[Quadricentenaire] 28 Décembre 1619 Naissance d’Antoine Furetière

Antoine Furetière est né, il y a exactement quatre-cents ans le 28 Décembre 1619 de la veuve d’un apothicaire, remariée avec le clerc d’un conseiller.

Tallemant-des-Réaux relate une anecdote qui serait à la source de la vocation future d’Antoine Furetière… Ce dernier alors qu’il était un jeune enfant, demandait de l’argent à son père pour s’acheter un livre… Au lieu céder à son désir, son père lui aurait demandé s’il avait déjà appris et s’il connaissait par cœur le dernier livre qu’il lui avait offert. Or ce livre était un dictionnaire… On peut en déduire que ce « clerc de conseiller » n’était donc pas un grand lettré, mais on peut aussi y voir une des raisons du destin de lexicographe auquel s’est voué (jusqu’à risquer la disgrâce) Antoine Furetière…

Il fit preuve très tôt d’une vive curiosité intellectuelle en étudiant le droit et les langues orientales puis il acheta une charge de procureur fiscal qu’il revendit pour devenir ecclésiastique. On connaît mal sa biographie car, souligne Francis Wey in Antoine Furetière, sa vie, ses œuvres, ses démêlés avec l’Académie Française in « Revue contemporaine » de Juin 1852 (disponible sur Gallica BnF): « La vie de ce malheureux écrivain n’a été publiée que par ses adversaires, et lorsqu’il était hors d’état de se défendre ; de sorte qu’il est difficile de réédifier cette biographie à l’aide de documents contradictoires. Bayle est à peu près muet lui-même sur ce qui concerne ce sujet obscur. Quoiqu’il en soit, Furetière fut pourvu de l’abbaye de Chalivoy, au diocèse de Bourges. Dès lors il se consacra presque exclusivement aux lettres»

Tallemant-des-Réaux le dépeint comme un être modeste : « Il ne louait jamais les autres ; mais aussi ne paraissait pas entêté de ses ouvrages. Ses manières n’étaient ni douces, ni arrogantes. » et Francis Wey qui cite ce portrait en conclut : « Ce n’est point là le portrait d’un homme d’intrigues ni un courtisan ; mais plutôt un philosophe bourru, se résignant à se suffire. »

Comme de nombreux lettrés de son époque, il a commencé à écrire à partir du latin. On peut trouver sous sa plume une Aeneide travestie, d’après Virgile publiée en 1649 (disponible ici sur Gallica BnF).

Furetière a d’abord été poète (son premier recueil de poésie a été publié en 1655). Francis Wey décrit dans les termes suivant son activité de poète « Ainsi que la plupart des auteurs de son temps, Furetière eut la prétention de joûter à toutes les armes ; en d’autres termes, de se signaler dans tous les genres de poésie […] Satire, épigrammes, stances, madrigaux, épitaphes, chansons, énigmes, épitres, sonnets, élégies, Furetière a subi toutes les épreuves, et il a honnêtement réussi dans divers exercices. »

On sait par ses vers qu’il avait été amoureux d’une femme qui avait épousé quelqu’un d’autre :

« Si vous m’aimez encor ce m’est assez de gloire,

« De pouvoir quelquefois vivre en votre mémoire :

« Si dans quelque moment de votre heureux loisir

« Vous prononcez mon nom en jetant un soupir ;

« Et je suis heureux, si dans votre retraite

« Quelque reste d’amour me plaint et me regrette. »

Ses poésies ont eu un certain succès puisqu’elles ont fait l’objet de quatre éditions, mais elles ont été ensuite bien oubliées. On peut trouver une édition de ces Poésies diverses du Sieur Furetière imprimées en 1659 (disponible sur Gallica BnF).

Il a ensuite publié « La Nouvelle allégorique » (disponible sur Gallica BnF),

Furetière décrit dans cet ouvrage une amusante bataille de rhétorique autour de la «Forteresse Académie»: « La Sérenissime Princesse R H E T O RIQ V E regnoit pacifiquemnt depuis plusieurs siecles ,& son gouvernement étoit sï doux qu’on luy obeissoit sans contrainte… »

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Académie « Conseil Souverain de la Sérénissime Princesse Rhétorique » (extrait de la Nouvelle Allégorique par Antoine Furetière (document Gallica BnF).

Un poème satirique : «Le Voyage de Mercure »

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(disponible sur Gallica BnF) .

Antoine Furetière a également publié un recueil de « Fables morales » (disponible sur Gallica BnF) dans lequel, précise Francis Wey, il se livre à un éloge de Jean de La Fontaine : « Certes, il n’y a personne qui ait fait, aux Fables des anciens, tant d’honneur que monsieur de La Fontaine, par la nouvelle et excellente traduction qu’il en a faite : dont le style naïf et marotique est tout à fait inimitable, et joute de grandes beautés aux originaux. La France lui doit encore cette obligation, d’avoir non-seulement choisi les meilleures fables d’OEsope et de Phèdre, mais encore d’avoir recueilli celles qui étaient éparses.» (Les épisodes ultérieurs de la vie de Furetière et notamment sa querelle avec l’Académie à la suite de son projet de dictionnaire feront qu’il finira par se fâcher avec Jean de La Fontaine).

Dans ses fables Furetière prend notamment la défense des pauvres infortunés contre les riches et les puissants :

Les Mouches et le Cheval. 

Cent mouches s’étoient attachées 

Sur un bidet infortuné, 

Qui maigre, sec et décharné 

N’avait point de côtes cachées. 

Il s’en plaignait fort dolemment, 

Et leur disoit : — Mesdemoiselles, 

Pourquoi m’ètes-vous si cruelles, 

De me sucer incessamment? 

Loin de vivre aux dépens d’une méchante rosse, 

Vous auriez mieux dîné si vous aviez mordu 

Ces chevaux potelés qui parent un carrosse, 

Et qui souvent meurent de gras-fondu. 

— Ah! répond une fine mouche, 

Ces harnois de toutes façons, 

Ces grands crins, ces caparaçons, 

Ne permettent pas qu’on les touche. 

Pour vivre donc en sûreté,

Il faut, lorsque la faim nous presse, 

Nous ruer sur la pauvreté, 

Et lui sucer le peu qu’elle a de graisse. 

