrement comme l'eau sur un toit!"
Louis Bouilhet, Madame de Montarcy, Acte I scène III

L’intrigue tenait en cinq actes et relevait de la fantaisie pure en partant de faits historiques réels : l’amour qui liait le vieux Louis XIV à une Madame de Maintenon qui n’était plus toute jeune, la passion de la jeune Duchesse de Bourgogne pour Maulévrier… On se souvient que l’influence de Madame de Maintenon avait poussé le Roi dans les bras des dévôts, le conduisant notamment à supprimer la tolérance religieuse envers les Protestants, en abrogeant l’Édit de Nantes qui avait fait la gloire d’Henri IV. Dans la pièce de Louis Bouilhet, le parti des Ducs imagine donc de faire échouer le parti des Dévôts en remplaçant Madame de Maintenon par la jeune et jolie Madame du Rouvray épouse de Monsieur de Montarcy. Madame de Montarcy est nommée Dame d’honneur de la duchesse de Bourgogne par Louis XIV avec la mission d’espionner la Duchesse. Madame de Montarcy est trop vertueuse pour être espionne et pour trahir la Duchesse de Bourgogne. Loin de la trahir, elle devient même la confidente de ses amours… Par son attitude Madame de Montarcy impressionne et charme le vieux Louis XIV qui nomme son mari Colonel. Va-t-elle devenir la maîtresse du Roi ? Monsieur de Montarcy (son époux) se l’imagine. En recevant son brevet de Colonel il soupçonne une liaison entre sa femme et le vieux Louis XIV. Cette jalousie est de plus alimentée par celle de Madame de Maintenon…. Dans sa fureur il veut tuer non seulement son épouse mais aussi… …Louis XIV… Il en est dissuadé par le père de Madame de Montarcy : le baron du Rouvray qui le convainc que tuer le Roi risque de mener aux pires drames : le chaos politique. Monsieur de Montarcy renonce alors à assassiner Louis XIV mais demeure résolu à faire mourir sa femme. Il veut la convaincre de s’empoisonner elle-même. Celle-ci refuse. Elle proteste qu’elle n’a commis aucune faute puis sous la pression de son mari, elle se décide avec panache à commettre cet acte irréparable… Ému, son époux s’empoisonne alors à son tour, pris de remords et convaincu à présent que sa femme est innocente…

On le voit, Louis Bouilhet avait appliqué dans cette pièce le conseil qu’il avait donné à Flaubert pour la rédaction de Madame de Bovary : s’inspirer de la page des faits divers les plus sordides (femmes battues, maris jaloux) publiés par les journaux… Ces derniers, les journaux, firent donc un accueil triomphal à Madame de Montarcy. Laissons leur la parole en explorant cette ressource formidable que constitue les collections numériques Gallica BnF…

Taxile Delord dans Le Charivari du 8 Novembre 1856 écrit « Franchement ce drame n’a pas le sens commun, mais le sens commun n’est nullement indispensable pour réussir au théâtre. La grâce, l’esprit, la poésie, le mouvement y suppléent souvent. Les personnages de M. Bouilhet n’ont ni les mœurs, ni les idées, ni les sentimens, ni le langage de leur époque, ils vivent néanmoins par une certaine passion, par une ardeur particulière qui sont dans l’intelligence du poète lui-même. A l’histoire il n’a pris que des noms, Louis XIV, Mme de Maintenon, d’Aubigné, Maulévrier, la duchesse de Bourgogne, et de ces noms il a fait des personnages à sa guise, marchant un peu à la débandade. Comme un essaim confus d’histrions en voyage [... ]Tout cela n’empêche point le drame de M. Bouilhet d’intéresser par la variété de scènes et des acteurs, d’émouvoir quelquefois par le pathétique des situations et de charmer toujours par l’éclat de la poésie. »

J. Maret-Leriche dans Le Nouvelliste, du 8 Novembre 1856 renchérit: « Avant tout, M. Bouilhet est un poète sérieux, neuf et puissant autant qu’il est peintre passionné quand il s’agit de tracer des caractères, et ceux de Louis XIV, de Mme de Maintenon, de M. et Mme de Montarcy lui font le plus grand honneur en donnant de lui l’idée d’une valeur de premier ordre. Les artistes se sont surpassés ; le style splendide et fort de notre jeune auteur les a portés, mais ils ont eu le mérite de se maintenir dans es hautes régions littéraires. »

Critique excellente dans Le Pays journal de l’Empire du 10 Novembre 1856

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Pour T. Thibout dans L’Éventail : journal des théâtre, de la littérature et des modes du 16 novembre 1856  Il n’y pas de pièce : l’intrigue y est minimale.

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 « Donc, de pièce, presque pas… Mais de littérature, mais de poésie… ventre saint-gris ! C’est autre chose ! Du premier bond, M. Louis Bouilhet se place au faîte de la littérature moderne. — On m’avait bien dit que le poëme de Maelenis du même auteur était un petit chef-d’oeuvre, je l’avais cru, mais auijourd’hui, je crois plus, j’affirme que M. Bouilhet a de l’élégance, de la précision, de la force dans la pensée ; et je le place avant M. Ponsard, comme poëte et comme ciseleur, je devrais dire comme orfèvre de l’esprit. Il y a dans les cinq actes de la Montarcy, quelques centaines de vers tout bonnement admirables ; le reste est pur correct et n’a pas la moindre senteur de l’école du bon sens… Les caractères sont faux, mais leur fausseté est rendue avec tant de vérité, que le public est sous un charme inconnu ; il néglige de fond du drame pour ne s’occuper que de la forme... et ma foi, aura beau crier qui voudra, Madame de Montarcy est un succès immense !.. »

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B. Jouvin dans sa rubrique Théâtres publiée dans Le Figaro du 16 novembre 1856 est beaucoup plus dur que ses collègues dans une critique à la prose très parisienne mais il loue tout de même le poète Bouilhet :

« Poètes, écrivains, journalistes, ont salué, dans un cœur enthousiaste à l’unisson, l’avénement de M. Bouilhet au théâtre. Cette entente cordiale, cette unanimité dans la louange pouvaient à bon droit, paraître suspectes, car, de temps immémorial, parmi les lettrés, on n’admire à l’envi que ceux que l’on peut regarder sans envie, et l’on ne porte en triomphe que les gens qui sont dans l’impossibilité de marcher. Mais que M. Bouilhet se rassure : il est loin d’être un cul-de-jatte, et, d’ailleurs, les jambes sont-elles bien nécessaires à qui a des ailes ? Son succès est mérité, du moins, en partie et il peut ajouter foi, pour la moitié à la grande réputation qu’on lui a faite. En supposant que Madame de Montarcy soit au-dessous de l’éloge un peu tapageur qui lui a été décerné tout d’une voix, en revanche, Meloenis et quelques productions antérieures du poètes n’ont peut-être pas été assez remarquées, et il est raisonnable de voir dans la réussite du drame qu’une tardive compensation accordée au livre. »

Jules Janin dans Le Journal des débats politiques et littéraires du 10 Novembre 1856 publie une longue et belle critique

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À travers ses critiques et ses chroniques de théâtre d’il y a plus de cent-cinquante ans, transparaissent les choix esthétiques et les débats d’idées qui agitaient le monde littéraire en ce milieu du XIXe siècle. En se décidant pour un sujet banal, sans importance (Louis XIV et sa cour) Louis Bouilhet se plaçait dans le courant de « l’art pour l’art » obéissant au cahier des charges que Flaubert s’était donné lui aussi pour écrire Madame Bovary : écrire un roman sur « rien » et travailler le style d’écriture jusqu’à son point d’aboutissement plus esthétique, avoir une ambition poétique et artisitque avant toute chose.

En choisissant la cour de Louis XIV (un sujet qui n’était pas « neutre » pour tout le monde), Louis Bouilhet offrait toutefois le flanc à la critique des partisans de la modernité, ou des anciens « quaranthuitards » favorables aux idées révolutionnaires. Ce fut par exemple le cas de Henri Lefort dans son « Épitre à Louis Bouilhet » (1856):

« Oubliez les palais, les rois, les courtisans 
Pour les hommes du peuple, ouvriers, paysans. 
Montrez-nous ce qui bat d’espoir et de souffrance 
Dans le cœur de ces gueux , le vrai cœur de la France. 

Dans le peuple puisez vos inspirations, 
Dites-nous ses douleurs, ses mœurs, ses passions, 
Ses luttes, ses amours, ses vertus et ses crimes ; 
Vivez dans ce milieu plein de drames sublimes. »

Le drame sublime de « Madame de Montarcy » eut cependant une gloire flamboyante et éphémère, ce qui invite à réfléchir sur les raisons toutes relatives de la réception par le public des œuvres littéraires.

