11 Septembre 1819 Les Bolivars et les Morillo

En flânant dans les collections de Gallica BnF on découvrira qu’il y a deux cents ans pour éviter la répression politique on plaisantait sur les chapeaux… Dans Le Constitutionnel du 11 Septembre 1819 on pouvait découvrir cet énigmatique entrefilet:

De quoi parlaient Les Bolivars et les Morillos . Quelle était cette pièce aujourd’hui oubliée? Était-elle de simple divertissement? On y trouvait par exemple cette chanson qui exaltait la prospérité de Paris…

"Aussi, mon cher, à mon avis, 
C'est un Pactole que Paris, 
On s'enrichit vingt fois pour une, 
On dirait, le fait est réel, 
Qu'on apprend à faire fortune
Par l'enseignement mutuel.
Les fournitures
Ont des succès
Et les cabinets
De la lecture:
Si l'on s'instruit bien rien qu'en lisant,
Tout Paris doit être savant
Nos artistes deviennent riches, 
Et tous les journaux font fureur,
Depuis les Petites Affiches
Jusqu'à l'énorme Moniteur..."

Les Bolivars et les Morillos était une œuvre de « théâtre musical » alternant chansons fabriquées pour être à la mode et répliques à succès sur des thèmes en vogue dans l’actualité. Ce spectacle eut un succès suffisamment important pour faire l’objet de gravures de presse largement diffusées…

Il était évidemment question de chapeaux dans cette pièce… En témoigne ce dialogue:

Chacun peut se coiffer selon son goût

On pouvait y savourer aussi, grâce aux talents conjugués des deux auteurs: Armand d’Artois et Gabriel de Lurieu, ce morceau de bravoure consacré à la « lithographie » qui était alors une invention nouvelle :

« Vive la lithographie !
C’est une rage partout. 

Grands, petits, laide, jolie,
Le crayon retrace tout

Les boulevards tout du long
A présent sont un salon
Où, sans même avoir posé,
Chacun. se trouve exposé.

On tapisse les murailles
De soldats et de hauts faits,
On ne voit que des batailles
Depuis qu’on a fait la paix.

Sur les assiettes, les plats,
On dessine des combats ;
Jusqu’au fond des compotiers,
On va placer des guerriers.

Sur nos indiennes nouvelles
On voit prendre des remparts,
Et sur les fichus des belles
On voit charger des hussards… »

(Extrait de Henri d’Alméras, « La vie Parisienne sous la Restauration » disponible ici sur Gallica BnF).

Pour se faire une idée de ce spectacle, et de la façon dont il fut officiellement reçu à l’époque. On peut lire cette critique parue dans Le Camp-Volant Journal des spectacles de tous les pays du 16 Septembre 1819 reproduite ci-dessous (cliquez ici pour la lire sur Gallica BnF)

Ce spectacle de « Vaudeville-Revue » fit l’objet de nombreuses tournées en province, ses auteurs Armand d’Artois et Gabriel de Lurieu acquirent une notoriété en leur temps. Leur Vaudeville-Revue fut un spectacle à la mode car ses airs allaient devenir des «tubes» (chantés partout quoiqu’aujourd’hui oubliés) et il évoquait dans son scénario des chapeaux à multiples significations  ainsi que l’explique cent-seize ans plus tard le journal Paris-Midi du 2 Mars 1936. 

Victor Hugo, dans les Misérables (Chapitre XII Le Désoeuvrement de M. Bamatabois) donne la véritable clef de ce vaudeville et de ces chapeaux qui avaient pris une signification politique:

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En Septembre 1819, il est donc fort probable que le succès de ce spectacle ait eu des raisons qu’il convenait de «masquer» sous des chapeaux qui signifiaient beaucoup plus que que ce que la presse pouvait publier…

Les Bolivars et les Morillos (publié en 1819) est accessible sur Google Livre (cliquez ici)

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Si Paris-Midi évoquait en 1936 ce vieux spectacle à succès c’est que la Comédie Française venait de créer « Bolivar » (une pièce en 3 actes et dix tableaux de Jules Supervielle et Darius Milhaud) (article à lire ici). Les circonstances et l’époque avaient changés mais les temps n’en étaient pas moins dramatique, on était en pleine guerre civile espagnole. Le nom de Bolivar était encore porteur de symboles…

Paris Midi 2 Mars 1936 à propos du Bolivar de Supervielle et Milhaud

On trouve dans les collections de Gallica BnF le tapuscrit du livret que Jules Supervielle a écrit pour ce « Bolivar » de 1936 évoqué par Paris-Midi (cliquez ici)

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Olivier de Serres et Clotilde la poète…

En flânant en touriste dans les collections de Gallica BnF en quête de renseignements sur un célèbre agronome ardéchois nous découvrirons une belle et mystérieuse Clotilde aux étonnants talents littéraires… Qui était cet agronome ? Qui était cette mystèrieuse poète ?

Gravure extraite du livre de la Comtesse Drohojoswska, Les grands agriculteurs… un document Gallica BnF

En 1600, un livre imposant venait de paraître. Il s’imposait tellement que le roi Henry IV se le faisait lire à voix haute chaque soir, pendant une demie-heure. Quel était cet ouvrage ? « Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres Seigneur du Pradel ». (Un monumental ouvrage de 1050 pages. Disponible sur Gallica BnF ici.)

Qui en était l’auteur ?

Nous commémorons en ce mois de Juillet 2019 le 400e anniversaire de sa disparition

Fac simile d’un portrait d’Olivier de Serres peint par son fils in « Olivier de Serres » par Henry Vaschalde Document Gallica BnF

C’est une occasion d’en apprendre un peu plus à son sujet en explorant la vaste forêt de livres numériques des collections Gallica BnF.

Olivier de Serres est né en 1539 au domaine du Pradel, à Villeneuve-de-Berg, en Vivarais (Ardèche) où il est mort le 2 Juillet 1619.