Ainsi par les sergens est le peuple mangé, 

Tandis qu’en sa maison ils trouvent de quoi prendre: 

Mais le riche en est déchargé 

Parce qu’il sait bien s’en défendre. »

Il a enfin publié en 1666 un « Roman bourgeois » (disponible sur Gallica BnF) dont Francis Wey écrit :

« Pour résumer, le Roman bourgeois n’est, à proprement parler, ni une histoire suivie, ni un récit d’étranges aventures, ni la peinture d’une passion. […] Mais ce livre est un fort curieux monument des usages, des coutumes, des habitudes, du langage et du genre de vie des bourgeois de Paris au milieu du XVIIe siècle. Pour l’écrivain, pour l’auteur comique et le philologue, c’est un document des plus rares et des plus complets. »

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En 1662 Antoine Furetière est élu à l’Académie Française et il se passionne pour le travail de lexicographe à un tel point qu’il décide de publier son propre dictionnaire. Il publie en 1684 un premier fragment du dictionnaire qui allait causer le début d’un long conflit (porté devant les tribunaux) entre l’Académie Française et lui. Le titre de ce dictionnaire est à lui seul le programme d’un formidable labeur à venir :

« ESSAIS D’UN DICTIONNAIRE UNIVERSEL, CONTENANT GÉNÉRALEMENT TOUS LES MOTS FRANÇOIS, TANT VIEUX QUE MODERNES, et les termes de toutes les sciences et des arts, SÇAVOIR :

« La philosophie, logique et physique;

» La médecine ou anatomie, pathologie, thérapeutique, chirurgie,
» pharmacopée, chimie, botanique, ou l’histoire naturelle des plan-
» tes, et celle des animaux, minéraux, métaux et pierreries, et les
» noms des drogues artificielles;

» La jurisprudence civile et canonique, féodale et municipale, et
» surtout celle des ordonnances;

» Les mathématiques, la géométrie, l’arithmétique et l’algèbre;

» La trigonométrie, géodésie, ou l’arpentage, et les sections coniques;

» L’astronomie, l’astrologie, la gnomonique, la géographie;

» La musique, tant en théorie qu’en pratique, les instruments à vent et à cordes;

» L’optique, catoptrique, dioptrique et perspective ;
» L’architecture civile et militaire, la pyrotechnie, tactique et statique ;

» Les arts, la rhétorique, la poésie, la grammaire, la peinture, la sculpture, etc.

» La marine, le manège, l’art de faire des armes, le blason, la vénerie, fauconnerie, pesche, l’agriculture ou maison rustique, et la plupart des arts méchaniques ;

» Plusieurs termes de relations d’Orient :et d’Occident, la qualité
» des poids, mesures et monnoyes;

» Les étimologies des mots, l’invention des choses, et l’origine de
» plusieurs proverbes, et leurs relations avec ceux des autres langues;

» Et enfin, les noms des auteurs qui ont traité des matières qui re-
» gardent les mots, expliqués avec quelques histoires, curiosités naturelles, et sentences morales qui seront rapportées pour donner des
» exemples de phrases et de constructions.

» Le tout extrait des plus excellents auteurs anciens et modernes.

» RECUEILLI ET COMPILÉ

» Par Messire ANTOINE FURETIÈRE, abbé de Chalivoy, de l’Académie françoise. »

L’Académie Française mise en face de ce projet décide (par la voix de ses treize plus virulents défenseurs) d’interdire à Furetière de publier son dictionnaire en prétextant que cette compagnie était la seule à avoir le privilège de publier un tel dictionnaire.

« A quoi l’abbé [Furetière] répond qu’il lui a été impossible de faire prévaloir ses doctrines, et d’amener ses confrères à adopter le plan conçu par lui. Ces messieurs, restreignant la liste des mots aux termes usités dans les poemes, les tragédies et la haute éloquence, avaient systématiquement écarté les mots trop vieux et les mots trop jeunes, les termes relatifs aux arts, aux sciences, aux divers métiers ; en outre, ils n’admettaient ni citations d’auteurs, ni étymologies. Vainement, avait-il essayé de glisser quelques mots essentiels ou de présenter certaines acceptions peu connues des vocables admis : sa voix avait été couverte par de bruyantes imprécations, il avait eu une foule de querelles et avait été accablé d’injures pour les moindres corrections proposées. » (Francis Wey).

La confection de ce dictionnaire dut occasionner à Antoine Furetière un travail considérable et inlassable. Un signe qui ne trompe pas invite à le penser. À l’occasion de la définition du mot «Monstrueux» il évoque précisément ce travail de fabrication d’un dictionnaire:

«MONSTRUEUX, se dit figurément en Morale. C’est un travail monstrueux de vouloir entreprendre d’achever un Dictionnaire. Cet homme a une vivacité d’esprit, une memoire monstrueuse, prodigieuse.»

La tentative d’Antoine Furetière eut toutefois un certain succès car elle avait permis de passer outre à la lenteur que l’Académie mettait à constituer son dictionnaire. Antoine Furetière en agissant ainsi répondait aux critiques que les contemporains adressaient au dictionnaire de l’Académie à l’instar de Gilles Ménage qui écrivait :

« Or, nos chers maîtres du langage,

» Vous savez qu’on ne fixe point 

» Les langues en un même point 

……………………………………….

» Nous joignons à cette raison

» Que toujours vostre critique 

» Décriant quelque mot antique 

» Et des meilleurs et des plus beaux, 

» Sans qu’elle en fasse de nouveaux, 

» On seroit, ô malheur insigne! 

» Réduit à se parler par signes »

Antoine Furetière raconte qu’ « après avoir, pendant trois vacations, fait la définition du mot oreille, on en employa deux autres à la corriger, et l’on trouva à la fin que l’oreille est l’organe de l’ouïe. Cette définition coûte deux cents francs au roi. Richelet et Monet l’avaient fournie à meilleur marché dans les mêmes termes. Quelque temps auparavant, on avait discuté cinq semaines pour savoir si la lettre A était une voyelle ou un substantif; si bien que l’une des lumières de l’Académie, Patru, scandalisé d’une telle perte de temps, s’absenta dès lors des séances. »

Face aux lentes délibérations de l’Académie Française, Furetière s’est donc efforcé de faire sentir cette vérité, qu’un seul homme érudit est plus apte à faire un dictionnaire qu’une compagnie se rangeant à l’avis d’une majorité de gens dénués d’érudition » (Francis Wey).

Le 22 Janvier 1685, les treize académiciens les plus hostiles à Antoine Furetière prononcèrent son exclusion de l’académie. À la suite de cette exclusion, les esprits se divisèrent en satires virulentes, et nombreux furent les partisans de Furetière. En témoigne par exemple cette satire s’adressant à Racine :

« L’Académie ayant frustré Ménage
» De l’espoir d’ètre de son corps
» Parce que son savoir lui donnait de l’ombrage,
» A fait ensuite ses efforts
» Pour en chasser l’auteur d’un beau Dictionnaire :
» Racine, prenez garde à vous !
» Vous haranguez si bien, au jugement de tous,
» Qu’on ne vous y verra plus guère…
»

Antoine Furetière se défendit par la diffusion de trois « factum » d’une argumentation virulente et féroce contre l’académie. Il alla sans doute trop loin dans son attaque et commis une faute. On les trouve édité en deux tomes dans les collections Gallica BnF)

Antoine Furetière Factum Tome I (document Gallica BnF)

Antoine Furetière Factum Tome 2 (document Gallica BnF) 

« Cette faute emporta sa peine : bien que l’abbé eût raison, bien qu’on l’eût calomnié, Louis XIV, doué d’un excellent esprit, le laissa mourir (1688) sans lui rendre justice, car Furetière avait amené les choses à un tel point, qu’il avait placé ce prince dans le dilemme fâcheux de sacrifier complètement, ou l’Académie dont il était le protecteur, ou Furetière. Le roi se contenta de ne point permettre que le banni fut remplacé de son vivant; mais il ne condescendit point, en rendant à Furetière son privilège, à autoriser de son nom les diatribes de cet écrivain. C’est ainsi qu’il fut puni à son tour. » (Francis Wey).

La postérité donna toutefois raison à Antoine Furetière et son Dictionnaire fut un succès de librairie lors de son édition de 1690.