Les représentations de Madame de Montarcy furent un succès critique et un succès public lors de la « rentrée théâtrale » de 1856, une consécration pour son jeune et prometteur auteur Louis Bouilhlet. Aujourd’hui tout le monde (ou presque) a oublié cette pièce… À la publication de Madame Bovary, Gustave Flaubert eut droit à un retentissant procès et aujourd’hui presque tout le monde connaît ce roman…

La gloire littéraire emprunte parfois d’étranges chemins…

Pour en savoir plus sur Madame Bovary et Gustave Flaubert

La Compagnie des auteurs sur France-Culture consacrée à Madame Bovary

Gustave Flaubert, Madame Bovary Michel Lévy 1857 Document Gallica BnF

Pierre Thiry, Le Mystère du pont Gustave-Flaubert, BoD, 2012

Bibliographie à propos de Louis Bouilhet

Albert Ango, Un ami de Flaubert: Louis Bouilhet, sa vie, ses oeuvres (1885) un document Gallica BnF

Étienne Frère, Louis Bouilhet, son milieu, ses hérédités, l’amitié de Flaubert (1908) document Gallica BnF

Henri Lefort En avant! Épitre à Louis Bouilhet Auteur de Mme de Montarcy (1856) une amusante critique versifiée et rimée document Gallica BnF

Quelques oeuvres de Louis Bouilhet

Louis Bouilhet, Meloenis, conte romain (in Revue de Paris) 1851. Document Gallica BnF

Louis Bouilhet, Madame de Montarcy, 2e édition 1856, dans les collections numériques de la bibliothèque de Munich (Allemagne)

Louis Bouilhet, Dernières chansons (avec une préface de M. Gustave Flaubert) 1872 Document Gallica BnF

Louis Bouilhet, Festons et Astragales, Melaenis, Dernières chansons, Lemerre 1891 Document Gallica BnF

 

 

11 Septembre 1819 Les Bolivars et les Morillo

En flânant dans les collections de Gallica BnF on découvrira qu’il y a deux cents ans pour éviter la répression politique on plaisantait sur les chapeaux… Dans Le Constitutionnel du 11 Septembre 1819 on pouvait découvrir cet énigmatique entrefilet:

De quoi parlaient Les Bolivars et les Morillos . Quelle était cette pièce aujourd’hui oubliée? Était-elle de simple divertissement? On y trouvait par exemple cette chanson qui exaltait la prospérité de Paris…

"Aussi, mon cher, à mon avis, 
C'est un Pactole que Paris, 
On s'enrichit vingt fois pour une, 
On dirait, le fait est réel, 
Qu'on apprend à faire fortune
Par l'enseignement mutuel.
Les fournitures
Ont des succès
Et les cabinets
De la lecture:
Si l'on s'instruit bien rien qu'en lisant,
Tout Paris doit être savant
Nos artistes deviennent riches, 
Et tous les journaux font fureur,
Depuis les Petites Affiches
Jusqu'à l'énorme Moniteur..."

Les Bolivars et les Morillos était une œuvre de « théâtre musical » alternant chansons fabriquées pour être à la mode et répliques à succès sur des thèmes en vogue dans l’actualité. Ce spectacle eut un succès suffisamment important pour faire l’objet de gravures de presse largement diffusées…

Il était évidemment question de chapeaux dans cette pièce… En témoigne ce dialogue:

Chacun peut se coiffer selon son goût

On pouvait y savourer aussi, grâce aux talents conjugués des deux auteurs: Armand d’Artois et Gabriel de Lurieu, ce morceau de bravoure consacré à la « lithographie » qui était alors une invention nouvelle :

« Vive la lithographie !
C’est une rage partout. 

Grands, petits, laide, jolie,
Le crayon retrace tout

Les boulevards tout du long
A présent sont un salon
Où, sans même avoir posé,
Chacun. se trouve exposé.

On tapisse les murailles
De soldats et de hauts faits,
On ne voit que des batailles
Depuis qu’on a fait la paix.

Sur les assiettes, les plats,
On dessine des combats ;
Jusqu’au fond des compotiers,
On va placer des guerriers.

Sur nos indiennes nouvelles
On voit prendre des remparts,
Et sur les fichus des belles
On voit charger des hussards… »

(Extrait de Henri d’Alméras, « La vie Parisienne sous la Restauration » disponible ici sur Gallica BnF).

Pour se faire une idée de ce spectacle, et de la façon dont il fut officiellement reçu à l’époque. On peut lire cette critique parue dans Le Camp-Volant Journal des spectacles de tous les pays du 16 Septembre 1819 reproduite ci-dessous (cliquez ici pour la lire sur Gallica BnF)

Ce spectacle de « Vaudeville-Revue » fit l’objet de nombreuses tournées en province, ses auteurs Armand d’Artois et Gabriel de Lurieu acquirent une notoriété en leur temps. Leur Vaudeville-Revue fut un spectacle à la mode car ses airs allaient devenir des «tubes» (chantés partout quoiqu’aujourd’hui oubliés) et il évoquait dans son scénario des chapeaux à multiples significations  ainsi que l’explique cent-seize ans plus tard le journal Paris-Midi du 2 Mars 1936. 

Victor Hugo, dans les Misérables (Chapitre XII Le Désoeuvrement de M. Bamatabois) donne la véritable clef de ce vaudeville et de ces chapeaux qui avaient pris une signification politique:

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En Septembre 1819, il est donc fort probable que le succès de ce spectacle ait eu des raisons qu’il convenait de «masquer» sous des chapeaux qui signifiaient beaucoup plus que que ce que la presse pouvait publier…

Les Bolivars et les Morillos (publié en 1819) est accessible sur Google Livre (cliquez ici)

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Si Paris-Midi évoquait en 1936 ce vieux spectacle à succès c’est que la Comédie Française venait de créer « Bolivar » (une pièce en 3 actes et dix tableaux de Jules Supervielle et Darius Milhaud) (article à lire ici). Les circonstances et l’époque avaient changés mais les temps n’en étaient pas moins dramatique, on était en pleine guerre civile espagnole. Le nom de Bolivar était encore porteur de symboles…

Paris Midi 2 Mars 1936 à propos du Bolivar de Supervielle et Milhaud

On trouve dans les collections de Gallica BnF le tapuscrit du livret que Jules Supervielle a écrit pour ce « Bolivar » de 1936 évoqué par Paris-Midi (cliquez ici)

Il y a cent ans: Inauguration du Pont Notre-Dame

Il y a cent ans dans L’Excelsior  un entrefilet annonçait l’ Inauguration du pont Notre-Dame par le Président Poincaré

« Le pont Notre-Dame qui sera inauguré officiellement demain par M. Poincaré, était, comme celui de la Tournelle, qui, lui, a été entièrement condamné, un grand tueur de bateaux… » pouvait-on lire dans cet article du 3 Septembre 1919 (ci-dessous reproduit, extrait des Collections Gallica BnF)

(article de L’Excelsior à lire ici).

Le Gaulois du Lundi 5 août 1907 se faisait l’écho, dans un entrefilet en première page de la nécessité  de ces travaux sur ce pont devenu « tristement célèbre pour les collisions qu’occasionne cet étroit passage ménagé entre ses arches trop nombreuses. Il y eut de ce fait, au cours des quinze dernières années, trente-cinq bateaux ou péniches coulées avec leur chargement. »

(Le Gaulois du 5 août 1907 à lire ici ).

Le Rappel du 9 avril 1895 fait ainsi mention d’un naufrage en Seine dû au pont Notre-Dame : « Hier matin, vers onze heures, le Père-Eternel, chargé de sable et remorqué par la Guêpe n° 25, a rompu son amarre et est allé se heurter contre la troisième pile du pont Notre-Dame. Il a sombré aussitôt en amont du pont, piquant une tête en avant. On n’apercevait plus, quelques minutes après, que l’arrière du chaland sortant un peu de l’eau et les deux mâts.
Quatre personnes se trouvaient sur le bateau, trois d’entre elles se jetèrent à l’eau et gagnèrent l’une une barque voisine, les autres un bateau-mouche qui remontait la Seine et qui s’était arrêté pour secourir les naufragés.
Le quatrième marinier, moins prévoyant, avait voulu, malgré les avis de ses camarades, descendre dans la cabine pour prendre ses effets, espérant pouvoir remonter avant que le bateau coulât. Depuis, on ne l’a pas revu… M. Lépine, préfet de police, qui, on le sait, fait tous les matins une promenade pédestre à travers Paris, se trouvait sur le pont Notre-Dame quand l’accident s’est produit. Aussi a-t-il pu faire organiser le premier les secours nécessaires… » (article à consulter ici dans les collections Gallica BnF ).