À la fin du XIXe siècle Léon Védel (artiste peintre qui souhaitait réaliser un tableau représentant Olivier de Serres recevant Henry IV au domaine du Pradel) a donné de ce domaine une description saisissante « Nous gravissons rapidement une pente assez raide, et nous nous trouvons presque immédiatement à l’orée d’un magnifique bois de chênes. Notre regard se perd sous ces hautes futaies, dans ces.profondeurs ombreuses, à travers ces troncs centenaires que des reflets lumineux dorent çà et là. Soudain, les arbres semblent s’écarter comme un rideau qui s’ouvre, et font place à une immense prairie. 
A droite et à gauche, le bois dresse ses plus belles futaies. Tout au fond, dans une perspective admirablement ménagée, une construction aux murs d’un blanc éclatant, arrête le regard. C’est le Pradel. Ce vaste rectangle, sans ornement, produit de loin l’effet grandiose que fait une masse simple et régulière. Cette première manifestation du passé que nous venons évoquer ne laisse pas que de nous émouvoir. Nous sommes en pleine histoire, et l’homme qui vécut là est une des illustrations de la France. »

Dans ce domaine du Pradel, mais aussi en exil en Suisse durant les guerres de religions, Olivier de Serres a travaillé durant près de quarante ans à son œuvre monumentale « Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs ». La postérité (qui n’a pas attendu l’apparition de l’internet pour aimer les petites phrases) a retenu de lui quelques formules frappantes :

« Ce n’est pas seulement ce qu’on sème qui rapporte, c’est ce qu’on soigne. »

« Rien de plus grand ne se peut présenter aux hommes que ce qui les achemine vers la conservation de la vie… »

« La terre se délecte en la mutation des semences. » ou encore « Le jus de la betterave, en cuisant, devient semblable au sirop, au sucre, est si beau à voir par sa vermeille couleur. »

Il fut le premier à apercevoir le profit que l’on pouvait tirer du jus de la betterave, le premier également à avoir écrit sur la culture des vers à soie (qui allait faire la fortune de l’industrie textile, notamment dans le quart sud-est de la France, à Lyon).

Pour lui, «Nul bien ne s’obtient sans peine. C’est une vérité de tous les temps, acceptée par Columelle et vérifiée par les effet, que pour faire une bonne maison il faut joindre ensemble le savoir, le pouvoir, le vouloir.»

Mais au fait, Olivier de Serres a-t- réellement disparu il y a 400 ans ? N’a-t-il pas survécu grâce au rayonnement de ses écrits ? Il aimait méditer devant les spectacles de la nature et il le faisait en poète.

En 1858 un curieux petit ouvrage ( Clotilde de Surville et Olivier de Serres, écrit par monsieur A-C. T…) relatait une rencontre entre Olivier de Serres et Clotilde de Surville autour de la région du Vivarais (Ardèche) qui serait injustement méconnue. On y découvre le dialogue suivant où se confirme qu’Olivier de Serres est bien le père de l’agronomie.

« OLIVIER DE SERRES

Les lièvres qu’on voit abonder dans nos champs, 
Ont flatté le palais de tous nos rois gourmands. 

CLOTILDE DE SURVILLE

Je suis loin de vouloir ici vous contredire, 
Mais votre modestie a tort de ne rien dire 
Au sujet des bienfaits dont vous et vos écrits 
Avez doté la France et surtout ce pays. 
Ce n’est pas sans motifs que, même en Angleterre, 
De notre agriculture on vous nomme le père. 
L’exemple et la leçon de cultiver nos champs, 
De les rendre en raisins, en moissons abondants, 
De planter le mûrier, d’augmenter son feuillage, 
Émanent de vos soins, sont votre propre ouvrage. »

Ce dialogue surprenant se termine par un appel d’Olivier de Serres à « produire local » et par un hymne au chemin de fer déclamé par Clotilde de Surville :

OLIVIER DE SERRES

Hélas! pour exploiter tous ces riches produits,
On devait faire appel aux efforts du pays;
Mais on nous préféra l’industrie étrangère;
Nous n’eûmes de nos fers que la triste poussière.

CLOTILDE DE SURVILLE
Heureusement les temps sont aujourd’hui changés.
Napoléon trois règne et nous serons vengés;
D’une ligne de fer je vois déjà la trace ;
L’Ardèche, à cet égard, cesse d’être en disgrâce ;
L’Empereur vers ce but dirige ses efforts ;
Nous n’aurons qu’un regret, c’est d’être chez les morts. »

On peut le constater, Olivier de Serres n’est pas seulement le père de l’Agronomie, à en croire ce dialogue à la gloire des chemins de fer, il est aussi celui du Rétrofuturisme.  Clotilde de Surville et Olivier de Serres exprimaient-ils par ces «regrets» un sentiment «effondriste» face au défis écologiques du futur?  Et tant que nous en sommes aux questions qui était le témoin anonyme de cette scène. Qui était le signataire de l’écrit qui rapporte ce dialogue?

Qui se cache derrière ces initiales: A.C.T. est-ce que ce serait un de mes ancêtres disparu: A.-C. Thiry?

L’ oublié, le poétique, l’hypothétique Archibald-Cleophas Thiry dont personne n’a jamais gardé la trace ?

Et qui était cette Clotilde de Surville qui dialoguait avec Olivier de Serres ? Est-elle la mère de la poésie autant qu’il est le père de l’agriculture ?

Selon le recueil de ses poésies publié en 1827 par Charles Nodier, Clotilde de Surville est née en 1400 ou 1405 et vécut sous « les règnes de Charles VI, de Charles VII, de Louis XI, de Charles VIII et mourut sous Louis XII, plus que centenaire. Les mémoires du temps n’en font aucune mention ; et cependant elle fut connue et appréciée de plusieurs rois de France, d’une nombreuse classe de femme poëtes, qui semblaient reconnaître son étendard... » (Poésie inédites de Marguerite-Éléonore Clotilde de Surville de Vallon et Chalys, 1827 ouvrage disponible ici dans les collections Gallica BnF). 

Avant l’édition de Charles Nodier, ci-dessus évoquée, un premier recueil de Poésies de Clotilde avait été publié par Charles Vanderbourg. Il avait eu tellement de succès qu’il a été plusieurs fois réédité. On peut juger par quelques lignes du charme médiéval de ce premier recueil:

Les fleurs esclozent soubz ses pas;

Parfum de roze est sur sa bousche;

Tout s’embellist des siens appas;

Les fleurs esclozent soubz ses pas:

Est-il de graces qu’il n’ayt pas,

Ou qu’il ne preste à ce qu’il tousche?

Les fleurs esclozent soubz ses pas;

Parfum de roze est sur sa bousche.