Antoine Furetière Dictionnaire Universel  (édition 1690)Tome 1 (document Gallica BnF) 

Antoine Furetière Dictionnaire Universel (édition 1690) Tome 2 (document Gallica BnF) 

 

Antoine Furetière eut également un autre succès posthume important avec un ouvrage publié anonymement mais qu’on lui attribue généralement. Il s’agit des «Essais de lettres familières sur toutes sortes de sujets, avec un discours sur l’art épistolaire et quelques remarques nouvelles sur la langue françoise, oeuvre posthume de Monsieur l’abé***, de l’Académie françoise» (disponible sur Gallica BnF).

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Document Gallica BnF

Cet article a été rédigé en grande partie grâce à l’article de Francis Wey, Antoine Furetière, sa vie, ses œuvres, ses démêlés avec l’Académie Française in « Revue contemporaine » de Juin 1852 (disponible sur Gallica BnF).

Liens à consulter pour en savoir plus:

Notice sur Antoine Furetière sur Data.BnF.fr (cliquez ici)

Vous trouverez sur le site internet de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) une bibliographie très complète consacrée à Antoine Furetière (cliquez ici).

Notice présentant Antoine Furetière sur le site de l’Académie Française (cliquez ici).

Site internet « Furetière.eu » consacré entièrement au Dictionnaire Universel de Furetière (édition de 1690), très pratique pour son moteur de recherche (cliquez ici).

Développement consacrés à Furetière dans  Histoire de la littérature française illustrée. Tome 1 / publiée sous la direction de MM. Joseph Bédier,… et Paul Hazard, (document Gallica BnF cliquez ici).

Si vous avez pris plaisir à la lecture de ces lignes, peut-être serez-vous également intéressés par mes livres (cliquez ici) ou par les ateliers d’écriture que j’anime (cliquez là).

2 Octobre 1619 Naissance de Tallemant-des-Réaux

 

Illustration; © Sylvain Sauvage (1924) extraite  de »Les Belles Dames de Paris »

Gédéon Tallemant des Réaux (1619-1692) est un nom que l’on voit souvent apparaître lorsqu’on s’intéresse au XVIIe siècle. Il devient familier sans que l’on ne sache exactement expliquer pourquoi, ni qui se cache derrière ce nom vaguement évocateur d’une certaine atmosphère, d’un milieu, d’un climat… Évocateur de quoi au juste ? Nous allons tenter d’évoquer cette question en vagabondant dans les riches et passionnantes collections numériques de Gallica BnF mais aussi dans celles de Numelyo, de la Bibliothèque Municipale de Lyon…

Ainsi, par exemple, on constate que le nom de Tallemant des Réaux  et sa prose, sont abondamment cités dans presque toutes les notes en bas de pages des œuvres complètes de Vincent Voiture (1597-1648)… Notamment dans cette belle édition publiée en 1853, en deux volumes chez Charpentier Libraire Éditeur

Tome 1 des Oeuvres de Vincent Voiture, disponible ici chez Gallica BnF

Tome 2 des Oeuvres de Vincent Voiture disponible ici chez Gallica BnF 

Pourquoi cette présence de Gédéon Tallemant des Réaux sous les œuvres de Vincent Voiture ? Serait-ce parce-qu’il aurait écrit un livre consacré à ce singulier personnage ? Non. À sa mort (le 10 novembre 1692) Gédéon n’était l’auteur d’aucun livre publié…

Il est né le 2 Octobre 1619 à La Rochelle.

Hôtel de Ville de La Rochelle (1606) par Rochebrune (document Gallica BnF)

En ce mois d’Octobre 2019 nous fêtons donc son quatre-centième anniversaire, une occasion rêvée pour évoquer sa vie et son œuvre. Car même s’il n’avait rien publié de son vivant, ses contemporains le connaissaient et appréciaient ses poésies pour la plupart aujourd’hui perdues. Certaines ont toutefois survécues (par exemple « Le Lys » dans le recueil « La Guirlande de Julie » disponible sur Gallica BnF ici).

Gédéon Tallemant des Réaux n’avait jamais eu besoin de travailler pour gagner sa vie. Né dans un milieu privilégié, Gédéon est le fils d’un banquier protestant de la Rochelle: Pierre Tallemant. Celui-ci s’était installé à Paris en 1634, dans un Hôtel particulier de la rue des Petits Champs, avec toute sa famille. Gédéon eut donc une jeunesse dorée de fils de bonne famille, ambitieux et artiste.. Avant même d’être officiellement anobli, il avait adjoint à son patronyme le nom de Des Réaux (qui était celui d’une terre située en Bourbonnais, non loin de Montluçon), une propriété que Gédéon a vendu en 1653 après avoir acheté un Château près de Chinon auquel il avait donné le nom de Château des Réaux..

Sa famille avait fait fortune dans la banque et le commerce mais Gédéon Tallemant Des Réaux se passionnait d’abord pour la littérature. Il se plongeait avec plaisir dans la lecture des romans à la mode : L’Amadis des Gaules, L’Astrée

À l’âge de dix-huit ans, on offre la possibilité à ce grand lecteur de s’évader de ses livres pour faire du tourisme en compagnie d’un de ses cousins et de l’abbé de Retz. Ils visitent Avignon, Aix en Provence, Marseille, Florence, Venise, puis Rome. C’est à Rome qu’il fit connaissance de Vincent Voiture qui allait devenir l’un de ses meilleurs amis… Tallemant des Réaux aurait sans doute aimé écrire un commentaire, un ouvrage à son sujet. Il n’a pas été jusqu’au bout de son envie. Certes il écrivait… Son travail n’a cependant pas été inutile puisque des commentaires signés par Gédéon Tallemant des Réaux enrichissent désormais les éditions des oeuvres de son ami Vincent Voiture…

Après son voyage en Italie, Gédéon Tallemant des Réaux fait des études de droit, puis en janvier 1646, il épouse sa cousine Elisabeth de Rambouillet (qui était alors âgée de treize ans)… Grâce à ce mariage Gédéon acquiert une fortune qui lui permettra de ne plus jamais avoir à travailler pour vivre.

Ce mariage l’introduit également dans le cercle du Salon de l’Hôtel de Rambouillet, il y rencontrera de nombreuses personnalités qui comptent à l’époque intellectuels, écrivains, philosophes… Il y croise notamment Malherbe, Rotrou, Corneille, Conrart… et à nouveau Vincent Voiture, et bien d’autres encore… Cette fréquentation de l’Hôtel de Rambouillet est également l’occasion pour Gédéon Tallemant des Réaux de prendre une foule de notes, dans ses carnets, sur les personnages qu’il rencontrait, sur les conversations auxquelles il a participé… Il a travaillé sur ce manuscrit jusqu’en 1659… Ses notes écrites ont ensuite dormi, ignorées, inconnues, dans diverses bibliothèques…

Retrouvé dans les années 1830, ce manuscrit fut publié en 1834 par quelques érudits: messieurs Monmerqué, de Châteaugiron et Taschereau, sous le titre « Historiettes pour servir à l’histoire du XVIIe siècle publiées sur le manuscrit inédit et autographe ».

