Dans la presse il y a cent ans: « Flaubert écrivait mal »

Le 12 Décembre 1821 naissait Gustave Flaubert. Dans deux ans jour pour jour nous fêterons donc son bicentenaire. Aujourd’hui nous ne fêtons que son 198e anniversaire… Comment le fêter dignement ? Pourquoi ne pas s’inspirer de nos ancêtres d’il y a cent ans? Comment les littérateurs d’il y a un siècle avaient fêté les 98 ans de Flaubert, 39 ans après sa mort ? Avec respect ou indifférence?

Ni l’un ni l’autre, il y a cent ans cet anniversaire avait été cause d’une belle explosion de zizanie autour de l’écriture et du style de Gustave Flaubert… L’été 1919 était le premier été de paix après quatre ans de batailles de tranchées, mais malgré la paix retrouvée deux hommes de lettres avaient décidé de batailler ferme au sujet de la « pureté de la langue » de l’écrivain rouennais…

Les deux protagonistes de cette affaire étaient Paul Souday (1869-1929) et Louis de Robert (1871-1937). En Août et Septembre 1919 ils s’étaient affrontés par journaux interposés au sujet du style de l’auteur de Madame Bovary. Flaubert écrivait mal assurait Louis de Robert. « Non c’est faux, c’est vous qui êtes une espèce de cacographe ! » lui répliquait Paul Souday…

Qui était Paul Souday ? (on trouvera son portrait, brossé par Maurice Martin du Gard, dans Les Nouvelles Littéraires du 13 Juillet 1929 (cliquez ici). Né au Havre le 20 Août 1869, il avait exercé le travail de critique littéraire auprès de plusieurs journaux et revues. Depuis 1892, il était chroniqueur littéraire au journal « Le Temps ».

Louis de Robert (photo Wikipedia)

Son adversaire, de deux ans son cadet : Louis de Robert était né le 5 Mars 1871 à Paris. Il avait déjà connu la gloire d’un romancier à succès. En 1919, il avait déjà publié plus d’une dizaine de romans. Son livre le plus célèbre « Le Roman du malade » est d’abord paru en feuilleton dans « Le Figaro » et ensuite aux Éditions Fasquelle où il avait été distingué par le prestigieux « Prix Fémina » de l’année 1911. En août 1919, fort de sa notoriété, Louis de Robert avait publié dans la revue « La Rose rouge » un article au titre retentissant : « Flaubert écrivait mal ».

Outré par tant d’audace, le 29 Août 1919, Paul Souday riposte en première page du journal Le Temps sous le titre « Flaubert savait-il écrire ? »

Il y détaille la liste des « fautes » relevées par Louis de Robert puis démontre que ces prétendues erreurs n’étaient pas des fautes de grammaire mais le signe du talent littéraire de Flaubert. Enfin il conclut avec assurance en imaginant sans doute avoir mis définitivement son contradicteur à terre : «Moralité. Consulter le Littré et les manuels de grammaires ou de rhétorique, qui mentionnent l’existence de divers tropes et la légitimité des tournures un peu libres, avant d’accuser un maître de ne pas savoir écrire. Ce n’est pas de pareilles vétilles et de pareilles chicanes que dépend la qualité d’une langue ou d’un style. Nous avons aujourd’hui des puristes improvisés dont les scrupules portent à faux et sont presque aussi nuisibles que les excès des cacographes. L’article de Louis de Robert est, dans son genre, un symptôme frappant de la crise du français.»

Louis de Robert ne s’avoua cependant pas battu et répliqua par une lettre qui fut publiée en première page du journal Le Temps le 5 Septembre 1919 (en dessous et à côté d’un article sur « L’insociabilité des chauffeurs de taxi parisiens »). Paul Souday apporta sa réponse (sous les initiales P.S.)

 

Albert Thibaudet avait repris plus tard cette querelle au sujet de Flaubert notamment dans l’ouvrage qu’il a consacré à Gustave Flaubert en 1922 (disponible ici dans les collections numériques de Gallica).

Ce «Flaubert écrivait mal» est une formule suffisamment percutante pour certainement figurer dans mon futur roman en cours d’écriture…

En attendant ce futur roman, vous serez peut-être intéressés par la lecture de mon « polar décalé » paru en 2012: « Le Mystère du Pont Gustave-Flaubert » (cliquez ici).