Pour que que des aventures comme celle du naufrage du Père-Éternel, sous une voûte de Notre-Dame ne se reproduisent pas, il était donc important que cette restauration de 1907 soit décidée…

Avant cette restauration due à la IIIe République, le pont Notre-Dame avait eu une histoire, belle et mouvementée, relatée dans plusieurs ouvrages (par exemple dans les « Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris, depuis ses commencements connus jusqu’à présent. » du Sieur Jean-Baptiste-Michel Renou de Chauvigné dit Jaillot publié entre 1772 et 1775.).

On y apprend que « Ce Pont aboutit aux rues de la Lanterne & Planche-Mibrai, il facilite par-là une communication en droite ligne de la Porte Saint-Jacques à celle de Saint-Martin. Du Breul, Sauval, les Historiens de Paris, & M. Piganiol, disent unanimement que ce Pont fut commencé en 1412… » Auparavant, selon Jean-Baptiste-Michel Renou de Chauvigné dit Jaillot, il n’existait apparemment qu’une installation provisoire, bricolée avec quelques vieux tonneaux : « Au reste, on ne peut guère douter que ce Pont n’existât longtemps avant l’époque qu’on lui donne. Raoul de Presle, qui vivoit sous Charles V, parle d’un Pont de fust, c’est à dire d’un pont de bois, qui existoit en cet endroit. » il ajoute que « Dans un manuscrit cité par D. Marrier, il est indiqué sans nom, sous ces termes simples, Le pont que l’on passoit à Planches. » et que « Le Journal de Paris, sous le règne de Charles VI, l’appelle le Pont de la Planche de Milbrai. ». C’était vraisemblablement un ouvrage bien précaire et bien fragile, puisque la« Ville se trouva obligée, en 1412, de le reconstruire ; […] Le nouveau Pont fut construit en bois : le dernier Mai 1413, le Roi y mit le premier pieu, le Dauphin, les Ducs de Berri & de Bourgogne & et le Sire de la Trémoille eurent part à la cérémonie : il fut nommé le Pont Notre-Dame. »

Lui non plus n’était pas très solide nous précise le Sieur Jaillot : « On voit par un Arrêt du 13 Février 1440, qu’il avait déjà besoin de réparations & et qu’il fallait obvier à sa démolition & destruction. Le 25 Octobre 1499, à neuf heures du matin, ce pont fut emporté en entier, & il fut décidé de le rebâtir en pierre. » Jean-Baptiste-Michel de Chauvigné dit Jaillot, nous apporte à ce sujet des informations très précises : « la première pierre fut posée par Guillaume de Poitiers, Seigneur de Clérieu, Gouverneur de Paris, le 28 Mars 1499, & le lendemain la seconde le fut par M. Jean Bouchart, Conseiller au Parlement, accompagné des cinq Commis à l’Administration de la Ville. » Les travaux mirent ensuite du temps à se terminer et les historiens du XVIIIe siècle n’étaient pas tous d’accord sur la durée de cette construction :

«  Une inscription mise sous une arche de ce Pont & qui porte que le 15 Juillet 1507, fut assise la dernière pierre de la sixième et dernière arche du Pont Notre-Dame a fait dire aux Historiens de Paris & à M. Piganiol, que c’était un titre décisif pour prouver que ce Pont avait été fini cette même année, & et que malgré cela, Le Maire & Sauval ont assuré qu’il ne fut commencé qu’en 1507 et achevé en 1512 ; & Don Félibien ajoute qu’il n’en rapporte aucune preuve… » suit un raisonnement très argumenté d’où Jean-Baptiste-Michel Renou de Chauvigné dit Jaillot conclut : « Ainsi l’on voit que si la dernière pierre de la dernière arche fut mise en 1507, ce pont ne fut réputé fini qu’en 1512, temps auquel furent achevées les maisons qu’on a construite dessus. »

Ce pont de pierre n’était donc pas qu’un passage, il était aussi lieu d’habitation, on y comptait selon les auteurs entre trente-quatre ou soixante-huit maisons… C’était semble-t-il trop présumer de sa solidité. Jean-Baptiste-Michel Renou de Chauvigné dit Jaillot nous explique :

« On voit cependant qu’en 1540, il avait besoin de réparations, qu’en 1577, il y avait deux arches fort endommagées, & qu’ils fut encore réparé en 1659… »

Bref, on prend conscience en lisant ces lignes du XVIIIe siècle que les monuments du passé étaient bien fragiles, et qu’un pont mérite d’être soigneusement entretenu si l’on veut qu’il ne parte pas à la dérive… Ce n’était pas ce pont du XVIe siècle qui avait été responsable du naufrage du Père-Eternel mais on va constater que lui aussi était dangereux pour la navigation…

S. Dupain, ancien chef de section à la Préfecture de la Seine a publié en 1882 une monographie détaillée et argumentée  sur Le Pont Notre-Dame (disponible dans les collections Gallica BnF ici ). S. Dupain était bien placé pour rédiger cette brochure. Il dirigeait « le bureau où se traitent à la Préfecture de la Seine, les affaires des Ponts et Chaussée ». Il était en poste au moment où il avait été décidé (dans les années 1850) de construire le nouveau pont Notre-Dame responsable du naufrage du Père-Eternel sous les yeux du préfet Lépine (voir plus haut). Son témoignage mérite donc que l’on s’y attarde…

En citant les chroniqueurs de l’époque, S. Dupain apporte d’utiles précisions sur la construction de 1499 du pont Notre-Dame en pierre. Le 25 Octobre 1499 quand fut emporté le pont de bois, le Roi Louis XII était à Milan. Il envoya donc à Paris « Jehan de Doyac pour donner la conduicte et de refaire ledit pont. ».

Contrairement au Sieur Jaillot, S. Dupain estime que le pont a été totalement achevé en 1507 par la pose de la dernière pierre qui a été l’occasion d’une grande fête réunissant de hauts dignitaires ainsi qu’une fanfare ainsi que le rapporte un chroniqueur de cette année-là :


« Soit mémoire, que le samedy, dixième jour de juillet mil cinq cens et sept, environ sept heures du soir, par noble homme Dreux Raguier, escuyer, seigneur de Thionville, Prévost des Marchands, et sire Jean Lelièvre, maître Pierre Paulmier, Nicole Seguier et sire Hugues de Neufville, Eschevins de la Ville de Paris, fut assise la dernière pierre de la sixième arche du pont Notre-Dame à Paris, et à ce faire étoit présent grande quantité de peuple de la dite Ville, par lequel, pour la joie du parachèvement de si grande et magnifique œuvre, fut crié Noël et grande joie démenée, avecques trompettes et clairons qui sonnèrent par longue espace de temps. »

Les contemporains admiraient la réalisation de ce pont de 1507 pour sa beauté et sa solidité. Ils en faisaient le plus beau pont d’Europe : Tous les historiens ont fait l’éloge de sa construction. « Au milieu d’iceluy, a dit Corrozet, sont les images, de costé et d’autre, de Notre-Dame et de saint Denys, avec les armes de la Ville. Il est pavé ainsi que les rues, comme aussi sont les autres ponts, ensorte que les passants estrangers pensent estre en terre ferme. Brief, quand à la structure des ponts, c’est le seul chef-d’œuvre de toute l’Europe »

S. Dupain rappelle toutefois que ce qui rendait le pont admirable à l’époque (notamment à cause des maisons qu’il soutenait, le rendrait condamnable au regard des règles de l’urbanisme moderne. Il profite de la visite du Dey d’Alger pour nous l’expliquer :

« En 1552, lorsque l’ambassadeur du Dey d’Alger vint à Paris, le conseiller municipal Jacques Gohori, chargé de lui montrer ce qu’il y avait de curieux, raconte qu’il le vit admirer la structure et l’immensité de la Cathédrale, la magnificence du Louvre, la force et la solidité de la Bastille ; mais que lui ayant fait remarquer, en sortant du pont Notre-Dame, qu’il venait de traverser une rivière, son admiration redoubla et qu’il confessa avoir cru marcher sur la terre ferme.