Un article (paru le 18 décembre 1833, au sujet de cette édition), dans Le Figaro, nous renseigne sur la façon dont elle a été reçue. C’est d’abord le parfum de scandale de ces « indiscrétions » parfois irrévérencieuses sur les grands de ce monde qui a frappé les premiers lecteurs de ces écrits. « Ces révélations sont piquantes; les Historiettes de Tallemant des Réaux en fourmillent, et son livre n’est qu’un inépuisable recueil d’historiettes. Combien ce livre arrive à propos et de quels noms il se recommande près de cinq cents pages à lire au coin du feu, dans le fauteuil ou au lit. Deux siècles éparpillés comme les images d’un album images de reines et de leurs amours, de chevaliers et de leurs duels, de poètes et de leur misère et tout cela vivant, bien plus vivant que dans l’histoire avec ses réflexions et ses systèmes, plus vivant encore que dans les mémoires purement dits, ces confessions si égoïstes et si pleines de réticences. » intégralité de l’article disponible ici sur Gallica BnF).
Cent ans plus tard, le 22 Décembre 1933 dans L’Européen, Pierre Audiat reprend des termes voisins pour annoncer une nouvelle édition des Historiettes par les Editions Garnier (1933) : « Les anecdotes ont été cueillis sinon à la source, du moins aux alentours immédiats de cette source. Le père de Tallemant était un banquier, et un banquier puissant puisqu’en association avec le financier Rambouillet, il avait le bail des cinq grosses fermes. De plus, il gérait la fortune du Cardinal de Richelieu. Au 17e siècle, les banquiers ressemblaient davantage à des notaires qu’aux directeurs de banque contemporains; ils étaient les confidents, les familiers tout au moins, de leurs clients; c est ainsi que le jeune Tallemant a pu saisir à la volée bien des détails pittoresques qu’aucun historien n’aurait été capable d’attraper. Par sa famille, il pénétrait donc dans le milieu de la riche oourgeoisie parisienne dont quelques types ont été dessinés par lui d’une façon magistrale. Mais par ses goûts, il s’était orienté vers le bel esprit et les belles-lettres. […] Certes, il ne faut pas oublier que les Parisiens ont été de tout temps malicieux et même  — risquons cet anachronisme — « rosses » dans leurs conversations. Pour le plaisir de faire un bon mot, ou de se mettre en valeur, on égratignait le voisin, on colportait des on-dit amusants mais fâcheux sur son compte. Tallemant a tout recueilli et avec d’autant plus d’empressement que le trait était plus piquant. II est donc difficile et même impossible de mesurer la part exacte de réalité que contiennent les anecdotes qu’il se plaît à rassembler, tantôt beaucoup, tantôt un- peu, quelquefois pas du tout. Mais, grâce à lui, nous avons une image fidèle de « ce qui se disait à Paris », vers 1650, et vues sous cet. angle, les Historiettes de Tallemant des Réaux forment un document incomparable, et peut-être unique […] Il prétend s’amuser de tout, plutôt que s’en indigner. II ne manie point le fouet de la satire, comme on disait de son temps; à peine une badine si mince et si légère qu’elle caresse au lieu de cingler. » Et pour conclure son article Pierre Audiat s’amuse et cite le portrait que Tallemant des Réaux dresse de Jean de La Fontaine le célèbre auteur des fables :
«
Un garçon de belles-lettres et qui fait des vers, nommé La Fontaine, est encore un grand rêveur. Son père qui est maître des eaux et forets de Château-Thierry en Champagne, étant à Paris pour un procès, lui dit : « Tiens! Va faire telle chose, cela presse. » La Fontaine sort et n’est pas plus tôt hors du logis qu’il oublie ce que son père lui avait dit. Il rencontre de ses camarades qui lui ayant demandé s’il n’avait point d’affaires : « Non » leur dit-il. et il alla à la Comédie avec eux… » (article intégral à découvrir ici sur le site Gallica BnF)

Une trentaine d’années plus tard, Antoine Adam, en préfaçant, dans les années 1960, Les Historiettes publiées  dans la collection de La Pléiade (en une version comprenant de nombreux passages censurés dans les édition précédentes) corrige l’image de Gédéon Tallemant des Réaux. Il n’est pas l’écrivain à scandale qu’une certaine tradition a fait de lui. Il cherche d’abord à faire œuvre de moraliste utilement, en notant les « travers » des grands dont il parle : « …il veut être utile. Et ce mot suffit à le distinguer des chroniqueurs à scandale. Ce n’est jamais le pittoresque seul qui l’occupe, qu’il soit innocent ou grossier. Il cherche le trait qui révèle les secrets d’un personnage historique. S’il parle de la passion de Richelieu pour la reine Anne et de ses rencontres amoureuses avec Marion, ce n’est pas qu’il trouve drôle de voir un grand homme dans une position ridicule. C’est parce-que Richelieu n’était pas cette figure olympienne que les historiens voulaient faire croire mais un être nerveux et passionné jusqu’au déséquilibre. » Tallemant des Réaux, a fait un véritable travail d’histoirien, en croisant plusieurs sources (orales, manuscrites et publiées, souvenirs et témoignages) explique Antoine Adam. Celui-ci invite à lire « les Historiettes sous un jour nouveau. Renonçons décidément à la vieille image que nous en avons eu jusqu’ici. Ne disons plus que Tallemant les a écrites en recueillant les propos de quelques personnages plus ou moins bien renseignés. La vérité, c’est qu’il a conçu son entreprise en véritable historien, et qu’il a réuni, à la fois, les témoignages verbaux, les textes imprimés et les mémoires manuscrits, sans négliger aucun des moyens d’informations dont il pouvait disposer. »

On peut parcourir les « Historiettes » en suivant plusieurs fils de lecture. La galerie de personnages présentés est riche, foisonnante. L’abondance des événements relatés l’est aussi. La chronologie s’étend du règne de Henri IV (qui s’est terminé neuf ans avant la naissance de Gédéon Tallemant-des-Réaux) jusqu’aux débuts du règne de Louis XIV. Le regard de Gédéon Tallemant-des-Réaux est singulier, libre, incisif, indiscret parfois, irrespectueux par moments. Mais ce qui est précieux dans ces écrits c’est l’impression qu’ils donnent d’être presque des témoignage oraux sur la société aristocratique de cette époque. Une société où règne un état d’esprit de liberté de ton, d’intérêt pour la littérature et la poésie, les relations de séduction où se mêlent urbanité et trivialité. La société qui est peinte est celle d’un milieu privilégié de parisiens, intellectuels, aristocrates, hauts-fonctionnaires, souverains mêmes.


On peut y suivre l’existence de femmes aux charmes troublants, de la Reine Margot à Marion de Lorme en passant par Marie de Médicis et Anne d’Autriche

On peut aussi y découvrir dans les méandres de l’histoire politiques des personnages obscurs et oubliés. En traversant ces textes animés comme une conversation de salon, on les voit vivre, séduire, pleurer ou rire, se battre, danser, dormir, manger, gagner ou perdre…

Tallemant des Réaux consacre plusieurs pages au Maréchal Louis de Marillac dont la fin fut tragique à la suite de la « journée des dupes » (11 novembre 1630). Il en parle en évoquant le Cardinal Richelieu et il lui consacre (sous le titre « Le Maréchal Marillac« ) une de ses Historiettes (cliquez ici) . Le procès intenté au Maréchal Louis de Marillac fait l’objet de développements remplis de suspense et de rebondissements. Avec le talent d’un Alexandre Dumas il n’est pas douteux que l’on pourrait tirer de cette affaire un épisode supplémentaire des aventures de d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Il est à noter que l’on trouve dans Tallemant des Réaux quelques notations qui ont contribué à faire naître les trois mousquetaires (par exemple dans cette anecdote. Le roi avait écrit une musique et voulait que le poète Boisrobert écrive des paroles sur cet air… À la lecture d’une première rédaction des paroles, Louis XIII était insatisfait car le poète avait mis le mot « désir ». Le roi n’en voulait pas. Boisrobert consulte alors Richelieu. Ce denier lui réplique: «O! devinez ce qu’il faut faire: ayons la liste des mousquetaires.» Il y avait des noms béarnais du pays de Tréville qui estoient des noms à tuer les chiens; Boisrobert en fit une chansons; Le Roy la trouva admirable…»).