 

 

Il y a cent ans: Oui!… mais…

En explorant Le Grand Écho du Nord du 25 Juillet 1919 on découvrira un article signé Léon Bocquet. On pourra aussi imaginer qu’après avoir été démobilisés quelques villageois du 43e régiment d’infanterie de Lille ont peut-être découvert Le Chariot d’or d’Albert Samain et qu’ils ont pu apprendre à danser le jazz dans un livre… 

Annonce parue dans Le Grand Échos du Nord du 25 Juillet 1919 (un document Gallica BnF).

« Oui !… mais… je cire mieux Pâte française à l’Américaine » Cette publicité est parue il y a cent ans dans le numéro du 25 Juillet 1919 du Grand Écho du Nord (disponible dans les collections numérique de Gallica BnF). L’illustration joue sur plusieurs registres qui pouvaient atteindre les esprits de plusieurs façons dans cette immédiate après-guerre qui avait tué, blessé et mutilé tant de combattants : 1million 383000 morts dans l’armée française et 389000 mutilés, amputés ou invalides à vie (chiffres d’Alfred Sauvy)… Comment l’audace de cette publicité était-elle perçue dans ce contexte ? Cherchait-elle à rire du désastre ? Ne visait-elle qu’à rappeler les privations d’après-guerre (on songe à l’expression « j’ai l’estomac dans les chaussettes ») ? Moqueuse ne souhaitait-elle qu’insister sur le fait que ce moustachu était bête comme ses pieds ? Cruelle insistait-elle sur le fait que, les « dégonflés » doivent cirer les chaussures des autres ? Ce dégonflé blotti dans ses chaussures à guêtres pouvait aussi évoquer les « planqués » de l’arrière. Il y a dans cette image quelque chose d’essentiellement absurde : l’absurde du mouvement Dada ou du Surréalisme, mouvements nés en réponse à l’horreur absolue qu’avait représenté cette guerre. Dans l’absurde, il y a de l’humour mais pas seulement… L’absurde est souvent richement chargé de significations foisonnantes. En contemplant cette image vous y trouverez peut-être infiniment plus d’idées que ce que j’y ai puisé. « On a beau dire ce qu’on voit, ce qu’on voit ne loge jamais dans ce qu’on dit » disait Michel Foucault (Les mots, les choses).

Quoiqu’en dise cette pâte française à l’américaine, il n’en demeure pas moins qu’en Juillet 1919, la France est lessivée. Et la presse qui se fait l’écho de protestations et des mécontentements est à cette date encore soumise à la censure. La guerre de 14-18 s’achève tout juste.. L’armée commence seulement à démobiliser durant l’été. Le Traité de Versailles signé le 28 Juin 1919, ne sera promulgué que le 10 Janvier 1920 (après sa ratification par les assemblées parlementaires de l’ensemble des pays signataires excepté les U.S.A). En France il a été ratifié le 2 Octobre par la Chambre des députés, 11 Octobre par le Sénat. Il ne sera  pas promulgué par les Etats-Unis (le Sénat Américain ayant refusé de le signer, s’opposant ainsi au président Wilson qui en avait été l’artisan). La pâte américaine et française n’avaient pas réussi à se mélanger autant que l’opinion publique (très favorable en Europe au président Wilson) l’auraient souhaité.

À Paris en Juillet 1919, les travaux parlementaires autour du traité ont débuté depuis le 3 Juillet (commission Viviani) et l’opinion publique fête la victoire (plusieurs défilés militaires de la Victoire ont eu lieu : le 14 Juillet à Paris, le 19 Juillet à Londres, le 21 Juillet à Bruxelles. À Lille c’est le 27 Juillet que le 43e régiment d’infanterie avait effectué son « défilé de la victoire », son retour triomphal avant démobilisation… Le Grand Écho du Nord l’annonce en page 2 de son édition du 25 Juillet (un document Gallica BnF).

En page 2 du Grand Écho du Nord, annonce du défilé du 43e régiment d’infanterie de Lille (document Gallica BnF).

Le Nord-Pas-de-Calais avait été durement touché par les destructions liées aux opérations du guerre. Le Grand Écho du Nord évoque en « une » les « États généraux des régions dévastées » à propos d’une déclaration énergique de Charles Jonnart Sénateur du Pas-de-Calais depuis 1914 (qui avait été Gouverneur Général d’Algérie de 1903 à 1911).