On n’a pas oublié que la même illusion se produisait quand le pont n’était qu’en bois. Elle tenait à ce que ses maisons joignaient immédiatement celles des rues voisines, attendu qu’il n’y avait pas encore de quais qui les en séparassent. Nos idées sont bien changées depuis lors ; loin d’attacher quelque intérêt à ce qui, en ce temps-là, causait une sorte de ravissement, on le considérerait aujourd’hui comme un inconvénient grave. »

S. Dupain explique ensuite que ce pont Notre-Dame du XVIe siècle avait également fini par devenir très dangereux pour la circulation des bateaux. Outre le fait qu’il menaçait de s’écrouler, ces cinq arches ne pouvaient plus permettre le passage des bateaux :

« Des cinq arches qui restaient à ce pont, celle qui tenait à la rive droite était barrée par un déversoir, et les deux suivantes se trouvaient obstruées par des moulins, en sorte qu’il n’y en avait que deux de libres, et encore le passage par l’une d’elles était, à de certains moments, si dangereux pour les bateaux qu’on l’avait surnommée l’arche du diable. »

Ce pont interrompait tellement le trafic fluvial qu’il obstruait également le passage des poissons :

« Il a existé longtemps, sous une des autres arches, un instrument de pêche appelé Dideau ou Guideau, que la Ville louait à son profit. Elle n’en retirait, à l’origine, que 200 livres par an ; mais il lui en rapportait 600 en 1692 et 1,000 en 1786. C’est là que fut pris, en 1735, un si beau poisson que les officiers municipaux crurent devoir en faire présent au Roi. C’était un esturgeon qui mesurait 6 pieds 8 pouces de longueur. Cet engin a été supprimé en 1809… »

Malgré ses faiblesses ce pont fut dès ses débuts admiré et plutôt que de passer par le pont au change (qui était en bois, et délabré) François Ier avait choisi ce nouveau pont de pierre comme « voie triomphale» le 15 Février 1514 en revenant de Reims où il s’était fait sacrer vingt jours auparavant.  Il fut reçu à Paris, suivant Félibien, avec toutes les marques de joie et d’honneur auxquelles il pouvait s’attendre, et voulut passer sur le pont Notre-Dame, pour se rendre à l’église métropolitaine, parce-que l’autre n’était pas trop sûr, Les grandes eaux et les glaçons l’avaient, en effet, mis en péril imminent. »

Quand Louis XIV revient à Paris le 26 août 1660 après avoir épousé la fille du roi d’Espagne, Marie-Thérèse d’Autriche il entra avec elle à Paris, a dit le président Hénault, dans le plus grand appareil et avec la plus grande magnificence que l’on eût encore vue. Nos Édiles, voulant effacer l’impression fâcheuse qu’avaient pu laisser les troubles de la Fronde dans l’esprit du jeune monarque, ne se montrèrent pas moins empressés que leurs prédécesseurs l’avaient été, dans des circonstances semblables, et le pont Notre-Dame, qui venait d’être remis presque à neuf, reçut une superbe décoration. Une niche surmontée d’un dais sculpté fut pratiquée dans chacune des quatre maisons d’angle. On y plaça les statues, en pied, de saint Louis, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, revêtus du manteau royal. Sur les chaînes en pierre de taille qui séparaient les maisons étaient adossés de grands termes d’hommes et de femmes composés d’un demi-corps et d’une gaine à trois faces, peinte en marbre de différentes couleurs. Ces figures, ornées de festons, se tenaient par la main et portaient sur leurs têtes des corbeilles pleines de fleurs et de fruits. Dans les entre-deux pendaient des médaillons d’environ trois pieds de diamètre, relevés en couleur de bronze et contenant les portraits de tous les rois de France, avec leur nom, la date de leur avènement à la couronne, et une devise en latin, exprimant le trait caractéristique de chacun d’eux. »

En 1769, par Lettres patentes du Roi, décision est prise de démolir les maisons situées sur le pont Notre-Dame, elle sont considérées comme insalubres. Cette démolition sera effective en 1786. On en profite pour élargir la chaussée du pont et pour en atténuer la pente.

À la fin du XVIIIe siècle le pont Notre-Dame devait être en excellent état puisqu’on estimait qu’il n’avait pas besoin d’être entretenu car suffisamment conservé…

« A la Révolution, le pont Notre-Dame prit le nom de « pont de la Raison » et le porta pendant quelque temps. Son entretien, auquel jusqu’alors la Ville avait eu à pourvoir, passa, avec celui des autres grands ponts de France, à la charge de l’État. Nous n’avons rien de particulier à signaler au sujet de cet entretien qui ne dut jamais coûter bien cher, attendu que, suivant l’observation faite par l’ingénieur Gauthey, dans son Traité des ponts, les ouvrages étaient bien conservés et que, quoique la pierre de Paris ne soit pas généralement bonne, il fallait qu’elle eût été bien choisie, car on y remarquait très peu de dégradations. »

Au XIXe siècle on décida néanmoins de construire un nouveau pont Notre-Dame car il était trop haut par rapport aux chaussées des rues parisienne. En 1853, on détruisit donc le pont Notre-Dame pour en construire un nouveau, trois mois après le mariage de l’Empereur Napoléon III (ainsi que le rappelle avec sa précision de chef de bureau S. Dupain) :

« Une Notice sur les ponts de Paris, insérée, en 1864, dans le recueil des Annales des Ponts et Chaussées, contient qu’à raison de l’activité imprimée aux travaux que nous venons de décrire le cortège qui se rendait à Notre-Dame, le jour de la célébration du mariage de l’Empereur, a pu passer sur le nouveau pont. L’auteur avait, sans doute, oublié que ce mariage avait eu lieu civilement, le 29 janvier 1853, et qu’on avait procédé, dès le lendemain, à la cérémonie religieuse, c’est-à-dire trois mois avant que l’on commençât la démolition de l’ancien pont. C’est donc sur cet ancien pont et non sur le nouveau qu’est passé le cortège. On doit regretter que cette singulière inadvertance ait été reproduite, en 1873, dans les Documents statistiques sur les routes et ponts, publiés par l’Administration des Travaux publics et qui, dès lors, ont un caractère officiel. N’est-ce pas le cas de répéter avec le poète, en récapitulant toutes les autres erreurs que nous avons relevées, dans le cours de cette notice : Et voilà justement comme on écrit l’histoire? »

Le pont Notre-Dame tel qu’il était en 1853 avant sa démolition

 

Le pont Notre-Dame après sa reconstruction en 1873. C‘est ce pont qui posait problème au trafic fluvial entre 1890 et 1907 et que l’on dû détruire pour construire celui que le président  Poincaré avait inauguré il y a cent ans…

Olivier de Serres et Clotilde la poète…

En flânant en touriste dans les collections de Gallica BnF en quête de renseignements sur un célèbre agronome ardéchois nous découvrirons une belle et mystérieuse Clotilde aux étonnants talents littéraires… Qui était cet agronome ? Qui était cette mystèrieuse poète ?

Gravure extraite du livre de la Comtesse Drohojoswska, Les grands agriculteurs… un document Gallica BnF

En 1600, un livre imposant venait de paraître. Il s’imposait tellement que le roi Henry IV se le faisait lire à voix haute chaque soir, pendant une demie-heure. Quel était cet ouvrage ? « Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres Seigneur du Pradel ». (Un monumental ouvrage de 1050 pages. Disponible sur Gallica BnF ici.)

Qui en était l’auteur ?

Nous commémorons en ce mois de Juillet 2019 le 400e anniversaire de sa disparition

Fac simile d’un portrait d’Olivier de Serres peint par son fils in « Olivier de Serres » par Henry Vaschalde Document Gallica BnF

C’est une occasion d’en apprendre un peu plus à son sujet en explorant la vaste forêt de livres numériques des collections Gallica BnF.

Olivier de Serres est né en 1539 au domaine du Pradel, à Villeneuve-de-Berg, en Vivarais (Ardèche) où il est mort le 2 Juillet 1619.