À défaut d’écrire un roman de cape et d’épée, rempli de « noms à tuer les chiens », essayons d’exposer, en la simplifiant, cette affaire du Maréchal Louis de Marillac … Tallemant des Réaux nous y fait découvrir (par une brève allusion) l’ascension sociale d’un magistrat de province (un homme de l’ombre énigmatique sur lequel je me permets dans cet article de braquer les projecteurs). En 1630, Louis XIII (fils d’Henri IV et Marie de Médicis) est âgé d’une trentaine d’années. Il est marié à Anne d’Autriche, fille du Roi d’Espagne, depuis une quinzaine d’années. Richelieu est alors le personnage le plus influent du royaume depuis 1624 et dans les faits c’est lui qui gouverne la France et qui mène sa diplomatie. Mais sa politique ne plaisait pas à tout le monde. À la suite des guerres d’Italie, (pendant lesquelles le Maréchal Marillac s’était distingué par une singulière vaillance), la diplomatie du Cardinal de Richelieu aboutit à un rapprochement avec les princes protestants d’Allemagne et par le risque d’une guerre contre l’Espagne (patrie de la reine d’Autriche). Marie de Médicis et Anne d’Autriche essaient alors de manigancer des intrigues parmi les grands du royaume pour faire tomber le Cardinal Richelieu (avec l’aide de Mazarin, du Chancelier Marillac et de son frère le vaillant Mareschal Louis de Marillac). Tout le monde s’imagine que le Roi Louis XIII va céder aux pressions des deux reines et renvoyer le Cardinal.

La disgrâce du Cardinal Richelieu semble certaine. Mais le 11 Novembre 1630, coup de théâtre, à la suite d’une habile négociation menée par le Marquis de Rambouillet, Louis XIII change d’avis, confirme le pouvoir du Cardinal Richelieu et lui renouvelle toute sa confiance. L’Histoire a retenu cette journée comme étant la « journée des dupes ». Le Chancelier Marillac et son frère sont arrêtés. On intente un « procès pour l’exemple » contre le Mareschal Marillac emprisonné d’abord à Verdun, puis (nous précise Tallemant des Réaux) à Rueil « dans la maison même du Cardinal ». On réunit de manière expéditive plusieurs Conseillers de Parlement (magistrats de l’époque) pour condamner ce brillant militaire, soutien de Marie de Médicis. Cela n’allait pas être facile car le Maréchal de Marillac savait manier ses pions pour se rendre indispensable. Il s’était marié avec une Médicis cousine de Marie de Médicis. Il avait en outre le soutien d’Anne d’Autriche. C’était un homme redoutable qui avait tout d’un héros de roman « Il était grand, bien fait, robuste et adroit à toutes sortes d’exercices. » Il avait une réputation d’être invincible […] On disoit qu’à Rouen, ayant pris querelle à la paume [au jeu de paume], avec un nommé Caboche, et ayant été séparés, il le rencontra après, et le tua avant que l’autre ait pu mettre l’épée à la main. » Le Cardinal de Richelieu le redoutait et l’appelait « Marillac l’épée ».

C’est alors qu’intervient notre magistrat de province et habile juriste qui allait faire basculer toute l’affaire…

Le conseiller Antoine Bretagne du Parlement de Dijon (c’est de lui dont il s’agit) avait été chargé de mener l’instruction contre Marillac et il allait parvenir à ses fins après moult péripéties d’un procès hautement politique. Ce conseiller du Parlement de Dijon était un juge redoutable. Les charges que l’on était parvenu à réunir contre Marillac ne méritaient sans doute pas plus qu’une peine de prison. On parvint néanmoins à le condamner à mort explique Tallemant-des-Réaux « sur des ordres de tirer tant et tant de certains villages du Verdunois pour les exempter de gens de guerre, et l’on disoit qu’il avoit employé cet argent à bastir la citadelle de Verdun ». Autrement dit on accusait le Maréchal Louis de Marillac de s’être enrichi sur le dos des villageois des environs de Verdun pour construire une citadelle (un ouvrage de commandement militaire qui n’était pourtant pas un bien somptuaire érigé à son seul profit, on est loin des « villas avec piscine » des « huiles corrompues » d’aujourd’hui). Le 10 Mai 1632 en montant sur l’échafaud, le Maréchal de Marillac ne parvenait pas à comprendre ce qui lui arrivait : « C’est une chose étrange qu’on m’ait poursuivi comme on l’a fait. Il ne s’agit dans mon procès que de foin, de paille, de bois, de pierre et de chaux. » Le Cardinal Richelieu de son côté félicitait les juges qui étaient parvenu à mener une procédure aussi répressive : «Messieurs, il faut avouer que Dieu donne des connaissances aux juges qu’il ne donne pas aux autres hommes ; je ne croyais pas qu’il méritât le mort. » Antoine Bretagne auteur de ce succès
juridico-politique se voyait quant à lui récompensé par Louis XIII qui le nomma Premier Président du Parlement de Metz, nouvellement créé en janvier 1633.

Ce fut le début d’une belle ascension sociale pour cette famille de magistrats (c’est Le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle. qui nous l’apprend). Antoine Bretagne devint en 1637 Premier Président du Parlement de Dijon et Baron de Loisy, tandis que son fils Claude lui succédait comme Premier Président du Parlement de Metz…

Le sévère Premier Président du Parlement de Dijon allait-il poursuivre son ascension vers des fonctions plus brillantes encore ? Par exemple irait-il siéger au prestigieux Parlement de Paris ? Parviendrait-il à accéder au prestigieux Salon de Rambouillet ? Allait-il accéder aux plus prestigieuses charges de la Chancellerie ? Aurait-il l’occasion de fréquenter Vincent Voiture, Gilles Ménage, Racan ou d’autres beaux esprits parisiens? Aurait-il l’audace de soutenir de son bras la pétillante Mademoiselle Des Jardins pour se voir offrir de la part de cette jeune poétesse un madrigal tourné avec grâce et esprit?

"Quoy! Tircis, bien loin de m'abattre
Vous m'empêchez de succomber! 
Quoy! Vous me relevez lorsque je veux tomber, 
Et vous restez des bras pour vous combattre!
Après cette belle action, 
On verra votre nom au Temple de la Mémoire
Et l'on vous nommera le héros de ma gloire, 
Mais aussy le bourreau de vostre passion."