Le Grand Écho du Nord 25 Juillet 1919 (document Gallica BnF).

À gauche de cet article le lecteur du Grand Écho pouvait lire un fervent appel à la découverte littéraire. L’éditorial « Des livres au village » signé Léon Bocquet.

Qui était Léon Bocquet ? Il est notamment célèbre  pour avoir écrit une biographie du poète Albert Samain et pour avoir traduit « Voyage avec un âne dans les Cévennes » de Robert-Louis Stevenson ainsi que plus d’une trentaine d’autres livres anglophones. Dans Le livre au village, Léon Bocquet invite à continuer en temps de paix le travail philanthropique fait autour des Bibliothèques ambulantes destinées aux armées. La Bibliothèque Nationale à consacré un article au sujet de ces bibliothèques de campagne (cliquez ici). Léon Bocquet espérait sans doute convaincre quelques soldats du 43e régiment d’infanterie à profiter du temps de paix pour lire le poète Albert Samain, on peut découvrir plusieurs de ses livres dans les collections Gallica BnF (notamment Le Chariot d’or)

Le Chariot d’or d’Albert Samain (un document Gallica BnF).

Mais ces soldats avaient peut-être d’autres envies…

L’arrivée, avec l’armée américaine, d’un étonnant  Jazz-Band constitués de mobilisés Noirs Américains, avait été l’occasion pour les Français de découvrir de nouveaux rythmes plein d’entrain. Le chef de cet orchestre était le lieutenant  James Reese Europe et son orchestre s’appelait Les Harlem Hellfighters. Voir l‘Histoire du Jazz en France de 1917 à 1950 par Alain Fauconnier in Société des amis des arts et des science de Tournus (un document Gallica BnF).

Comment ne pas avoir envie d’apprendre à danser sur ces nouveaux rythmes? En 1919 était donc fort opportunément publié ce « Vade-Mecum du Parfait Danseur Théorie illustrée par les meilleurs Professeurs de Paris pour apprendre seul » (un livre disponible chez Gallica BnF).

La guerre avait fait tellement de victimes parmi les jeunes hommes, qu’au début des années vingt il devait en effet arriver bien souvent que les jeunes femmes dansent seules en imaginant le cavalier de leurs rêves… En juillet 1919 dans le Nord-Pas-de-Calais il n’est pas douteux qu’après avoir défilé les soldats du 43e régiment d’infanterie de Lille aient entraîné quelques spectatrices dans des danses effrénées avant de plonger dans Le Chariot d’or d’Albert Samain… Si les lecteurs de juillet 1919 avaient le moral dans les chaussettes ils allaient bientôt le retrouver grâce à la danse, au jazz et à la poésie… Oui!… mais… à la pâte française ou américaine?… Suite au prochain épisode… 

Il y a cent ans 19 Juillet 1919: Le Secret de la Fortune par

Évoquer le 19 Juillet 1919 va nous conduire à découvrir un livre pour faire fortune et nous en apprendra un peu plus sur la publicité, sur l’influence de la culture française à New-York. Dans la foulée nous croiserons aussi Maurice Leblanc, l’auteur d’Arsène Lupin…

image mise en avant

Le Cachet de Paris Juillet 1919. Document Gallica BnF.

Le 14 Juillet 1919 avait été marqué, à Paris, par le « Défilé de la Victoire » sur les Champs-Élysée. Le 19 Juillet 1919 c’était au tour des Britanniques d’organiser leur Défilé de la Victoire à Londres. Deux jours après, à Paris (le 21 juillet) on redoutait une grève de la C.G.T…  En juillet 1919, la rue retrouvait avec difficulté ses couleurs joyeuses, celles des chapeaux aux formes baroques proposés à ses lectrices par Le Cachet de Paris  (on a vu dans le précédent billet avec la Semaine Élégante de l’Excelsior que la tendance était au retour des couleurs claires). La Mode n’est pas une science exacte. Cette tendance du retour aux couleurs lumineuses est contredite par le numéro de Juillet du Cachet de Paris: «Les courses continuent une carrière féconde pour la Mode; elles nous apportent des renseignements précieux sur le goût de nos mondaines, renseignements dont on peut faire état dans un journal qui se pique… de fuir l’excentricité, car il semble que, depuis la guerre surtout, les toilettes —et c’est le cas pour celles des courses— soient revenues à la note sobre, sévère, pourrai-je dire, à cause du noir et des tons foncés qui paraissent s’installer dans la mode et ne plus vouloir quitter la place revendiquée par le blanc à cette époque de l’année…» (éditorial à lire en intégralité chez Gallica BnF ici).