On trouve sur le site internet de la Bibliothéque de Lyon une belle édition numérique de la quatrième édition de ce recueil de poésies, ornés de nombreuses gravures (1825) cliquez ici.

En 1858, Eugène Villard publie une biographie de Clotilde intitulée Clotilde de Vallon-Chalys (Clotilde de Surville) : histoire du temps de Charles VII (disponible dans les collections numériques Gallica BnF).

À la lecture de cet ouvrage on découvre un personnage profondément romanesque.

 

En 1876, Henry Vaschalde a publié une BIBLIOGRAPHIE SURVILIENNEDESCRIPTION DE TOUT CE QUI A ÉTÉ ÉCRIT SUR CLOTILDE DE SURVILLE, DEPUIS L’APPARITION DE SES POÉSIES JUSQU’A NOS JOURS. In 8° chez Auguste Aubry, Libraire de la Société des Bibliophiles Français. Imprimerie Roure. Privas. (extrait du Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de l’Ardèche) qui montre que cette poétesse inconnue suscitait étonnement et controverses parmi les auteurs qui l’avaient étudiée. Il suffit d’évoquer quatre ouvrages :

Antonin MACÉ. Un procès d’histoire littéraire. Les poésies de Clotilde de Surville. Etudes nouvelles suivies de documents inédits  (Extrait du Bulletin de l’Académie delphinale, 3e série, tome V), Grenoble, 1870 (disponible chez Gallica BnF) 187 pages. [L’auteur tient les poésies pour authentiques ; son ouvrage contient des documents du plus vif intérêt, communiqués par les héritiers de Madame de Surville].

Anatole LOQUIN . Réponse à M. Antonin Macé. Les poésies de Clolilde de Surville. Etude. (Extrait des Actes de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, année 1873), Bordeaux et Orléans, 1873, 244 pages. [Réfutation facile et peut-être trop copieuse de l’ouvrage
précédent.]

Eugène VILLEDIEU Marguerite de Surville, sa vie, ses œuvres, ses descendants devant la critique moderne. (disponible dans les collections Gallica BnF), Paris et Privas, 1873, 8°, XVI-428 pages, met une éloquence intarissable au service de la cause de Clotilde. Son ouvrage contient de nombreux et utiles renseignements sur la famille de Surville].

En 1888 une étude bibliographique et littéraire signée de l’abbé ** et intitulée Marguerite de Surville et ses poésies publié à la Librairie des bibliophiles (disponible dans les collections Gallica BnF) loue la qualité du travail d’Eugène Villedieu : « Un de nos Écrivains, avantageusement connu dans le monde des Lettres, M. E. de Villedieu, a donné une Étude développée sur Marguerite (Clotilde) de Surville et ses poésies. C’est un livre important, qui a eu l’adhésion chaleureuse d’un bon nombre de nos éminents littérateurs, poètes ou érudits, et celle de connaisseurs très distingués, tels que Germer-Durand, en choses esthétiques du Moyen-âge et des temps modernes […] Son ouvrage est, en résumé, une œuvre considérable, et, de beaucoup, la plus complète de toutes celles qui ont été publiées sur ce sujet. C’est, en même temps, un service signalé rendu aux Lettres et à la vérité historique. »

Léon Védel nous apprend dans sa description du domaine du Pradel que la famille de Surville avait hérité du domaine d’Olivier de Serres : « La famille de Serres posséda le Pradel jusqu’en 1691. Cette année, Marie de Serres, dernière descendante directe de l’illustre agronome, l’apporta en dot à un seigneur de Mirabel. Il resta dans cette maison jusqu’à la mort de Madame Pauline de Mirabel, veuve du marquis de Surville, le héros royaliste de 1798, et l’auteur, un moment présumé des poésies de Clotitde de Surville… » Le même auteur précise dans une note que « Un livre ce M. A. Mazon, fruit de laborieuse» recherche et d’un profond savoir MargueriteChâlis et la légende de Clotilde de Surville, Paris, Lemerre, 1873), prouve, hélas, que ces poésies ne peuvent pas être de la personne qu’on a voulu désigner sous le nom de Clotilde de Surville, et que leur date est de beaucoup postérieure au quinzième siècle. Nous disons : hélas, car nous regrettons vivement, pour notre part cette douce et passionnée figure de poétesse. » Le livre dont il est question est signé Albin Mazon, intitulé Marguerite Châlis et la légende de Clotilde de Surville, il est consultable sur le site internet de l’Université de Toronto (cliquez ici).

En 1873 Jules Guillemin dans son une étude intitulée Clotilde de Surville et ses nouveaux apologistes : une fausse résurrection littéraire (disponible dans les collections Gallica BnF) va dans le même sens que Mazon : « J’espère avoir suffisamment prouvé que Clotilde de Surville n’a jamais existé, et qu’eût-elle existé, elle n’aurait pu écrire les vers donnés sous son nom. Il me reste à faire voir que le seul auteur de ce pastiche, à part une très-minime et très-insignifiante collaboration de M. de Brazais, ne peut-être que le marquis de Surville, puisque M. Macé a péremptoirement démontré que Vanderbourg, contrairement à ce qu’on avait d’abord supposé, n’y était absolument pour rien. »

L’existence de Clotilde de Surville semble donc bien être une supercherie littéraire, une de ces plaisanteries de poètes potaches qui font le plaisir des ri(maill)eurs et qui a dû amuser l’Amateur de livres Charles Nodier.

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L’amateur de livres par Charles Nodier (Document Gallica BnF)

Charles Des Guerrois dans ses Études sur quelques-uns de nos vieux poètes : Vauquelin de La Fresnaye, Sainte-Marthe, N. Rapin, J. de La Péruse, Clotilde de Surville, etc. (consultable ici chez Gallica BnF) assure que Charles Nodier, éditeur des poèmes de Clotilde de Surville, n’était pas dupe de la supercherie…

Olivier de Serres en revanche a bel et bien existé et je vous invite à le lire. C’était un sage observateur de la nature que Victor Fraitot a dépeint en ces termes : « Indifférent en apparence aux évènements qui se passent autour de lui, il nous semble le voir, « un livre au poing », dans son jardin, parmi ces fleurs dont « les vertus ravissent l’entendement humain ». Il nous a peint lui-même, en des termes d’une simplicité qui captive, cette solitude où « hors du bruit, il jouissait en repos des aises dont elle abonde : la sérénité du ciel, la salubrité de l’air, le plaisant aspect de la contrée ; d’un autre côté, la contemplation des belles tapisseries des fleurs, les beaux ombrages des arbres, la joyeuse musique des oiseaux. » (Victor Fraitot, Olivier de Serres, « Bibiothèque des écoles et des familles », Hachette et Cie, 1882).