Non. Le destin du Premier Président Antoine Bretagne Baron de Loisy fut brutalement interrompu en 1638 : « On le trouva bruslé ; car un jour estant demeuré seul, il estoit tombé dans le feu, et comme il estoit foible, il ne s’en put tirer » explique Tallemant des Réaux. Hasard ou vengeance Florentine ? L’histoire ne le dit pas, mais le romancier, s’il est lecteur des Trois Mousquetaires, peut tout imaginer…

Les Historiettes on le voit à l’évocation de l’épisode que nous venons d’évoquer, sont une mine inépuisable d’inspiration romanesque et de feuilletons infinis à imaginer encore et encore pour les faire rebondir à nouveau sur de nouveaux rythmes… Gédéon Tallemant des Réaux consacre de nombreuses lignes à son ami Vincent Voiture que nous avons déjà évoqué et qui était un des piliers du salon de Rambouillet et un homme d’esprit. Les Historiettes fourmillent d’anecdotes à ce sujet. Citons-en deux: « Monsieur de Blairancourt disoit à Madame de Rambouillet que voyant qu’on ne parloit que de ce livre [de Vincent Voiture] qu’il l’avoit lu et trouvoit que Voiture avoit de l’esprit. « Mais Monsieur, » lui respondit Madame de Rambouillet, « pensiez-vous que c’étoit pour sa noblesse ou pour sa belle taille qu’on le recevoit partout comme avez veu? » Ce dialogue traduit admirablement cet « esprit de finesse » qui régnait alors dans les conversations…

On trouve aussi dans ces « Historiettes » quelques remarques propres à alimenter l’esprit sur l’activité du poète. Ces réflexions sur l’écriture et le style apparaissent à plusieurs reprises à propos de nombreux portraits (ceux de ,Gilles Ménage ou l’évocation d’un poète oublié Neuf-Germain). On en trouve évidemment dans le portrait vivant qu’il dresse de l’aristocrate et poète François de Malherbe…

Lorsqu’il évoque Malherbe, Tallemant des Réaux évoque bien sûr sa personne : « Il estoit grand et bien fait, et d’une constitution si excellente qu’on a dit de lui, aussi bien que d’Alexandre, que ses sueurs avoient une odeur agréable. Sa conversation étoit brusque, il parloit peu mais il ne disoit mot qui ne portast. Quelquefois mesme, il étoit rustre, incivil… »

Mais dans l’historiette qu’il lui consacre il est abondamment question d’écriture, de style, de critique littéraire, de goût, d’esthétique, de manies verbales aussi. Malherbe n’était pas quelqu’un de commode. Certains dialogues ne manquent pas de vivacité et de mordant. Par exemple cet échange avec Vaucquelin Des Yvetaux. Celui-ci était originaire de Caen comme Malherbe et il avait été engagé comme précepteur du Prince de Vendôme. Leur différend portait sur la présence de sonorités plus ou moins gênantes et laides (ou belles et amusantes à chacun d’en juger).

« Des Yvetaux lui disoit que c’estoit une chose désagrable à l’oreille que ces trois syllabes :malapla toutes de suite dans un vers :

« Enfin cette beauté m’a la place rendüe »

« Et vous, lui respondit-t-il, vous avez bien mis : parablalafla

  • Moi ? Reprit des Yveteaux, vous ne sçauriez me le montrer
  • N’avez-vous pas mis, répliqua Malherbe

« Comparable à la flammme » ?

Tallemant des Réaux rapporte par ailleurs plusieurs remarques assez catégoriques de Malherbe sur l’art de composer les sonnets : « Les italiens ne lui revenoient point ; il disoit que les sonnets de Pétrarque estoit à la grecque, aussi bien que les épigrammes de Madame de Gournay. »

Ou encore:

« Il s’opiniastra fort longtemps à faire des sonnets irréguliers. Colomby n’en voulut jamais faire, et ne les pouvoit approuver. Racan en fit un ou deux mais il s’en ennuya bientost ; et comme il disoit à Malherbe que ce n’estoit pas un sonnet si n’observoit pas les règles du Sonnet : « Eh bien, » lui dit Malherbe, « si ce n’est pas un sonnet, c’est une sonnette. »

Bibliographie

Éditions des Historiettes disponibles chez Gallica BnF.

On y trouve la précieuse édition de 1834 (la première) des Historiettes : « Historiettes pour servir à l’histoire du XVIIe siècle » publiées sur le manuscrit inédit et autographe ; par messieurs Monmerqué, de Châteaugiron et Taschereau Editeur : Alphonse Levavasseur Libraire, 1834.

Tome 1 (cliquez ici pour le lire sur Gallica BnF)

Tome 2 (cliquez ici pour le lire sur Gallica BnF)

Tome 3 (cliquez ici pour le lire sur Gallica BnF)

Tome 4 (cliquez ici pour le lire sur Gallica BnF)

Tome 5 (cliquez ici pour le lire sur Gallica BnF)

Tome 6 (cliquez ici pour le lire sur Gallica BnF)

On peut également lire en ligne les neuf volumes de l’édition des « Historiettes» publiées en 1850 chez J. Techener Libraire grâce aux collections numériques de la Bibliothèque Municipale de Lyon:

Tome 1 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 2 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 3 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 4 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 5 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 6 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 7 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 8 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Tome 9 (Tallemant des Réaux, Historiettes, J. Techener, 1850 Libraire B.M.Lyon)

Edition la plus complète pour le texte et l’appareil critique:

Tallemant des Réaux, Historiettes, Gallimard, La Pléiade, 1960, deux tomes, Préfacés et annotés par Antoine Adam. C’est cette édiont que j’ai le plus consulté pour rédiger cet article de blog (lien vers la notice du Catalogue général de la BnF)

Edition abrégée intéressante pour ses illustrations

Les Belles Dames de Paris, Historiettes de Tallemant des Réaux avec une préface de Gérard Bauer et des illustrations de Sylvain Sauvage, Editeur : « Le Livre » 1924 (notice sur le Catalogue général de le BnF). C’est de ce livre et à Sylvain Sauvage qu’est emprunté le portrait de Tallemant des Réaux illustrant cet article de blog).

Si vous êtes des lecteurs pressés vous trouverez aussi dans les collections Gallica BnF une version raccourcie des « Historiettes » sous le titre « Rois et grandes dames d’autrefois d’après Tallemant des Réaux, avec appendice et notes »par M. Meyrac Rédacteur en chef du Petit Ardennais, publié en 1911 chez Albin Michel. Cette édition a le mérite d’être illustrée par des gravures, j’en ai utilisé quelques-unes pour cet article (cliquez ici)

Notice biographique sur le site internet du Musée Protestant:

https://www.museeprotestant.org/notice/gedeon-tallemant-des-reaux-1619-1692/

Bibliographie sur Tallemant des Réaux établie par la BnF (Bibliothèque Nationale de France) cliquez ici.

Pour une approche universitaire des Historiettes

Karine Abiven, L’anecdote ou la fabrique du petit fait vrai. De Tallemant des Réaux à Voltaire (1650-1750) Paris, Classiques Garnier, série « Lire le XVIIe siècle », 2015 (483 pages). Présentation sur « Open édition ».