Le Cachet de Paris Juillet 1919 (document Gallica BnF)

On le constate à la lecture de cet article, les arbitres des modes étaient d’abord les dames de la haute société. Les plus modestes devaient trouver d’autres moyens pour s’habiller avec goût. Dans le quotidien Le Journal du 19 Juillet 1919, la Mode n’est pas absente. Elle est évoquée par cette publicité associée à l’image rassurante d’un facteur distributeur de colis postaux «Achetez au prix de gros les beaux tissus pour vos toilettes élégantes...» Il y a cent ans les fashion addict faisaient elles-mêmes leurs vêtements, on constate également que la publicité et la vente par correspondance existaient et qu’elles se diffusaient notamment par voie de presse…

Le Journal 19 Juillet 1919 (page 4) document Gallica BnF

Dans ce même numéro (en bas de la deuxième page) les amateurs de récits palpitants pouvaient découvrir l’épisode n°44 d’un feuilleton signé Maurice Leblanc L’île au trente Cercueils.

Le Journal 19 Juillet 1919 (document Gallica BnF).

Il y a cent ans les journaux étaient de belles invitations à la lecture, on passait moins de temps devant les écrans mais on pouvait laisser les yeux vagabonder dans Le Journal de rebondissements en rebondissements à la recherche d’un entrefilet palpitant invitant à la découverte inattendue, en éveillant sans cesse  l’attention du lecteur… Chaque paragraphe semble être un nouvel épisode de feuilleton. Juste à côté d’une publicité pour OUF la Revue la plus gaie de Paris, le lecteur d’il y a cent ans pouvait découvrir les dernières nouveautés: des livres emplis de promesses qu’il s’empresserait d’acheter en librairie:

Le Journal 19 Juillet 1919 (document Gallica BnF).

On notera qu’après les privations de la guerre, le premier ouvrage proposé par ce Bulletin du 19 Juillet 1919 est une splendide invitation à la prospérité: La Fortune par la publicité de Paul Pottier. Né en 1870 il était journaliste à la Dépêche de Toulouse et auteur de plusieurs livres et pièces de théâtre. Le titre alléchant de sa dernière oeuvre était Le Secret de la Fortune par la Publicité (vendue à l’époque 7fr50 et disponible aujourd’hui à la lecture dans les collections numériques de Gallica BnF).

Secret de la Fortune par la Publicité (document Gallica BnF).

Ce livre est dédié par Paul Pottier «Aux industriels, aux Négociants, aux Voyageurs, aux Représentants de Commerce, à tous ceux qui, en portant à l’étranger notre pavillon commercial et le produit de nos industries, deviennent en même temps les pionniers de la pensée française…»  Après les violences et les horreurs sombres de la guerre de tranchées, Paul Pottier invitait à l’activité et à l’optimisme: «Des peuples se sont transformés, des nations se sont éveillées au labeur et à l’activité. Le vieil équilibre des mondes s’est rompu et il a semblé qu’un autre soleil fécondait la terre. Une force nouvelle est née, en effet qui a changé la face de l’Univers, bousculant les idées et les méthodes anciennes. Cette force, c’est la Publicité. Sur les champs de batailles économiques, elle a donné la victoire à ceux qui ont su la conduire. Elle est l’arme moderne des peuples qui marchent progrès et à la gloire. Pour nous, Français, elle apparaît encore entourée de ténèbres redoutables. C’est un mystère que nous allons percer, c’est ce voile que nous allons déchirer pour vous montrer la route lumineuse du succès qui s’ouvre devant vous….» Dès les premières lignes de son Chapitre premier Pottier invite ses compatriotes à s’emparer de cette nouvelle arme: «La publicité n’est ni américaine, ni anglaise, ni française, elle est universelle et, bien comprise, elle est à la portée de tous…» Elle s’adresse également à toutes et à tous, et particulièrement aux lectrices élégantes du Cachet de Paris que l’on évoquait plus haut, mais aussi aux lectrices du Journal, ces couturières qui attendent avec impatience le facteur et ses colis de tissus en gros. Paul Pottier invite les rédacteurs d’annonces à penser particulièrement à elles (page 22): «Pour une machine à coudre que nous appellerons Rapid, l’appel est: Plus de robes moins de dépenses. Rappelons que cette machine a comme particularité d’avoir été faite pour les petites bourgeoises qui veulent confectionner leurs robes à la maison, de façon à être élégantes, sans beaucoup dépenser…» Bref, ce petit manuel de deux-cent pages, vieux d’il y a cent ans aujourd’hui possède une table des matières riche dont chacun saura tirer profit...