À la fin du XIXe siècle Léon Védel (artiste peintre qui souhaitait réaliser un tableau représentant Olivier de Serres recevant Henry IV au domaine du Pradel) a donné de ce domaine une description saisissante « Nous gravissons rapidement une pente assez raide, et nous nous trouvons presque immédiatement à l’orée d’un magnifique bois de chênes. Notre regard se perd sous ces hautes futaies, dans ces.profondeurs ombreuses, à travers ces troncs centenaires que des reflets lumineux dorent çà et là. Soudain, les arbres semblent s’écarter comme un rideau qui s’ouvre, et font place à une immense prairie. 
A droite et à gauche, le bois dresse ses plus belles futaies. Tout au fond, dans une perspective admirablement ménagée, une construction aux murs d’un blanc éclatant, arrête le regard. C’est le Pradel. Ce vaste rectangle, sans ornement, produit de loin l’effet grandiose que fait une masse simple et régulière. Cette première manifestation du passé que nous venons évoquer ne laisse pas que de nous émouvoir. Nous sommes en pleine histoire, et l’homme qui vécut là est une des illustrations de la France. »

Dans ce domaine du Pradel, mais aussi en exil en Suisse durant les guerres de religions, Olivier de Serres a travaillé durant près de quarante ans à son œuvre monumentale « Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs ». La postérité (qui n’a pas attendu l’apparition de l’internet pour aimer les petites phrases) a retenu de lui quelques formules frappantes :

« Ce n’est pas seulement ce qu’on sème qui rapporte, c’est ce qu’on soigne. »

« Rien de plus grand ne se peut présenter aux hommes que ce qui les achemine vers la conservation de la vie… »

« La terre se délecte en la mutation des semences. » ou encore « Le jus de la betterave, en cuisant, devient semblable au sirop, au sucre, est si beau à voir par sa vermeille couleur. »

Il fut le premier à apercevoir le profit que l’on pouvait tirer du jus de la betterave, le premier également à avoir écrit sur la culture des vers à soie (qui allait faire la fortune de l’industrie textile, notamment dans le quart sud-est de la France, à Lyon).

Pour lui, «Nul bien ne s’obtient sans peine. C’est une vérité de tous les temps, acceptée par Columelle et vérifiée par les effet, que pour faire une bonne maison il faut joindre ensemble le savoir, le pouvoir, le vouloir.»

Mais au fait, Olivier de Serres a-t- réellement disparu il y a 400 ans ? N’a-t-il pas survécu grâce au rayonnement de ses écrits ? Il aimait méditer devant les spectacles de la nature et il le faisait en poète.

En 1858 un curieux petit ouvrage ( Clotilde de Surville et Olivier de Serres, écrit par monsieur A-C. T…) relatait une rencontre entre Olivier de Serres et Clotilde de Surville autour de la région du Vivarais (Ardèche) qui serait injustement méconnue. On y découvre le dialogue suivant où se confirme qu’Olivier de Serres est bien le père de l’agronomie.

« OLIVIER DE SERRES

Les lièvres qu’on voit abonder dans nos champs, 
Ont flatté le palais de tous nos rois gourmands. 

CLOTILDE DE SURVILLE

Je suis loin de vouloir ici vous contredire, 
Mais votre modestie a tort de ne rien dire 
Au sujet des bienfaits dont vous et vos écrits 
Avez doté la France et surtout ce pays. 
Ce n’est pas sans motifs que, même en Angleterre, 
De notre agriculture on vous nomme le père. 
L’exemple et la leçon de cultiver nos champs, 
De les rendre en raisins, en moissons abondants, 
De planter le mûrier, d’augmenter son feuillage, 
Émanent de vos soins, sont votre propre ouvrage. »

Ce dialogue surprenant se termine par un appel d’Olivier de Serres à « produire local » et par un hymne au chemin de fer déclamé par Clotilde de Surville :

OLIVIER DE SERRES

Hélas! pour exploiter tous ces riches produits,
On devait faire appel aux efforts du pays;
Mais on nous préféra l’industrie étrangère;
Nous n’eûmes de nos fers que la triste poussière.

CLOTILDE DE SURVILLE
Heureusement les temps sont aujourd’hui changés.
Napoléon trois règne et nous serons vengés;
D’une ligne de fer je vois déjà la trace ;
L’Ardèche, à cet égard, cesse d’être en disgrâce ;
L’Empereur vers ce but dirige ses efforts ;
Nous n’aurons qu’un regret, c’est d’être chez les morts. »

On peut le constater, Olivier de Serres n’est pas seulement le père de l’Agronomie, à en croire ce dialogue à la gloire des chemins de fer, il est aussi celui du Rétrofuturisme.  Clotilde de Surville et Olivier de Serres exprimaient-ils par ces «regrets» un sentiment «effondriste» face au défis écologiques du futur?  Et tant que nous en sommes aux questions qui était le témoin anonyme de cette scène. Qui était le signataire de l’écrit qui rapporte ce dialogue?

Qui se cache derrière ces initiales: A.C.T. est-ce que ce serait un de mes ancêtres disparu: A.-C. Thiry?

L’ oublié, le poétique, l’hypothétique Archibald-Cleophas Thiry dont personne n’a jamais gardé la trace ?

Et qui était cette Clotilde de Surville qui dialoguait avec Olivier de Serres ? Est-elle la mère de la poésie autant qu’il est le père de l’agriculture ?

Selon le recueil de ses poésies publié en 1827 par Charles Nodier, Clotilde de Surville est née en 1400 ou 1405 et vécut sous « les règnes de Charles VI, de Charles VII, de Louis XI, de Charles VIII et mourut sous Louis XII, plus que centenaire. Les mémoires du temps n’en font aucune mention ; et cependant elle fut connue et appréciée de plusieurs rois de France, d’une nombreuse classe de femme poëtes, qui semblaient reconnaître son étendard... » (Poésie inédites de Marguerite-Éléonore Clotilde de Surville de Vallon et Chalys, 1827 ouvrage disponible ici dans les collections Gallica BnF). 

Avant l’édition de Charles Nodier, ci-dessus évoquée, un premier recueil de Poésies de Clotilde avait été publié par Charles Vanderbourg. Il avait eu tellement de succès qu’il a été plusieurs fois réédité. On peut juger par quelques lignes du charme médiéval de ce premier recueil:

Les fleurs esclozent soubz ses pas;

Parfum de roze est sur sa bousche;

Tout s’embellist des siens appas;

Les fleurs esclozent soubz ses pas:

Est-il de graces qu’il n’ayt pas,

Ou qu’il ne preste à ce qu’il tousche?

Les fleurs esclozent soubz ses pas;

Parfum de roze est sur sa bousche.

On trouve sur le site internet de la Bibliothéque de Lyon une belle édition numérique de la quatrième édition de ce recueil de poésies, ornés de nombreuses gravures (1825) cliquez ici.

En 1858, Eugène Villard publie une biographie de Clotilde intitulée Clotilde de Vallon-Chalys (Clotilde de Surville) : histoire du temps de Charles VII (disponible dans les collections numériques Gallica BnF).

À la lecture de cet ouvrage on découvre un personnage profondément romanesque.

 

En 1876, Henry Vaschalde a publié une BIBLIOGRAPHIE SURVILIENNEDESCRIPTION DE TOUT CE QUI A ÉTÉ ÉCRIT SUR CLOTILDE DE SURVILLE, DEPUIS L’APPARITION DE SES POÉSIES JUSQU’A NOS JOURS. In 8° chez Auguste Aubry, Libraire de la Société des Bibliophiles Français. Imprimerie Roure. Privas. (extrait du Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de l’Ardèche) qui montre que cette poétesse inconnue suscitait étonnement et controverses parmi les auteurs qui l’avaient étudiée. Il suffit d’évoquer quatre ouvrages :

Antonin MACÉ. Un procès d’histoire littéraire. Les poésies de Clotilde de Surville. Etudes nouvelles suivies de documents inédits  (Extrait du Bulletin de l’Académie delphinale, 3e série, tome V), Grenoble, 1870 (disponible chez Gallica BnF) 187 pages. [L’auteur tient les poésies pour authentiques ; son ouvrage contient des documents du plus vif intérêt, communiqués par les héritiers de Madame de Surville].

Anatole LOQUIN . Réponse à M. Antonin Macé. Les poésies de Clolilde de Surville. Etude. (Extrait des Actes de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, année 1873), Bordeaux et Orléans, 1873, 244 pages. [Réfutation facile et peut-être trop copieuse de l’ouvrage
précédent.]

Eugène VILLEDIEU Marguerite de Surville, sa vie, ses œuvres, ses descendants devant la critique moderne. (disponible dans les collections Gallica BnF), Paris et Privas, 1873, 8°, XVI-428 pages, met une éloquence intarissable au service de la cause de Clotilde. Son ouvrage contient de nombreux et utiles renseignements sur la famille de Surville].