Marie-Thérèse Ballin, Les Historiettes de Tallemant des Réaux. Manuscrit privé ou écrit clandestin, in Revue d’histoire littéraire de la France (2013) disponible sur cairn info (cliquez ici)

Marie-Thérèse Ballin, Hybridité génériques et discursives dans les historiettes de Tallemant des Réaux, thèse de doctorat de l’Université de Toronto (disponible en ligne cliquez ici)

Lilia Coste, « Entre l’ana et l’anecdote : note sur les historiettes bigarrées de Tallemant des Réaux », Écrire l’histoire [En ligne], 17 | 2017, mis en ligne le 28 septembre 2020, consulté le 28 septembre 2019. Lilia Coste est doctorante en Langue, littérature et image au sein du CERILAC de l’université Paris-Diderot. Sa thèse a pour objet « L’écriture au féminin dans les Historiettes de Tallemant des Réaux : entre Histoire et Fiction », (cliquez ici)

Biographie de Tallemant des Réaux en deux volumes par Emile Magne (1877-1953):

Emile Magne, Bourgeois et financiers du XVIIe siècle. La joyeuse jeunesse de Tallemant des Réaux (1921)

Emile Magne La fin troublée de Tallemant des Réaux (1922)

André Billy, « L’oeuvre littéraire du 20 Septembre 1922, André Billy article consacré à la parution de ces deux livres qu’Emile Magne consacre à la biographie de Tallemant des Réaux (cliquez ici)

Vincenette Maigne, Le manuscrit 673 [Texte imprimé] / Tallemant Des Réaux ; édition critique par Vincenette Maigne, Klincksieck, 1994

Bernard Gineste, « Gédéon Tallemant des Réaux, La reine Marguerite (vers 1659) in Corpus Étampois (cliquez ici)

Vinaigrette, Gédéon Tallemant des Réaux, papa des Historiettes, dans son château Tourangeau (cliquez ici)

Le Château des Réaux en zone inondable in Val de Loire Patrimoine mondial (13 avril 2017 mis à jour 13 novembre 2018) cliquez ici.

Gédéon Tallemant des Réaux à Paris et Réaux in Terres d’écrivains, Annuaire des lieux littéraires (cliquez ici)

Davide Caviglioli,  in L’Obs sélectionnait Les Historiettes de Tallemant des Réaux parmi les dix chef-d’oeuvres en poches pour les vacances 9 août 2013 (cliquez ici).

Article du 8 mai 2017 signé JB sur le blog Club de lectures à propos des « Historiettes de Tallemant des Réaux chez Folio (cliquez ici)

Caroline Lewandowski, La poétique des historiettes de Tallemant des Réaux, thèse de doctorat en préparation en Lettres langues et linguistique à l’Université de Lyon depuis le 23 novembre 2000 (cliquez ici)

Page Wikipedia consacrée à Sylvain Sauvage (auteur du portrait de Tallemant des Réaux illustrant cet article) cliquez ici

Si cet article vous a plu, vous aurez peut-être envie de découvrir mes livres Sansonnets aux sirènes s’arriment (cliquez ici) ou Sansonnets un cygne à l’envers (cliquez ici) ou de participer aux ateliers d’écriture que j’anime (cliquez ici).

Micheline Cumant: Nestor, un cheval dans la grande armée, Editions BoD 2017

La bataille de Waterloo a souvent inspiré les écrivains français en offrant aux lecteurs des moments de lecture aux émotions variées, aux couleurs multiples. Il y a cette interminable description de Victor Hugo dans Les Misérables. Elle s’étend sur plusieurs pages. Elle est détaillée, précise et ciselée comme une carte d’état major. Il y a la description de Stendhal dans La Chartreuse de Parme. Le héros s’y retrouve entraîné dans un tourbillon auquel il ne comprend pas grand chose. Le lecteur s’y retrouve secoué comme dans un panier à salades. Dorénavant, il faudra ajouter à cette liste des batailles de Waterloo littéraires, celle de Micheline Cumant dans son nouveau roman paru au mois de juillet 2017. Comme chez Stendhal, la bataille est décrite de l’intérieur, mais cette fois par Nestor… Nestor le majordome du Capitaine Haddock de Moulinsart ? Non vous n’y êtes pas. Nestor est un cheval, un cheval auvergnat. « Nestor, un cheval dans la grande armée » tel est le titre de ce roman. Un roman palpitant où l’on redécouvre l’épopée napoléonienne à travers le regard du cheval Nestor et de ses amis. Ses amis sont des chevaux, autant que des être humains, tant il est vrai que le cheval est sans doute le meilleur ami de l’homme. Méfiez-vous (ceci étant dit entre parenthèses) lorsque vous dites cela de ne pas le dire devant un chien, les chiens se sont toujours imaginé que c’étaient eux les meilleurs amis des hommes, ainsi Augustin pense être le meilleur ami d’Elodie dans mon petit livre « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi ». Mais fermons la parenthèse autour de cette petite histoire pour retrouver la grande histoire. Car c’est bien la grande histoire que Micheline Cumant nous fait parcourir à travers ce roman admirablement rythmé dont la cadence est donnée dès le prélude avec quatre magnifiques vers d’Edmond Rostand extraits de l’Acte 2 Scène 8 de sa pièce de théâtre « L’Aiglon » :

« Et nous, les petits, les obscurs, les sans grades

Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés malades

Sans espoir de duchés ni de dotations

Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions… »

Le récit de ce roman galope et entraîne le lecteur qui savoure avec plaisir une prose agile et flamboyante. Le cheval Nestor traverse l’Europe de Iéna à Moscou de batailles victorieuses en batailles victorieuses (mais peu glorieuses dans le regard des chevaux qui sont dans ce livre bien souvent plus philosophes que les hommes qui les chevauchent). Puis il la retraverse dans l’autre sens de la retraite de Russie à la bataille de Waterloo… Au milieu d’un tel maelström, d’un bout à l’autre du roman, Nestor reste sage et philosophe, dictant à Micheline Cumant ce roman qu’elle nous transmet fidèlement. On sent qu’il était en confiance car il lui a confié jusqu’à ses pensées secrètes et souvent lucides. Par exemple en plein cœur de la bataille de Waterloo :

« Au bout d’un moment, nous arrivâmes sur une chaussée pavée, j’entendis que nous étions près de Charleroi, et que les Anglais se massaient vers le Mont Saint Jean. Mais je n’eut pas le temps de discuter de stratégie avec mes confrères, car bientôt nous eûmes à charger les dragons anglais. Enfin de l’action ! »

De l’action, il y en a dans ce roman à foison, mais aussi des sentiments et une richesses de détails souvent très bien documentés, on ne trouve pas moins de 37 notes en bas de page où le lecteur est invité à s’élargir l’esprit. On y apprend que le mariage civil date en France du 20 septembre 1792 que « le fait de lécher, pour un cheval traduit souvent un manque de sel » que le 14 juin est la date des batailles de Marengo (1800) et de Friedland (1807), que « le sabretache est une sacoche de selle, placée à côté du fourreau du sabre », que la race de chevaux lipizzane, élaborée pour la cour d’Autriche au mars de Lipica, sur le territoire de l’actuelle Slovénie, près de la frontière italienne a des origines espagnoles, arabes et de Bohême. Elle est celle des chevaux de l’Ecole espagnole d’équitation de Vienne, fondée au XVIe siècle spécialisée dans le dressage de haut niveau, on y apprend enfin, dans le chapitre sur Waterloo que « La Victoire en chantant » est un chant patriotique composé par le compositeur Étienne Méhul et le poète Marie-Joseph Chénier en 1794…. » Comme Georges Perec, Nestor aime les notes en bas de page c’est peut-être aussi pour cela que j’ai trouvé ce petit roman si passionnant. Je vous le conseille vivement.