On trouve dans les collections numériques de Gallica BnF plusieurs ouvrages consacrés à Olivier de Serres :

« Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs d’Olivier de Serres Seigneur du Pradel ». 1600 (première édition de ce monumental livre de plus 1050 pages qui mérite d’être lu, relu, parcouru pour le plaisir de la lecture et pour la richesse de ses propos).

Monsieur A.C.T., Clotilde de Surville et Olivier de Serres, Imprimerie de L. Escudiès, Aubenas, 1858 (11 pages, curieux dialogue évidemment fictif entre la poétesse imaginaire Clotilde de Surville et l’agronome Olivier de Serres).

Léon Védel, Le Pradel et Oliver de Serres : à travers le Vivarais, Imprimerie P. Mouillot, Paris, 1881 (31 pages tirées à part de la Revue de France du 15 Juin 1881 récit par un artiste peintre de sa visite au domaine du Pradel en vue de peindre la rencontre entre Olivier de Serres et Henri IV)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5783265v

Victor Fraitot, Olivier de Serres, Hachette 1882 collection « Bibliothèque des Écoles et des Familles » 34 pages et trois pages non paginées d’illustrations.

Henry Vaschalde, Olivier de Serres Seigneur du Pradel, sa vie et ses travaux illustré de portraits, Gravures et fac-simile, E. Plon, Nourrit et Cie, 1886, (232 pages).

Madame la Comtesse Drohojowska (née Symon de Latreiche), Les Grands Agriculteurs modernes Olivier de Serres — Duhamel du Monceau — Parmentier — Matthieu de Dombasle, Maison Alfred Mame et fils, Tours, 1905, 142 pages (les pages pages 11 à 57 sont consacrées à Olivier de Serres).

Pour en savoir plus sur Olivier de Serres

http://www.olivier-de-serres.org/index.php (site officiel du domaine du Pradel).

Il y a cent ans: Oui!… mais…

En explorant Le Grand Écho du Nord du 25 Juillet 1919 on découvrira un article signé Léon Bocquet. On pourra aussi imaginer qu’après avoir été démobilisés quelques villageois du 43e régiment d’infanterie de Lille ont peut-être découvert Le Chariot d’or d’Albert Samain et qu’ils ont pu apprendre à danser le jazz dans un livre… 

Annonce parue dans Le Grand Échos du Nord du 25 Juillet 1919 (un document Gallica BnF).

« Oui !… mais… je cire mieux Pâte française à l’Américaine » Cette publicité est parue il y a cent ans dans le numéro du 25 Juillet 1919 du Grand Écho du Nord (disponible dans les collections numérique de Gallica BnF). L’illustration joue sur plusieurs registres qui pouvaient atteindre les esprits de plusieurs façons dans cette immédiate après-guerre qui avait tué, blessé et mutilé tant de combattants : 1million 383000 morts dans l’armée française et 389000 mutilés, amputés ou invalides à vie (chiffres d’Alfred Sauvy)… Comment l’audace de cette publicité était-elle perçue dans ce contexte ? Cherchait-elle à rire du désastre ? Ne visait-elle qu’à rappeler les privations d’après-guerre (on songe à l’expression « j’ai l’estomac dans les chaussettes ») ? Moqueuse ne souhaitait-elle qu’insister sur le fait que ce moustachu était bête comme ses pieds ? Cruelle insistait-elle sur le fait que, les « dégonflés » doivent cirer les chaussures des autres ? Ce dégonflé blotti dans ses chaussures à guêtres pouvait aussi évoquer les « planqués » de l’arrière. Il y a dans cette image quelque chose d’essentiellement absurde : l’absurde du mouvement Dada ou du Surréalisme, mouvements nés en réponse à l’horreur absolue qu’avait représenté cette guerre. Dans l’absurde, il y a de l’humour mais pas seulement… L’absurde est souvent richement chargé de significations foisonnantes. En contemplant cette image vous y trouverez peut-être infiniment plus d’idées que ce que j’y ai puisé. « On a beau dire ce qu’on voit, ce qu’on voit ne loge jamais dans ce qu’on dit » disait Michel Foucault (Les mots, les choses).

Quoiqu’en dise cette pâte française à l’américaine, il n’en demeure pas moins qu’en Juillet 1919, la France est lessivée. Et la presse qui se fait l’écho de protestations et des mécontentements est à cette date encore soumise à la censure. La guerre de 14-18 s’achève tout juste.. L’armée commence seulement à démobiliser durant l’été. Le Traité de Versailles signé le 28 Juin 1919, ne sera promulgué que le 10 Janvier 1920 (après sa ratification par les assemblées parlementaires de l’ensemble des pays signataires excepté les U.S.A). En France il a été ratifié le 2 Octobre par la Chambre des députés, 11 Octobre par le Sénat. Il ne sera  pas promulgué par les Etats-Unis (le Sénat Américain ayant refusé de le signer, s’opposant ainsi au président Wilson qui en avait été l’artisan). La pâte américaine et française n’avaient pas réussi à se mélanger autant que l’opinion publique (très favorable en Europe au président Wilson) l’auraient souhaité.

À Paris en Juillet 1919, les travaux parlementaires autour du traité ont débuté depuis le 3 Juillet (commission Viviani) et l’opinion publique fête la victoire (plusieurs défilés militaires de la Victoire ont eu lieu : le 14 Juillet à Paris, le 19 Juillet à Londres, le 21 Juillet à Bruxelles. À Lille c’est le 27 Juillet que le 43e régiment d’infanterie avait effectué son « défilé de la victoire », son retour triomphal avant démobilisation… Le Grand Écho du Nord l’annonce en page 2 de son édition du 25 Juillet (un document Gallica BnF).

En page 2 du Grand Écho du Nord, annonce du défilé du 43e régiment d’infanterie de Lille (document Gallica BnF).

Le Nord-Pas-de-Calais avait été durement touché par les destructions liées aux opérations du guerre. Le Grand Écho du Nord évoque en « une » les « États généraux des régions dévastées » à propos d’une déclaration énergique de Charles Jonnart Sénateur du Pas-de-Calais depuis 1914 (qui avait été Gouverneur Général d’Algérie de 1903 à 1911).