Néanmoins si Le Secret de la Fortune par la Publicité est riche de conseils, il ne faut pas s’attendre à y trouver une vision critique ou philosophique de la publicité et de ses dangers et dérives… Paul Pottier a souhaité la décrire en technicien dans ce qui peut s’apparenter à un simple manuel de technique publicitaire (on pourra y puiser quelques conseils efficaces de rédaction pour « communiquer »).

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Paul Pottier ne s’avère pas visionnaire et ne semble pas apercevoir les dangers possibles de la « propagande » (un terme qui a été dévalorisé parce-que précisément les régimes génocidaires, autoritaires et totalitaires du vingtième siècle en ont largement abusé). Pottier ne s’est pas seulement intéressé à la pratique du commerce et de la propagande, il était avant tout « homme de lettres ». En 1901, il avait participé en tant que co-auteur à un livre intitulé Les Prolétaires intellectuels en France ouvrage dans lequel il avait écrit notamment le Chapitre 6 intitulé « Le Prolétariat des Élus » (enquête parlementaire sur les causes et les remèdes du mal)... Il y a cent ans, argent et politique étaient déjà l’occasion d’un mélange détonnant. Le Journal en témoignait par sa « une » du 19 Juillet 1919. On y apprenait la démission de Monsieur Boret Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement (une répercussion de la « vie chère »):  «On se rend compte que le ministre du ravitaillement perd pied et se noie… Et nul de ses collègues n’est là pour lui tendre une main secourable… On le laisse sombrer…»

Le Journal 19 Juillet 1919 (un document Gallica BnF)

La page de « une » insiste également sur l’appel au secours des régions libérées: «Ce que nous voulons, ce qui est indispensable pour nous sortir de l’affreuse misère où nous sommes, le voici dans ses grandes lignes: Suppression des échelons et des lenteurs irritantes qui paralysent toutes les bonnes volontés…» Deux dessins humoristiques illustrent ces paralysies administratives: «C’est triste de les avoir libéré de l’ennemi… …pour les laisser envahir par la paperasse…»

La France envahie par la paperasse parvient toutefois à exporter sa culture, on apprend, dans le même quotidien de ce 19 Juillet 1919 que la comédienne Yvette Guilbert s’apprête à fonder une École française de Théâtre à New-York…

Yvette Guilbert à New-York dans Le Journal du 19 Juillet 1919. Un document Gallica BnF

«Jadis un feuilleton palpitant suffisait à garder le lecteur jusqu’au dénouement du drame, mais on a abusé du frisson. Si le plus extraordinaire des romans a encore le pouvoir d’élever le tirage d’un journal déjà connu, il est incapable à lui-seul de lancer une feuille nouvelle […] Au demeurant le roman-feuilleton a été détrôné par le roman-cinéma» écrivait Paul Pottier dans Le Secret de la Fortune par la Publicité… Bientôt le roman cinéma serait détrôné à son tour par la comédie musicale américaine porté par des actrices et des acteurs des athlètes complets de la puissance de persuasion (et peut-être formés par Yvette Guilbert)…

Yvette Guilbert avait-elle lu l’ouvrage de Paul Pottier pour mieux faire connaître son École New-Yorkaise?

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Ou bien au contraire doit-on penser que Paul Pottier s’était inspiré dans son livre de la réflexion d’artistes aussi talentueux que Yvette Guilbert? Le Journal insiste sur l’à propos de la création par Yvette Guilbert de son École de théâtre. fullsizeoutput_14a

Quelle a été la réelle influence de l’École de théâtre d’Yvette Guilbert à New-York sur la culture américaine?

Suite au prochain épisode…