Vous pourrez retrouver Micheline Cumant lors d’une séance de dédicaces au Salon Livre Paris, le Dimanche 18 mars de 10h00 à 12h00 sur le stand E12 de BoD cliquez ici « clic » (Une séance qui sera immédiatement suivie, à 12h00 par les dédicaces de « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi » par ses illustrateurs Samar et Hani Khzam cliquez ici « clic »). Si vous êtes au Salon Livre Paris le 18 mars entre 10h00 et 14h00 vous pourrez donc faire d’une pierre deux coups en achetant « Nestor, un cheval dans la Grande Armée » puis « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi ».

Résumé de l’éditeur

« Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades… » Ainsi débute la tirade du vieux grognard Flambeau, dans la pièce « L’Aiglon », d’Edmond Rostand. Dans la Grande Armée de Napoléon 1er, il y a les hommes, mais il y a aussi les chevaux. Eux qui pendant des siècles ont porté les hommes à la guerre, et à qui on n’a jamais rien demandé, ne sont-ils pas aussi des « obscurs et sans-grades » ? La parole est donnée au cheval Nestor, qui rejoignit l’armée impériale au lendemain d’Austerlitz, et participa à l’aventure de la Grande Armée jusqu’à Waterloo. En compagnie de son cavalier, le simple soldat Henri Fourneau, il va suivre Napoléon dans sa conquête de l’Europe, mais aussi dans la retraite de Russie et affrontera la coalition des alliés au cours de la bataille qui mettra fin au Premier Empire. « Nos chevaux, ce sont nos jambes », dit le cavalier. Loin des spéculations politiques, des stratégies militaires, des luttes de pouvoir, les soldats, pour beaucoup arrachés au monde paysan, souvent illettrés, soignent leurs chevaux qu’ils considèrent comme leurs amis, cherchent à tirer de petits profits et méditent sur les desseins des grands. Avancer, se battre, tuer… La guerre, c’est leur métier, celui du soldat et celui du cheval.

Nestor, un cheval dans la grande armée sur Amazon.fr cliquez ici « clic ».

Blog de Micheline Cumant cliquez ici « clic ».

Le prisonnier de la tour de Catherine Laboubée

Le Prisonnier de la tour

J’ai passé, avec ce livre, de très passionnants instants de lecture. J’ai appris, je me suis amusé. Je l’ai lu comme un récit historique mais surtout comme un récit d’aventures.

Robert Courte-Heuse (1051-1134) fils ainé de Guillaume le Conquérant fait partie de ces personnages historiques un peu oubliés qu’on a peut-être croisé à l’école aux hasards d’un cours soporifique mais dont on ne se souvient plus guère. Le grand historien Marc Bloch, dans son ouvrage de référence « La société féodale » ne consacre que quelques mots à ce Robert fils de Guillaume, à peine une ligne, juste un membre de phrase situé après un point-virgule : « Guillaume le Conquérant donna à son fils Robert un clerc pour précepteur. » Catherine Laboubée a réussi l’exploit de faire de la biographie de ce Robert oublié un formidable roman que l’on savoure avec plaisir durant les longues siestes d’été, à l’ombre d’un pommier dans le bocage normand, au bord de la mer à l’ombre d’une voile normande ou sous un éclatant soleil italien à l’ombre d’une cathédrale normande. Dans ce récit d’aventures on voit défiler les images d’un film en technicolore, on voyage de Fécamp à Cardiff en passant par la Palestine, la Turquie et l’Italie. On voit défiler sous nos yeux le débarquement Normand de 1066 sur les côtes d’Angleterre et la bataille d’Hasting (14 Octobre 1066 il y aura 950 ans cette année), la croisade en orient de la fin du XIe siècle, le retour héroïque de Robert qui épouse à Brindisi la resplendissante Sybille de Conversano.

Toutes ces aventures sont écrites dans une langue vivante et virevoltante.

Catherine Laboubée a donné comme titre à son livre « Le Prisonnier de la tour » en hommage à une célèbre chanson de Francis Blanche immortalisée par Edith Piaf https://youtu.be/oN1UQU-O9i4

Mais en lisant la prose de ce récit dont la phrase coule et court comme dans les bons polars qui croustillent, en voyant vivre et combattre ces truculents héros du Moyen Âge c’est étrangement à une autre chanson d’Edith Piaf que j’ai pensé : aux aventures de l’américain « Browning » https://youtu.be/gUC74h6AiaI.

Dans ces formidables luttes entre seigneurs Anglo Normands du XIe siècle on peut en effet déjà voir poindre ces américains peu scrupuleux qui font la gloire des romans de la série noire. Dans ces héros de la première croisade, dans le comportement de certains féodaux, il y a quelque chose du Browning d’Edith Piaf. Ce n’est bien sûr que mon point de vue de lecteur partial et subjectif, je ne peux que vous encourager si vous souhaitez vous faire votre propre point de vue de vous procurer « Le Prisonnier de la tour » de Catherine Laboubée. Vous y découvrirez un sérieux travail historique rempli de questions plutôt que de certitudes: un livre qui ouvre l’appétit de savoir. Marc Bloch rappelait que « le grand juriste anglais Maitland disait qu’un livre d’histoire doit donner faim. Entendez : faim d’apprendre et surtout de chercher. » En lisant « Le Prisonnier de la tour » vous apprendrez beaucoup en vous amusant; le livre refermé vous aurez certainement envie d’en ouvrir une infinité d’autres.

Pour plus d’informations et pour vous procurer le livre consultez le site internet

http://www.catherine-laboubee.fr/Accueil.html

Informations de l’éditeur

Catherine Laboubée, Le Prisonnier de la tour

Editions La Belle Saison.  Prix 20€. Nombre pages 390.

ISBN 9791091323046

Quatrième de couverture

«Le Prisonnier de la Tour n’est autre que Robert de Courte-Heuse (1051-1134) le fils ainé de Guillaume le Conquérant. Quelque peu oublié de l’Histoire, il y a pourtant toute sa place, même si son parcours a souvent été éclipsé par celui de son petit frère Henri 1er Beauclerc, chouchou des chroniqueurs. Sa vie pavée d’embûches et de moments forts, a été marquée par l’aura d’un père omniprésent et peu partageur de son pouvoir, un père qu’on ne peut qu’admirer, mais qui ne laisse aucune place à autrui. C’est dans ce contexte que Robert, prêt à tout pour être digne de lui, tentera de faire ses preuves et se heurtera souvent à cette figure tutélaire.
Duc de Normandie, héros emblématique de la première croisade, Robert traversera bien des épreuves face à la soif de pouvoir de ses frères, et passera les trente dernières années de sa longue vie en prison en Angleterre après la défaite de Tinchebray.
Sa vie est celle d’un «humain» davantage que d’un conquérant, celle d’un diplomate qui se révéla un fier chef de guerre, précurseur dans bien des domaines y compris celui de l’amour courtois, un témoins de l’extraordinaire épopée que fut la conquête de l’Angleterre par les Normands et qui donna toute sa mesure dans la première croisade. Un home qui faisait passer sa vie avant tout, avant les honneurs et le pouvoir, dans un monde peu fait pour lui.»