Le Grand Écho du Nord 25 Juillet 1919 (document Gallica BnF).

À gauche de cet article le lecteur du Grand Écho pouvait lire un fervent appel à la découverte littéraire. L’éditorial « Des livres au village » signé Léon Bocquet.

Qui était Léon Bocquet ? Il est notamment célèbre  pour avoir écrit une biographie du poète Albert Samain et pour avoir traduit « Voyage avec un âne dans les Cévennes » de Robert-Louis Stevenson ainsi que plus d’une trentaine d’autres livres anglophones. Dans Le livre au village, Léon Bocquet invite à continuer en temps de paix le travail philanthropique fait autour des Bibliothèques ambulantes destinées aux armées. La Bibliothèque Nationale à consacré un article au sujet de ces bibliothèques de campagne (cliquez ici). Léon Bocquet espérait sans doute convaincre quelques soldats du 43e régiment d’infanterie à profiter du temps de paix pour lire le poète Albert Samain, on peut découvrir plusieurs de ses livres dans les collections Gallica BnF (notamment Le Chariot d’or)

Le Chariot d’or d’Albert Samain (un document Gallica BnF).

Mais ces soldats avaient peut-être d’autres envies…

L’arrivée, avec l’armée américaine, d’un étonnant  Jazz-Band constitués de mobilisés Noirs Américains, avait été l’occasion pour les Français de découvrir de nouveaux rythmes plein d’entrain. Le chef de cet orchestre était le lieutenant  James Reese Europe et son orchestre s’appelait Les Harlem Hellfighters. Voir l‘Histoire du Jazz en France de 1917 à 1950 par Alain Fauconnier in Société des amis des arts et des science de Tournus (un document Gallica BnF).

Comment ne pas avoir envie d’apprendre à danser sur ces nouveaux rythmes? En 1919 était donc fort opportunément publié ce « Vade-Mecum du Parfait Danseur Théorie illustrée par les meilleurs Professeurs de Paris pour apprendre seul » (un livre disponible chez Gallica BnF).

La guerre avait fait tellement de victimes parmi les jeunes hommes, qu’au début des années vingt il devait en effet arriver bien souvent que les jeunes femmes dansent seules en imaginant le cavalier de leurs rêves… En juillet 1919 dans le Nord-Pas-de-Calais il n’est pas douteux qu’après avoir défilé les soldats du 43e régiment d’infanterie de Lille aient entraîné quelques spectatrices dans des danses effrénées avant de plonger dans Le Chariot d’or d’Albert Samain… Si les lecteurs de juillet 1919 avaient le moral dans les chaussettes ils allaient bientôt le retrouver grâce à la danse, au jazz et à la poésie… Oui!… mais… à la pâte française ou américaine?… Suite au prochain épisode… 

Il y a cent ans 19 Juillet 1919: Le Secret de la Fortune par

Évoquer le 19 Juillet 1919 va nous conduire à découvrir un livre pour faire fortune et nous en apprendra un peu plus sur la publicité, sur l’influence de la culture française à New-York. Dans la foulée nous croiserons aussi Maurice Leblanc, l’auteur d’Arsène Lupin…

image mise en avant

Le Cachet de Paris Juillet 1919. Document Gallica BnF.

Le 14 Juillet 1919 avait été marqué, à Paris, par le « Défilé de la Victoire » sur les Champs-Élysée. Le 19 Juillet 1919 c’était au tour des Britanniques d’organiser leur Défilé de la Victoire à Londres. Deux jours après, à Paris (le 21 juillet) on redoutait une grève de la C.G.T…  En juillet 1919, la rue retrouvait avec difficulté ses couleurs joyeuses, celles des chapeaux aux formes baroques proposés à ses lectrices par Le Cachet de Paris  (on a vu dans le précédent billet avec la Semaine Élégante de l’Excelsior que la tendance était au retour des couleurs claires). La Mode n’est pas une science exacte. Cette tendance du retour aux couleurs lumineuses est contredite par le numéro de Juillet du Cachet de Paris: «Les courses continuent une carrière féconde pour la Mode; elles nous apportent des renseignements précieux sur le goût de nos mondaines, renseignements dont on peut faire état dans un journal qui se pique… de fuir l’excentricité, car il semble que, depuis la guerre surtout, les toilettes —et c’est le cas pour celles des courses— soient revenues à la note sobre, sévère, pourrai-je dire, à cause du noir et des tons foncés qui paraissent s’installer dans la mode et ne plus vouloir quitter la place revendiquée par le blanc à cette époque de l’année…» (éditorial à lire en intégralité chez Gallica BnF ici).

Le Cachet de Paris Juillet 1919 (document Gallica BnF)

On le constate à la lecture de cet article, les arbitres des modes étaient d’abord les dames de la haute société. Les plus modestes devaient trouver d’autres moyens pour s’habiller avec goût. Dans le quotidien Le Journal du 19 Juillet 1919, la Mode n’est pas absente. Elle est évoquée par cette publicité associée à l’image rassurante d’un facteur distributeur de colis postaux «Achetez au prix de gros les beaux tissus pour vos toilettes élégantes...» Il y a cent ans les fashion addict faisaient elles-mêmes leurs vêtements, on constate également que la publicité et la vente par correspondance existaient et qu’elles se diffusaient notamment par voie de presse…

Le Journal 19 Juillet 1919 (page 4) document Gallica BnF

Dans ce même numéro (en bas de la deuxième page) les amateurs de récits palpitants pouvaient découvrir l’épisode n°44 d’un feuilleton signé Maurice Leblanc L’île au trente Cercueils.

Le Journal 19 Juillet 1919 (document Gallica BnF).

Il y a cent ans les journaux étaient de belles invitations à la lecture, on passait moins de temps devant les écrans mais on pouvait laisser les yeux vagabonder dans Le Journal de rebondissements en rebondissements à la recherche d’un entrefilet palpitant invitant à la découverte inattendue, en éveillant sans cesse  l’attention du lecteur… Chaque paragraphe semble être un nouvel épisode de feuilleton. Juste à côté d’une publicité pour OUF la Revue la plus gaie de Paris, le lecteur d’il y a cent ans pouvait découvrir les dernières nouveautés: des livres emplis de promesses qu’il s’empresserait d’acheter en librairie:

Le Journal 19 Juillet 1919 (document Gallica BnF).