En 1888 une étude bibliographique et littéraire signée de l’abbé ** et intitulée Marguerite de Surville et ses poésies publié à la Librairie des bibliophiles (disponible dans les collections Gallica BnF) loue la qualité du travail d’Eugène Villedieu : « Un de nos Écrivains, avantageusement connu dans le monde des Lettres, M. E. de Villedieu, a donné une Étude développée sur Marguerite (Clotilde) de Surville et ses poésies. C’est un livre important, qui a eu l’adhésion chaleureuse d’un bon nombre de nos éminents littérateurs, poètes ou érudits, et celle de connaisseurs très distingués, tels que Germer-Durand, en choses esthétiques du Moyen-âge et des temps modernes […] Son ouvrage est, en résumé, une œuvre considérable, et, de beaucoup, la plus complète de toutes celles qui ont été publiées sur ce sujet. C’est, en même temps, un service signalé rendu aux Lettres et à la vérité historique. »

Léon Védel nous apprend dans sa description du domaine du Pradel que la famille de Surville avait hérité du domaine d’Olivier de Serres : « La famille de Serres posséda le Pradel jusqu’en 1691. Cette année, Marie de Serres, dernière descendante directe de l’illustre agronome, l’apporta en dot à un seigneur de Mirabel. Il resta dans cette maison jusqu’à la mort de Madame Pauline de Mirabel, veuve du marquis de Surville, le héros royaliste de 1798, et l’auteur, un moment présumé des poésies de Clotitde de Surville… » Le même auteur précise dans une note que « Un livre ce M. A. Mazon, fruit de laborieuse» recherche et d’un profond savoir MargueriteChâlis et la légende de Clotilde de Surville, Paris, Lemerre, 1873), prouve, hélas, que ces poésies ne peuvent pas être de la personne qu’on a voulu désigner sous le nom de Clotilde de Surville, et que leur date est de beaucoup postérieure au quinzième siècle. Nous disons : hélas, car nous regrettons vivement, pour notre part cette douce et passionnée figure de poétesse. » Le livre dont il est question est signé Albin Mazon, intitulé Marguerite Châlis et la légende de Clotilde de Surville, il est consultable sur le site internet de l’Université de Toronto (cliquez ici).

En 1873 Jules Guillemin dans son une étude intitulée Clotilde de Surville et ses nouveaux apologistes : une fausse résurrection littéraire (disponible dans les collections Gallica BnF) va dans le même sens que Mazon : « J’espère avoir suffisamment prouvé que Clotilde de Surville n’a jamais existé, et qu’eût-elle existé, elle n’aurait pu écrire les vers donnés sous son nom. Il me reste à faire voir que le seul auteur de ce pastiche, à part une très-minime et très-insignifiante collaboration de M. de Brazais, ne peut-être que le marquis de Surville, puisque M. Macé a péremptoirement démontré que Vanderbourg, contrairement à ce qu’on avait d’abord supposé, n’y était absolument pour rien. »

L’existence de Clotilde de Surville semble donc bien être une supercherie littéraire, une de ces plaisanteries de poètes potaches qui font le plaisir des ri(maill)eurs et qui a dû amuser l’Amateur de livres Charles Nodier.

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L’amateur de livres par Charles Nodier (Document Gallica BnF)

Charles Des Guerrois dans ses Études sur quelques-uns de nos vieux poètes : Vauquelin de La Fresnaye, Sainte-Marthe, N. Rapin, J. de La Péruse, Clotilde de Surville, etc. (consultable ici chez Gallica BnF) assure que Charles Nodier, éditeur des poèmes de Clotilde de Surville, n’était pas dupe de la supercherie…

Olivier de Serres en revanche a bel et bien existé et je vous invite à le lire. C’était un sage observateur de la nature que Victor Fraitot a dépeint en ces termes : « Indifférent en apparence aux évènements qui se passent autour de lui, il nous semble le voir, « un livre au poing », dans son jardin, parmi ces fleurs dont « les vertus ravissent l’entendement humain ». Il nous a peint lui-même, en des termes d’une simplicité qui captive, cette solitude où « hors du bruit, il jouissait en repos des aises dont elle abonde : la sérénité du ciel, la salubrité de l’air, le plaisant aspect de la contrée ; d’un autre côté, la contemplation des belles tapisseries des fleurs, les beaux ombrages des arbres, la joyeuse musique des oiseaux. » (Victor Fraitot, Olivier de Serres, « Bibiothèque des écoles et des familles », Hachette et Cie, 1882).

On trouve dans les collections numériques de Gallica BnF plusieurs ouvrages consacrés à Olivier de Serres :

« Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres Seigneur du Pradel ». 1600 (première édition de ce monumental livre de plus 1050 pages qui mérite d’être lu, relu, parcouru pour le plaisir de la lecture et pour la richesse de ses propos).

Monsieur A.C.T., Clotilde de Surville et Olivier de Serres, Imprimerie de L. Escudiès, Aubenas, 1858 (11 pages, curieux dialogue évidemment fictif entre la poétesse imaginaire Clotilde de Surville et l’agronome Olivier de Serres).

Léon Védel, Le Pradel et Oliver de Serres : à travers le Vivarais, Imprimerie P. Mouillot, Paris, 1881 (31 pages tirées à part de la Revue de France du 15 Juin 1881 récit par un artiste peintre de sa visite au domaine du Pradel en vue de peindre la rencontre entre Olivier de Serres et Henri IV)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5783265v

Victor Fraitot, Olivier de Serres, Hachette 1882 collection « Bibliothèque des Écoles et des Familles » 34 pages et trois pages non paginées d’illustrations.

Henry Vaschalde, Olivier de Serres Seigneur du Pradel, sa vie et ses travaux illustré de portraits, Gravures et fac-simile, E. Plon, Nourrit et Cie, 1886, (232 pages).

Madame la Comtesse Drohojowska (née Symon de Latreiche), Les Grands Agriculteurs modernes Olivier de Serres — Duhamel du Monceau — Parmentier — Matthieu de Dombasle, Maison Alfred Mame et fils, Tours, 1905, 142 pages (les pages pages 11 à 57 sont consacrées à Olivier de Serres).

Pour en savoir plus sur Olivier de Serres

http://www.olivier-de-serres.org/index.php (site officiel du domaine du Pradel).

D’Hégésippe Simon à Clemenceau en passant par

En explorant la presse d’il y a cent ans, on vagabondera d’Hégésippe Simon à Clemenceau en passant par Bernard l’enchanteur… 

Le 27 Juillet 1919 il y a cent ans, dans Le Petit Jounal Supplément Illustré, sous une illustration représentant un écrivain du XVIIIe siècle absorbé dans sa lecture, on pouvait lire cette invitation à cultiver l’imagination. Une incitation à écrire pour le public émerveillé des enfants :« Aussi un beau jour, brusquement, dans une résolution courageuse, avait-il relu tout d’une traite les œuvres de M. Perrault, mort depuis soixante ans, et dont personne n’avait repris la tradition. Ah ! la jolie manière que celle-là ! La jolie philosophie ! Ne pouvait-il suivre cette voie charmante écrire pour les tous petits des œuvres qui, comme celles du vieux maître resteraient. »Ces lignes terminaient l’épisode d’un feuilleton intitulé « Bernard l’enchanteur » et signé Henry de Forge.

Qui était-il ? Albert, Marie, Paul, Henry Sazerac de Forge est né le 27 novembre 1874 à Nevers dans la Nièvres et il est mort le 7 Mars 1943 à Paris.

Auteur de romans, feuilletons, de livrets d’opéra, d’opérettes, pièces de théâtre, journaliste, Henry de Forge s’est fait un nom pour avoir participé à quelques joyeuses farces artistiques et littéraires (anecdotes relatées par le quotidien Paris-Soir du 20 Février 1925).

Henry de Forge Paris-Soir 20 Février 1925 (Document Gallica BnF)

L’affaire Boronali : « Un tableau fut présenté dans une exposition d’art très moderne. Le jury l’accepta. Quelques jours plus tard, paru un article illustré de photographies documentaires attestant que le tableau avait été peint par un âne à la queue duquel on avait attaché un pinceau trempé dans diverses couleurs. Cette satire provoqua un immense éclat de rire. C’est Henry de Forge qui l’avait inventée et réalisée en collaboration avec Roland Dorgelès. »

L’affaire Hégésippe Simon :« Des parlementaires furent sollicités au sujet de la commémoration de cet orateur probe, de cet homme politique intègre en qui s’alliaient toutes les vertus républicaines. Députés, sénateurs assurèrent le comité, que, pour eux, cette grande figure était inoubliable. Quelques jours après, on apprenait qu’Hégésipe Simon n’avait jamais existé […] Henry de Forge et Birot avaient été les inventeurs de cette mystification. »

Le Birot dont il est ici question est Paul Birault (1874-1918), journaliste au journal L’Éclair et Imprimeur d’art, éditeur, sous le nom de Birot. Cet article de Paris-Soir est la seule source que j’ai trouvée qui fasse référence à Henry de Forge comme ayant pu jouer un rôle dans l’affaire Hégésippe Simon, qui est en général attribué au seul Birault. Sans doute parce-que Henry de Forge demeure un auteur un peu oublié… Il y a sans doute ici une question à creuser.