On notera qu’après les privations de la guerre, le premier ouvrage proposé par ce Bulletin du 19 Juillet 1919 est une splendide invitation à la prospérité: La Fortune par la publicité de Paul Pottier. Né en 1870 il était journaliste à la Dépêche de Toulouse et auteur de plusieurs livres et pièces de théâtre. Le titre alléchant de sa dernière oeuvre était Le Secret de la Fortune par la Publicité (vendue à l’époque 7fr50 et disponible aujourd’hui à la lecture dans les collections numériques de Gallica BnF).

Secret de la Fortune par la Publicité (document Gallica BnF).

Ce livre est dédié par Paul Pottier «Aux industriels, aux Négociants, aux Voyageurs, aux Représentants de Commerce, à tous ceux qui, en portant à l’étranger notre pavillon commercial et le produit de nos industries, deviennent en même temps les pionniers de la pensée française…»  Après les violences et les horreurs sombres de la guerre de tranchées, Paul Pottier invitait à l’activité et à l’optimisme: «Des peuples se sont transformés, des nations se sont éveillées au labeur et à l’activité. Le vieil équilibre des mondes s’est rompu et il a semblé qu’un autre soleil fécondait la terre. Une force nouvelle est née, en effet qui a changé la face de l’Univers, bousculant les idées et les méthodes anciennes. Cette force, c’est la Publicité. Sur les champs de batailles économiques, elle a donné la victoire à ceux qui ont su la conduire. Elle est l’arme moderne des peuples qui marchent progrès et à la gloire. Pour nous, Français, elle apparaît encore entourée de ténèbres redoutables. C’est un mystère que nous allons percer, c’est ce voile que nous allons déchirer pour vous montrer la route lumineuse du succès qui s’ouvre devant vous….» Dès les premières lignes de son Chapitre premier Pottier invite ses compatriotes à s’emparer de cette nouvelle arme: «La publicité n’est ni américaine, ni anglaise, ni française, elle est universelle et, bien comprise, elle est à la portée de tous…» Elle s’adresse également à toutes et à tous, et particulièrement aux lectrices élégantes du Cachet de Paris que l’on évoquait plus haut, mais aussi aux lectrices du Journal, ces couturières qui attendent avec impatience le facteur et ses colis de tissus en gros. Paul Pottier invite les rédacteurs d’annonces à penser particulièrement à elles (page 22): «Pour une machine à coudre que nous appellerons Rapid, l’appel est: Plus de robes moins de dépenses. Rappelons que cette machine a comme particularité d’avoir été faite pour les petites bourgeoises qui veulent confectionner leurs robes à la maison, de façon à être élégantes, sans beaucoup dépenser…» Bref, ce petit manuel de deux-cent pages, vieux d’il y a cent ans aujourd’hui possède une table des matières riche dont chacun saura tirer profit...

Néanmoins si Le Secret de la Fortune par la Publicité est riche de conseils, il ne faut pas s’attendre à y trouver une vision critique ou philosophique de la publicité et de ses dangers et dérives… Paul Pottier a souhaité la décrire en technicien dans ce qui peut s’apparenter à un simple manuel de technique publicitaire (on pourra y puiser quelques conseils efficaces de rédaction pour « communiquer »).

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Paul Pottier ne s’avère pas visionnaire et ne semble pas apercevoir les dangers possibles de la « propagande » (un terme qui a été dévalorisé parce-que précisément les régimes génocidaires, autoritaires et totalitaires du vingtième siècle en ont largement abusé). Pottier ne s’est pas seulement intéressé à la pratique du commerce et de la propagande, il était avant tout « homme de lettres ». En 1901, il avait participé en tant que co-auteur à un livre intitulé Les Prolétaires intellectuels en France ouvrage dans lequel il avait écrit notamment le Chapitre 6 intitulé « Le Prolétariat des Élus » (enquête parlementaire sur les causes et les remèdes du mal)... Il y a cent ans, argent et politique étaient déjà l’occasion d’un mélange détonnant. Le Journal en témoignait par sa « une » du 19 Juillet 1919. On y apprenait la démission de Monsieur Boret Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement (une répercussion de la « vie chère »):  «On se rend compte que le ministre du ravitaillement perd pied et se noie… Et nul de ses collègues n’est là pour lui tendre une main secourable… On le laisse sombrer…»

Le Journal 19 Juillet 1919 (un document Gallica BnF)

La page de « une » insiste également sur l’appel au secours des régions libérées: «Ce que nous voulons, ce qui est indispensable pour nous sortir de l’affreuse misère où nous sommes, le voici dans ses grandes lignes: Suppression des échelons et des lenteurs irritantes qui paralysent toutes les bonnes volontés…» Deux dessins humoristiques illustrent ces paralysies administratives: «C’est triste de les avoir libéré de l’ennemi… …pour les laisser envahir par la paperasse…»

La France envahie par la paperasse parvient toutefois à exporter sa culture, on apprend, dans le même quotidien de ce 19 Juillet 1919 que la comédienne Yvette Guilbert s’apprête à fonder une École française de Théâtre à New-York…

Yvette Guilbert à New-York dans Le Journal du 19 Juillet 1919. Un document Gallica BnF

«Jadis un feuilleton palpitant suffisait à garder le lecteur jusqu’au dénouement du drame, mais on a abusé du frisson. Si le plus extraordinaire des romans a encore le pouvoir d’élever le tirage d’un journal déjà connu, il est incapable à lui-seul de lancer une feuille nouvelle […] Au demeurant le roman-feuilleton a été détrôné par le roman-cinéma» écrivait Paul Pottier dans Le Secret de la Fortune par la Publicité… Bientôt le roman cinéma serait détrôné à son tour par la comédie musicale américaine porté par des actrices et des acteurs des athlètes complets de la puissance de persuasion (et peut-être formés par Yvette Guilbert)…

Yvette Guilbert avait-elle lu l’ouvrage de Paul Pottier pour mieux faire connaître son École New-Yorkaise?

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Ou bien au contraire doit-on penser que Paul Pottier s’était inspiré dans son livre de la réflexion d’artistes aussi talentueux que Yvette Guilbert? Le Journal insiste sur l’à propos de la création par Yvette Guilbert de son École de théâtre. fullsizeoutput_14a

Quelle a été la réelle influence de l’École de théâtre d’Yvette Guilbert à New-York sur la culture américaine?

Suite au prochain épisode…

Histoire de bizangos » par Fanny Bernard

Je me suis laissé happé en une lecture d’un seul souffle dans cette nouvelle au style alerte, écrite par une amoureuse d’Haïti dont la passion est contagieuse. Fanny Bernard nous fait voir, sentir éprouver par tous les sens, tous les pores de la peau la lumière et les parfums, le tourbillonnement et les bruissements de voix, la présence charnelle et envoutante d’Haïti. À travers le regard, les sensations, les sentiments et les rêves de René, le nouveau proviseur du lycée Français de Port au Prince, le lecteur sens, éprouve et découvre Haïti, sous toutes ses facettes avec la présence vaguement inquiétante des bizangos ces papillons haïtiens à forte charge légendaire et symbolique, avec le charmes des voix, des langues et des corps, avec le mystère de présences féminines un peu énigmatiques mais vigoureusement sculptées dans la matière des mots par la plume de Fanny Bernard. Un récit bref en nombre de mots mais tellement chargé d’émotions et de passions qu’il fait durer infiniment le plaisir de la lecture. J’ai particulièrement apprécié la belle ouverture de la fin qu’il ne faut pas dévoiler. Au terme de cette lecture on ne peut que tomber amoureux d’Haïti la terre de Toussaint Louverture, île à l’histoire chaotique, soumise aux vents les plus contraires. Mais une île au charme si puissant, pourvoyeuse de tant de mots et de beautés et de tant de talents littéraires, de tant de beautés et de tendresses humaines… …que René, le vieux proviseur proche de la retraite m’a semblé au terme de cette histoire être redevenu un adolescent redécouvrant la vie…

Pour acheter «Histoire de bizangos» (au format Kindle numérique pour tablette) cliquez ici

Sous le pseudonyme de LouBSimone, Fanny Bernard a écrit un article sur Haïti sur blog « Heureux qui comme Ulysse » cliquez ici

Le Mauvais temps (Mové tan) par Ludvik Jean-Denis

Le Mauvais temps (Mové tan) de Ludvik Jean-Denis

Ce recueil de nouvelles est dédié par Ludvik Jean-Denis

« À mon papillon,

mon petit bout de paradis,

qui m’a inspiré tant d’histoires. »

Tout le monde aura reconnu dans ce papillon l’île de La Guadeloupe…

Ces nouvelles sont des regards attendris et nostalgiques, enracinés et fiers, amoureux et humoristiques portés sur ce grand papillon des Antilles.

Ce livre est à conseiller à toutes celles et ceux qui sont amoureux de La Guadeloupe, à toutes celles et ceux qui souhaitent faire connaissance de ce territoire des Antilles à travers les regards d’un amoureux de ce petit bout de paradis.

Cette île dont on fait connaissance est celle des Guadeloupéens. On entre pour ainsi dire dans leur psychologie, dans leur intimité. Pour de trop nombreuses personnes, La Guadeloupe est connue comme une destination touristique dont le privilège n’est pas offert à toutes et à tous. Mais si cette île est souvent trop inconnue et méconnue c’est parce-qu’on ne prend pas assez le temps de l’écouter dans sa réalité même.

Ludvik Jean-Denis propose dans ce recueil huit nouvelles qui sont comme des croquis brossés, comme des fenêtres ouvertes pour écouter les murmures de l’île. « Frère de coeur », « Un dimanche à la messe », « Solina », « Kenbwa »… Je vous laisse découvrir les autres titres en achetant le livre.

Ces nouvelles nous font entrer dans le quotidien de l’île. Elles ont pour sujet les Guadeloupéens et La Guadeloupe, les personnages, les paysages, les atmosphères, la psychologie de chacun est présenté en traits rapides, rapidement tracés, avec habileté, avec humanité…. Avec cette fragilité empreinte de maladresse (ou de mâle adresse), signe que l’auteur est humain, pleinement humain, entier. Ludvik Jean-Denis est jeune, Antillais, empli de fougue et d’amour pour son objet d’enthousiasme : écrire La Guadeloupe.

La prose de ses nouvelles est vivante, enracinée sur la terre dont il est question, ancrée dans la mer des Caraïbes. Elle évoque le goût du rhum antillais, celui qui ne s’oublie jamais si on l’a goûté une fois sous les tropiques, elle évoque l’accent antillais celui qui ne s’oublie jamais si on l’a écouté une fois avec la reconnaissance de celui qui a eu à vivre une fois dans sa vie l’immense générosité Antillaise.

Dans ces nouvelles, le sourire et l’humour, les petites passions humaines et le sublime de la nature, les sauts vertigineux dans le vide et les miracles de rencontres inattendues s’entrecroisent pour le plus grand bonheur du voyageur des mots qu’est le lecteur. Les chutes surprennent ou font sourire. Le genre de la nouvelle n’est pas facile à manier, les nouvelles de Ludvik Jean-Denis relèvent le défi. Elles sont fraîches et vives comme l’ouvrage d’un jeune écrivain qui un jour en pleine maturité nous offrira un maître ouvrage où jailliront toutes les promesses de feu d’artifices qui pétillent déjà dans ces histoires courtes.

Présentation de l’éditeur

« Depuis quelques temps, Zouti rentrait bredouille de ses virées en mer. Les fonds marins n’avaient pas le moindre poisson à lui offrir. Cette situation n’était plus tenable car il avait une grande famille à nourrir.
Jour après jour, il retournait au large de la Pointe des Châteaux, braver l’océan Atlantique houleux et capricieux comme à son habitude, avec sa petite barque.
Zouti était confiant et savait que ça mordrait tôt ou tard. Il croyait en sa bonne étoile et à son défunt père marin qui veillait sur lui. »
37 pages
Editeur: BoD
Parution: 2 mai 2018
Edition: e-book

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Micheline Cumant: Nestor, un cheval dans la grande armée, Editions BoD 2017