Henry de Forge dirigeait un journal satirique (Fantasio). Il écrivait beaucoup pour la presse (des contes et des feuilletons).

Deux de ses livres ont été primés par l’Académie Française : « La Créance » a reçu le prix Montyon (1918) et « Soi-même » a reçu le prix de Jouy (1929).

Durant la guerre il était Caporal dans le 38e régiment d’infanterie territoriale qui était intervenu en Lorraine (région de Baccarat et Lunéville).

En 1916, il publie ses impressions du front sous le titre Ah ! La belle France. En Avril 1917, Laurent Tallhade avait publié dans le quotidien « L’Oeuvre » un article sur ce recueil. Le style du critique laisse augurer du style de l’ouvrage… C’est aussi un bel exemple de ce que la presse pouvait publier au sujet du front, des poilus et des tranchées… Le critique évoque Mérimée, Zola, Mirbeau, Flaubert et Victor Hugo pour aborder le style du Caporal Henry de Forge « Il peint beau le soldat. Ainsi, Rude, Géricault ou David, idéalisant les grognards de l’empire, bien loin de montrer « leurs habits bleus par la victoire usés », leurs barbes squalides, leurs visages hâlés par la fatigue, creusés par la neige ou recuits par le soleil, empruntaient à la sculpture grecque les formes d’Achille, d’Hector ou de Diomède, les montraient pareils aux combattants des bas-reliefs, dans l’auguste et blanche nudité des Achéens homériques, soldats aux belles cnémides, luttant sous les murs d’Ilios, pour la conquête d’Hélène et la gloire de l’Occident. »

Laurent Tallhade ne veut pas méconnaître la laideur cruelle de la guerre de 14-18 : « Jamais le soldat ne fut moins beau —à prendre la signification plastique du terme— que dans la guerre d’aujourd’hui. Ni costumes étincelants, ni gestes magnanimes, ni parades militaires. L’héroïsme ne s’extériorise point […] Avec toute son horreur, laide et prosaïque, la Mort abat, dans leurs caverne de boue, au milieu des rats et de la vermine, un troupeau d’hommes blafards, exténués, imbus par l’averse impitoyable, d’une fangeuse humidité. Leurs abris empestent. Leurs défroques, d’où furent écartés avec soin, jusqu’aux moindres vestiges d’ornement et de couleur, se confondent avec la glaise du terroir, la brume des lointains, grisaille des vieux murs. Aucune beauté n’enguirlande leur sacrifice… »

« M. Henry de Forge n’a pas voulu s’attarder à des constatations visuelles […] Martyrs, en vérité, ces jeunes hommes […] incarnent en eux « la belle France » dont les paysages amicaux, la terre maternelle où dorment les aïeux, la terre qu’au prix de leur sang versé, ils rachètent lentement du déshonneur de la servitude ! Paysans, bourgeois, travailleurs de l’usine, de l’atelier ou de la mine, tous attendent patiemment l’heure des suprêmes revanches, portent sans faiblir un poids, alourdi chaque jour, d’épouvante et de douleur. En un langage sobre, vivant, alerte, d’une concision toute militaire —sermo galeatus— M. Henry de Forge peint en beau ces « poilus » de la grande guerre, enfants, hommes faits, en armes pour défendre leur pays, la liberté et l’univers […] La plupart d’entre eux gardent une gaieté puérile, une bonne humeur que rien n’abat. Grandeur, douceur, gaieté, douleur aussi, l’écrivain rencontre sur sa route les innombrables aspects de ces âmes charmantes […] Ses contes brefs ont gardé assez de vigueur soldatesque pour sauver, alors même qu’il enjolive leurs attitudes et leurs propos, les hommes qu’il dépeint, de la monotonie et de la fadeur. Petit-Louis, le conscrit berrichon, esprit valeureux dans un corps en ruine ; Claude, l’enfant de la zone qui, pour veiller sur son grand-père habite et « fait des commissions devant l’ennemi » ; Mlle Virginie, la pauvresse octogénaire qui de ses mains nouées par le travail passemente des bouquets artificiels pour la tombe des soldats ; cet autre vieillard, Monchably, cabotin hors d’âge, qui se fait tuer pour expier le tort de n’avoir pas servi quarante-cinq ans plus tôt, sont taillés en pleine humanité. » […] Ajoutez quelque chose encore, dont le talent même s’ennoblit : une émotion généreuse, l’accent inimitable que donne à un récit de guerre la présence du narrateur sur les champs de bataille, sa participation aux gestes mémorables dont, avec des paroles éloquentes et dans une prose de choix, il a fixé pour nous le souvenir. »

Le conte Bernard l’enchanteur n’a que peu de rapport avec les « écrits de guerre » sur lesquels nous venons de nous étendre. Le personnage principal, l’époque où est placée l’intrigue (XVIIIe siècle) manifestent une volonté de s’évader des horreurs de la guerre dont Henry de Forge a été témoin. Il ne semble pas avoir été publié que sous autre forme que celle de feuilleton dans plusieurs journaux.  Bernard l’enchanteur est néanmoins mentionné dans la bibliographie de Henry de Forge publiée en 1922 dans L’Annuaire international des lettres et des arts de langue ou culture française publiée par Jean Azaïs...

Malgré le nombre non négligeable de titres cités dans sa bibliographie, on ne trouve dans les collections numériques de Gallica BnF qu’un seul livre signé Henry de Forge. Il s’agit d’un court roman intitulé Le Pépin du Roi et coécrit avec Charles Esquier.

Le Pépin du roi (Document Gallica BnF)

Comme Bernard l’enchanteur (qui se situe à la fin du XVIIIe siècle sous Louis XVI) Le Pépin du Roi est un roman historique (il y est question  du « pépin » du Roi Louis-Philippe)…

En évoquant les dernières pages du Petit-Journal Supplément illustré du 27 Juillet 1919 j’allais oublier de vous signaler que ce numéro est d’abord célèbre pour avoir publié en couverture la carte de la nouvelle Allemagne  (celle résultant du Traité de Versailles encore en discussion à l’Assemblée Nationale) et qu’on trouve également dans ce numéro un article signé Maxime Audouin qui a contribué à entretenir à la popularité de George Clemenceau, Président du Conseil et Ministre de la Guerre : « Le Tigre en pantoufles ».

En cette fin du mois de juillet, Clemenceau n’était certainement pas le seul à enfiler ses pantoufles. Le Caporal Henry de Forge les avait lui aussi chaussées avec succès en publiant son Bernard l’enchanteur pour renouer avec les plaisirs de ses lectures de jeunesse. On peut supposer qu’il renouait ainsi avec sa propre enfance, celle durant laquelle il avait peut-être partagé la découverte de quelques contes merveilleux avec son grand frère (ou cousin?)  Léonide de Sazerac de Forge (pionnier de l’aviation mort en 1914)...

[Anniversaire] Le Rappel et Le Siècle il y a cent ans

Que pouvait-on découvrir dans la presse quotidienne il y a cent ans le 21 Juillet 1919? Prenons au hasard deux journaux: « Le Siècle » et « Le Rappel » (je n’ai sans doute pas pris ce titre au hasard. Il me rappelle fort opportunément que c’est aujourd’hui mon anniversaire…). Dans « Le Siècle » d’il y a cent ans (page 3) on pouvait découvrir cette publicité pour « À la jeune France tous les vêtements de sports & de ville les mieux assortis » 13, Avenue des Ternes (Paris). Des messieurs fumant, discutant, portant chapeau, casquette vêtements de ville, de campagne ou de sports… Mais peu importe ce qu’ils portaient. Ils discutaient. Ils parlaient certainement de l’actualité: des défilés militaires (14 Juillet à Paris, 19 Juillet à Londres), de la grève  prévue le 21 Juillet qui n’aurait pas lieu, de Georges Clemenceau… Ils commentaient sans doute de la « une du siècle » (sans se douter que cinquante ans plus tard les « unes » titreraient « On a marché sur la Lune »). En attendant, il fallait rester dans « Le Siècle » entre deux batailles, entre deux danseurs…

Entre deux batailles: On a pu lire dans le précédent article de blog que Victor Boret (Ministre du ravitaillement et de l’agriculture) avait démissionné, abandonné de ses collègues. On découvre aujourd’hui qu’il est remplacé par Joseph Noulens, député du Gard (entre deux « batailles » parlementaires. Sous la IIIe République les parlementaires aimaient renverser les gouvernements).