La bataille de Waterloo a souvent inspiré les écrivains français en offrant aux lecteurs des moments de lecture aux émotions variées, aux couleurs multiples. Il y a cette interminable description de Victor Hugo dans Les Misérables. Elle s’étend sur plusieurs pages. Elle est détaillée, précise et ciselée comme une carte d’état major. Il y a la description de Stendhal dans La Chartreuse de Parme. Le héros s’y retrouve entraîné dans un tourbillon auquel il ne comprend pas grand chose. Le lecteur s’y retrouve secoué comme dans un panier à salades. Dorénavant, il faudra ajouter à cette liste des batailles de Waterloo littéraires, celle de Micheline Cumant dans son nouveau roman paru au mois de juillet 2017. Comme chez Stendhal, la bataille est décrite de l’intérieur, mais cette fois par Nestor… Nestor le majordome du Capitaine Haddock de Moulinsart ? Non vous n’y êtes pas. Nestor est un cheval, un cheval auvergnat. « Nestor, un cheval dans la grande armée » tel est le titre de ce roman. Un roman palpitant où l’on redécouvre l’épopée napoléonienne à travers le regard du cheval Nestor et de ses amis. Ses amis sont des chevaux, autant que des être humains, tant il est vrai que le cheval est sans doute le meilleur ami de l’homme. Méfiez-vous (ceci étant dit entre parenthèses) lorsque vous dites cela de ne pas le dire devant un chien, les chiens se sont toujours imaginé que c’étaient eux les meilleurs amis des hommes, ainsi Augustin pense être le meilleur ami d’Elodie dans mon petit livre « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi ». Mais fermons la parenthèse autour de cette petite histoire pour retrouver la grande histoire. Car c’est bien la grande histoire que Micheline Cumant nous fait parcourir à travers ce roman admirablement rythmé dont la cadence est donnée dès le prélude avec quatre magnifiques vers d’Edmond Rostand extraits de l’Acte 2 Scène 8 de sa pièce de théâtre « L’Aiglon » :

« Et nous, les petits, les obscurs, les sans grades

Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés malades

Sans espoir de duchés ni de dotations

Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions… »

Le récit de ce roman galope et entraîne le lecteur qui savoure avec plaisir une prose agile et flamboyante. Le cheval Nestor traverse l’Europe de Iéna à Moscou de batailles victorieuses en batailles victorieuses (mais peu glorieuses dans le regard des chevaux qui sont dans ce livre bien souvent plus philosophes que les hommes qui les chevauchent). Puis il la retraverse dans l’autre sens de la retraite de Russie à la bataille de Waterloo… Au milieu d’un tel maelström, d’un bout à l’autre du roman, Nestor reste sage et philosophe, dictant à Micheline Cumant ce roman qu’elle nous transmet fidèlement. On sent qu’il était en confiance car il lui a confié jusqu’à ses pensées secrètes et souvent lucides. Par exemple en plein cœur de la bataille de Waterloo :

« Au bout d’un moment, nous arrivâmes sur une chaussée pavée, j’entendis que nous étions près de Charleroi, et que les Anglais se massaient vers le Mont Saint Jean. Mais je n’eut pas le temps de discuter de stratégie avec mes confrères, car bientôt nous eûmes à charger les dragons anglais. Enfin de l’action ! »

De l’action, il y en a dans ce roman à foison, mais aussi des sentiments et une richesses de détails souvent très bien documentés, on ne trouve pas moins de 37 notes en bas de page où le lecteur est invité à s’élargir l’esprit. On y apprend que le mariage civil date en France du 20 septembre 1792 que « le fait de lécher, pour un cheval traduit souvent un manque de sel » que le 14 juin est la date des batailles de Marengo (1800) et de Friedland (1807), que « le sabretache est une sacoche de selle, placée à côté du fourreau du sabre », que la race de chevaux lipizzane, élaborée pour la cour d’Autriche au mars de Lipica, sur le territoire de l’actuelle Slovénie, près de la frontière italienne a des origines espagnoles, arabes et de Bohême. Elle est celle des chevaux de l’Ecole espagnole d’équitation de Vienne, fondée au XVIe siècle spécialisée dans le dressage de haut niveau, on y apprend enfin, dans le chapitre sur Waterloo que « La Victoire en chantant » est un chant patriotique composé par le compositeur Étienne Méhul et le poète Marie-Joseph Chénier en 1794…. » Comme Georges Perec, Nestor aime les notes en bas de page c’est peut-être aussi pour cela que j’ai trouvé ce petit roman si passionnant. Je vous le conseille vivement.

Vous pourrez retrouver Micheline Cumant lors d’une séance de dédicaces au Salon Livre Paris, le Dimanche 18 mars de 10h00 à 12h00 sur le stand E12 de BoD cliquez ici « clic » (Une séance qui sera immédiatement suivie, à 12h00 par les dédicaces de « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi » par ses illustrateurs Samar et Hani Khzam cliquez ici « clic »). Si vous êtes au Salon Livre Paris le 18 mars entre 10h00 et 14h00 vous pourrez donc faire d’une pierre deux coups en achetant « Nestor, un cheval dans la Grande Armée » puis « La Princesse Élodie de Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi ».

Résumé de l’éditeur

« Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades… » Ainsi débute la tirade du vieux grognard Flambeau, dans la pièce « L’Aiglon », d’Edmond Rostand. Dans la Grande Armée de Napoléon 1er, il y a les hommes, mais il y a aussi les chevaux. Eux qui pendant des siècles ont porté les hommes à la guerre, et à qui on n’a jamais rien demandé, ne sont-ils pas aussi des « obscurs et sans-grades » ? La parole est donnée au cheval Nestor, qui rejoignit l’armée impériale au lendemain d’Austerlitz, et participa à l’aventure de la Grande Armée jusqu’à Waterloo. En compagnie de son cavalier, le simple soldat Henri Fourneau, il va suivre Napoléon dans sa conquête de l’Europe, mais aussi dans la retraite de Russie et affrontera la coalition des alliés au cours de la bataille qui mettra fin au Premier Empire. « Nos chevaux, ce sont nos jambes », dit le cavalier. Loin des spéculations politiques, des stratégies militaires, des luttes de pouvoir, les soldats, pour beaucoup arrachés au monde paysan, souvent illettrés, soignent leurs chevaux qu’ils considèrent comme leurs amis, cherchent à tirer de petits profits et méditent sur les desseins des grands. Avancer, se battre, tuer… La guerre, c’est leur métier, celui du soldat et celui du cheval.

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Blog de Micheline Cumant cliquez ici « clic ».