Entre deux danseurs: Il s’agit de l’Anglais et de l’Allemand entre lesquels le Français de 1919 doit choisir explique Maurice de Waleffe.

Dans Le Rappel (journal fondé en 1869 par Auguste Vacquerie, un proche de de Victor Hugo), le ton est plus incisif, plus opposé encore au Gouvernement Clemenceau: « On ne gouverne pas par la force »

L’éditorial signé Edmond Du Mesnil (le directeur) et titré « L’intérêt français » attaque Clemenceau avec véhémence. Qu’on en juge:

Georges Clemenceau allait toutefois résister à l’opinion publique et aux attaques des journalistes jusqu’au 18 Janvier 1920… Il n’était d’ailleurs certainement pas le « démolisseur » peint par Edmond Du Mesnil. Georges Clemenceau n’est pas seulement le vainqueur de la guerre de 14-18. Il restera dans les mémoires comme l’auteur de L’Iniquité, un gros livre de cinq-cent pages consacré à l’Affaire Dreyfus et disponible dans les collections numériques de Gallica BnF.  Clemenceau fut aussi un humaniste, un adversaire du colonialisme dans une controverse célèbre qui l’opposa à Jules Ferry. Un débat retracé dans La Politique coloniale Clemenceau contre Ferry, Editions Magellan&Cie, 2012.

Le 17 Juillet 1919 dans L’Excelsior

Il y a cent ans, en juillet 1919, nos ancêtres vivaient leur premier été après la cruelle guerre de 1914-1918. Après quatre années rudes,  juillet recommençait à sourire. En page 5 du journal L’Excelsior, on pouvait découvrir les dernières tendances de la mode sous la rubrique, « La Semaine Élégante » on assiste (article colonne de droite) au retour du « taffetas » et des « dentelles« : «Jusqu’à ces derniers temps, le jersey de soie et le satin faisant presque exclusivement les frais des toilettes les plus élégantes, et les effilés étaient légions; j’avoue même que l’on commençait à s’en fatiguer. Il est vrai que le temps n’était pas toujours clément, et que bien des claires toilettes ne purent sortir ni pour les Drags ni pour les Grand Prix. Depuis toutes ces jolies choses nous ont été révélées à l’occasion des grandes réunions mondaines. Il y a encore beaucoup de noir et de noir et blanc, qui font des toilettes d’une grande distinction et d’un goût parfait; mais le plus grand des succès va au taffetas blanc…» Le retour des robes claires est également signalé (colonne de gauche: «À la campagne, dans les villes d’eau ou au bord de la mer, sweater et golf sont l’indispensable complément de la toilette simple. Sur la jupe blanche de toile ou de serge qu’on porte pour le tennis, pour la promenade matinale ou pour aller prendre son verre d’eau, le chandail de soie ou de laine met une note d’une agréable fantaisie. Le chandail n’est plus la veste de laine grattée que nous avons portée si longtemps. Non seulement les maisons spéciales, mais aussi les couturiers et les modistes vous proposent des golfs, des jumper, des casaques d’une agréable fantaisie…» Sur une gravure au centre: plusieurs robes sont mises en valeur par cinq jeunes femmes (dont on notera, notamment pour celles qui ne portent pas de chapeaux qu’elles ont les cheveux courts). De gauche à droite: 1° « une robe de gros shantung citron garnie d’effilés bleu marine » Jenny, 2° Robe de crêpe Georgette gris simplement drapé en paniers. Redfern 3° Robe d’organdi brodée de coton cerise, ceinture de ruban Premet, 4° Robe de crépon briséa brodée de noir et rouge Doeuillet, 5° Robe de voile de coton brodée jaune et frangée Cheruit. Évoluant sur un carrelage à grands carreaux noir et blanc, ces cinq élégantes semblent être cinq reines d’un jeu d’échec (dont le roi est peut-être le spectateur fasciné par l’image?). La guerre de 14-18, grande victoire des femmes fut un bel échec des hommes… La une de L’Excelsior du 17 Juillet 1919 semble d’ailleurs mettre en exergue cet amour des femmes en citant un apophtegme de Plaute: « Il y a quelque chose de plus fort que l’intérêt: c’est le dévouement« . Cette une annonce également une interview du Général Gouraud (qui avait perdu le bras droit (après avoir été blessé par un obus à la bataille des Dardanelles) et qui venait de participer au « Défilé de la victoire » en passant sous l’Arc de Triomphe le 14 Juillet 1919. 

Le Général Henri Gouraud (1867-1946) avait été, à partir de 1894 officier dans l’armée coloniale en Afrique, au Soudan où l’un de ses faits d’arme les plus connus a été l’arrestation (difficile) du chef mandingue Samory Touré. Le Général Gouraud a publié ses souvenirs en trois tomes intitulés « Souvenirs d’un Africain ». Ils sont disponibles dans les collections de Gallica BnF:

Souvenirs d’un Africain (tome 1) Au Soudan, 1939 (cliquez ici pour le lire sur Gallica), Souvenirs d’un Africain (tome2) Zinder Tchad, 1944 (cliquez ici pour le lire sur Gallica), Souvenirs d’un Africain (tome 3) Mauritanie Adrar 1945 (cliquez ici pour le lire sur Gallica).

Les collections numériques de Gallica BnF disposent également de plusieurs photographies de presse le représentant, deux exemples:

En 1915 en train de fumer une cigarette (cliquez ici)

En 1923 aux obsèques de Maurice Barrès (cliquez ici)

 

12 Juillet 1817 naissance de…

Portrait de Henry David Thoreau extrait de La Revue blanche de Juillet 1896 (un document Gallica BnF).

Le 12 Juillet 1817 naissait Henry David Thoreau à Concord, dans le Massachusetts aux Etats-Unis. Poète, écrivain, philosophe, disciple d’Emerson, on peut le considérer comme l’un des pionniers de la lutte pour l’abolition de l’esclavage et contre la ségrégation raciale en Amérique, on peut aussi le considérer comme l’un des premiers écologistes. Son père était d’origine française et il exerçait une profession qui le destinait à donner le jour à un poète: il était fabricant de crayons. Sa mère, Cinthya Dunbar était d’origine écossaise et fille de pasteur. Henry D. Thoreau fit ses études à l’Université de Harvard et il vécut ensuite quasiment toute sa vie à Concord dans le Massachusetts (à l’exception des moments où il voyageait). C’est dans cette commune du Massachusetts qu’il est mort le 6 mai 1862. Il avait exercé diverses professions dont celle de géomètre arpenteur mais il abandonna fréquemment ses occupations professionnelles pour voyager et étudier la nature. D’un voyage effectué en 1839, il a écrit un livre publié dix ans plus tard intitulé « A week on the Concord and Merrimak rivers » (disponible en anglais sur le site de la Boston public Library). Son livre le plus connu est intitulé « Walden ou la vie dans les bois » (disponible de la traduction française de L. Fabulet sur le site Gallica BnF).

Extrait de préface de L. Fabulet au Walden de Henry David Thoreau (collection Gallica BnF

Walden de Henry David Thoreau (document des collections Gallica BnF).

Dans les collections de Gallica BnF on trouve, outre son roman Walden, de nombreux documents concernant Henry David Thoreau. La Revue blanche de Juillet 1896 publie sous le titre « Désobéir aux lois » un extrait de Anti Slavery and reform papiers » (à consulter ici sur la plateforme Gallica BnF). Sur cette même plateforme on retrouve un texte Thoreau sur l’Amour publié dans la revue La Phalange du 20 Mars 1913 (à consulter ici).

Le dictionnaire universel d’histoire et de géographie de Bouillet (3e édition 1908) consacre un article à Thoreau (à consulter ici toujours chez Gallica BnF), enfin le journal L‘Excelsior du 21 Juillet 1917 consacre un entrefilet sous le titre Pont des arts au centenaire de la naissance de Henry D. Thoreau aux Etats-Unis. À consulter ici chez Gallica BnF.

Entrefilet consacré par L’Excelsior au centenaire de la naissance de Henry D. Thoreau en pleine première guerre mondiale.

La pensée de Henry David Thoreau a sans doute encore beaucoup à nous apporter aujourd’hui. L’anniversaire de sa naissance est une bonne occasion de le rappeler.